‹ Louis Blanc à la Commission du LuxembourgChapitre 19 sur 36 · RL O · texte numérisé non relu

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pour eux-mêmes ; nous les mettons en état de développer complètement leur activité, leur liberté, à côté de leurs égaux, de leurs frères » (20 mars). Louis Blanc ne veut pas que l’appui que l'Etat donnera aux ouvriers soit aveugle, inconditionnel ; on doit leur faire comprendre qu'il ne s’agit pas de ressusciter les corporations, de revenir au régime des jurandes et des maîtrises ; la condition à leur imposer, c’est l'obligation par eux, de tenir ouvertes à ceux du dehors les portes de leur association, une fois formée, de telle sorte qu’elle ira toujours s’agrandissant. Nous verrons lorsque nous parlerons de l’association de toutes les industries, que pour arriver à ce résultat, Louis Blanc constitue un fonds social au moyen d’une retenue annuelle surles bénéfices, seul moyen d'élargir graduellement le cercle primitivement tracé.

Quant aux entrepreneurs, ils seraient vite décidés à céder leurs usines à la perspective d'échapper aux hasards de la lutte, aux ruines et aux faillites probables ; ils trouveraient un réel avantage dans letaux de l'intérêt que l'Etat leur servirait et dont nous parlerons plus loin.

Ce système d’ateliers sociaux sera appelé, selon Louis Blanc, à s'étendre rapidement jusqu’à la transformation de la production parcellaire et privée en production nationale et globale. « Ce sera la pierre jetée dans l’eau et traçant des cercles qui naissent

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lun de l’autre, en s’agrandissant toujours » (Disc. du 20 mars.)

Nous allons entrer dans l'examen de l'adininistration de l’atelier social.

L'atelier social une fois fondé, sera régi par des statuts ayant & forme et puissance de lois » (Quest. IV, p. 289.) Ces statuts seront établis par l'Etat ; en même temps qu'ils amèneront le fonctionnement de l'atelier, ils renfermeront la délimitation des droits et devoirs de chacun, de façon à permettre le jeu de la liberté individuelle, à mettre les travailleurs à l’abri de toute espèce d’arbitraire : «ils établiraient sur lcondition des ouvriers, sur la part qui leur est dûe dans la production, sur la répartition des bénéfices, des principes que nul ne saurait violer impunément, parce que la force publique est là pour les faire respecter » (id.) C'est tout ce que Louis Blanc nous dit à ce sujet.

Voyons l’organisation de l'atelier. Dans chaque atelier il faut établir une hiérarchie des fonctions car il faut des supérieurs et des subalternes. Cette hiérarchie serait établie ainsi : La première année, l'Etat fixerait la répartition des attributions. IL faut appuyer sur ces mots, la première année, car la nomination des chefs par l'Etat ne doit pas être la

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base du principe, elle n’est qu’un moyen destiné à mettre en mouvement l'atelier social, moyen exigé parles circonstances.

La base du principe est l’élection des administrateurs et des chefs, par les ouvriers de l’atelier. On comprendra que le mode de l'élection ne peut pas être employé dès les débuts, car pour l’appliquer il faudrait que les travailleurs aient eu la possibilité de se connaitre.

L'impossibilité d’une connaissance approfondie des mérites de chacun dès les débuts, éclate suffisamment d’elle-même pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y insister plus longuement. Après la première année, le système électif entrerait en vigueur. Les associés ont eu le temps de s’apprécier et le bienfait de l'élection apparaît dans toute sa force ; c'est un gage donné à la liberté, car l’inférieur n’a comme supérieur que ceux qu'il juge dignes d’un tel honneur, que ceux qu’il croit bon de son intérêt de reconnaître pour tels, c’est-à-dire ceux qui peuvent, par l'excellence de leurs capacités, favoriser le succès de l'association ; la confiance régnera, les ordres, n'étant plus inspirés par l’égoïsme d’un maître, mais par le souci de l'intérêt général, n’en seront que plus agréablement exécutés, car il y aura « commandement désintéressé de la part des uns et volontaire obéissance de la part. des autres. » (Louis Blanc. Hist. de Révolut. Z8, I, p. 263.)

Une objection se présente. Le régime électif est loin d’être parfait, il donne lieu à des intrigues, à des fraudes. On en a une preuve éclatante dans les élections législatives, départementales et communales ; devant un tel exemple on doit se demander s’il n’en serait pas de même pour la nomination des chefs de l'atelier social. Louis Blanc nous affirme le contraire, car dans le cas actuel, le seul guide dans l'élection sera l’intérêt immédiat et bien compris de l’ouvrier, alors que dans les élections politiques ce facteur est d’une force moins grande parce que moins directe, et qu’il est mêlé à d'autres venant encore diminuer sa valeur.

Quelles sont les conditions d’un bon choix ? Louis Blanc nous les indique dans ses Questions d’aujourd’'hui et de demain : Ce sont l'intérêt et la capacité (Louis Blanc. Question IV, p. 265-266). Les membres de l’atelier social remplissent ces deux conditions ; ils ont intérêt à bien choisir, puisque c’est leur choix qui décidera du succès de l’association et de la croissance des bénéfices qu'ils se partagent ; c’est un intérêt bien immédiat. Ils ont la capacité de choisir, puisque se voyant les uns les autres à toute heure du jour, rien ne leur manquera de ce qui constitue les éléments d’une bonne appréciation. Ils donneront leur suffrage par science plutôt que par instinct et non sous l’empire de passions aveugles, car ils choisiront leurs mandataires « en parfaite con-

naissance de cause, dans une sphère où s’écoule leur vie tout entière, en un mot, sous l'influence de leur intérêt bien compris. » (Louis Blanc.Quest.,[V, p. 265).

On peut présenter une deuxième objection: si l'État choisit bien les chefs de la première année, pourquoi le dénantir de ce privilège ? Louis Blanc répond qu'il doit en être ainsi pour deux raisons.La première, c’est qu'il craint que ce soit une tâche trop lourde pour l'État : au début les ateliers sont en petit nombre, mais le système d'association s’étendant peu à peu à toutes les branches de l’industrie, l'État ne saurait convenablement y suffire.

La deuxième, plus probante, c'est l’abus que l'État, en admettant sa capacité, pourrait faire du pouvoir énorme que lui conférerait le système parvenu à son dernier degré de développement. Nous verrons que Louis Blancest partisan du principe d’autorité, il veut un pouvoir fort, et s’il le veut fort, c’est pour protéger les faibles et les pauvres et favoriser la liberté. « Nous savons que lorsque dans une société la force organisée n’est nulle part, le despotisme est partout. » (Louis Blanc Quest.,IV, p. 267.) Mais cela n'empêche pas le pouvoir d’être infaillible et la crainte de le voir tomber dans l'erreur décide Louis Blanc à lui retirer sa confiance pour le choix des chefs d'ateliers. « Nous ne nous dissimulons pas qu’un gouvernement, quel que soit le mérite de l'or-

ganisation politique qui lui aura donné naissance, se compose d'hommes accessibles à des erreurs et à des passions dont l’existence de la société ne saurait dépendre. » (Louis Blanc. Quest., IV, p. 267).

Nous citerons encore une autre raison. C’est que Louis Blanc veut éviter d’absorber par trop la vie de l’individu,et de la société, dans celle du pouvoir : c’est une sorte de décentralisation qu’il demande au profit de chaque association ; il veut que l’atelier se suffise à lui-même.

Quelle sera la tâche desadministrateurs, des chefs ? Répartir les bénéfices entre tous les membres de l’atelier social, veiller, sous le contrôle du gouvernement, à la stricte observation des règlements,et s’occuper des moyens d’agrandir l’entreprise commencée.

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