‹ Louis Blanc à la Commission du LuxembourgChapitre 2 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Avant d'entrer dans l’étude des théories soutenues par Louis Blanc au Luxembourg, il nous paraît opportun d'examiner les idées qu'il professait avant 1848 ; bon nombre d’entre elles ont été reproduites à la tribune du Luxembourg, elles ne l’y ont pas été dans leur ensemble. Le système exposé par Louis Blanc dans les fameuses réunions de la Commission du Gouvernement pour les travailleurs comprend seulement les idées qui lui ont paru susceptibles d’une application immédiate : ce ne sont que des fragments d’une théorie longuement élaborée et

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mürie dans l’étude des économistes précurseurs du mouvement socialiste. Nous nous occuperons exclusivement dans cette introduction du projet de création du Ministère du Progrès et de toutes les questions qui s’y rattachent, ainsi que des ateliers agricoles et du droit de propriété, toutes choses que Louis Blanc a omis ou tout au plus à peine effleuré au Luxembourg.

Louis Blanc veut réaliser la révolution économique et sociale consistant à remplacer l’individualisme par l'association. Pour cela il lui faui un organe ; cet organe c’est le Ministère du Progrès qui aurait dans ses attributions tout ce qui a trait au travail. « C’est pourquoi la logique même de l’histoire commande la création d’un ministère du Progrès ayant pour mission spéciale de mettre la Révolution en mouvement et d'ouvrir la voie qui mène aux horizons lumineux» (Louis Blanc, Organisat.du trav. dans Quest.,t. IV, p. 88). Une fois le ministère du Progrès créé il lui faudra un budget car sans budget pas de ministère possible ; pour cela le ministère du Progrès serait chargé de transformer la Banque de France en Banque d'Etat, de racheter les chemins de fer et les mines au moyen de rentes sur l'Etat et de centraliser au profit de l'Etat les Assurances. Les bénéfices qui proviennent de ces sources et qui rapportent aujourd’hui aux particuliers retourneraient à l'Etat de cette manière et composeraient un budget spécial ; le bud-

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get du ministère du progrès, le budget des travailleurs.

De ces trois réformes : Banque, chemins de fer et mines, assurances, la première est la plus intéressante à cause de sa connexité avec une question vitale pour la société : la question du crédit.

Il faut auparavant définir le capital pour traiter utilement cette question. Nous prendrons comme définition celle que Louis Blanc nous donne dans un de ses ouvrages : «Le capital est la richesse employée reproductivement » (L. Blanc. Organis.dutrav.dans Quest., t. IV, p. 200). Cette définition est la traduction littérale de la phrase de Stuart Mill : éswealth appropriated to reproductive employment. Cette idée de reproduction implique nécessairement celle de travail et c’est parce que ce facteur travail y joue un rôle prépondérant que le crédit doit étre gratuit, que l'intérêt du capital est illégitime.

Ilest incontestable que l’homme apporte en naissant un droit à la vie ; la conséquence de ce fait est qu'il doit pouvoir travailler car le travail est la seule façon pour lui de réaliser ce droit à la vie. Mais, pour travailler, il faut qu'il ait quelque chose sur quoi et avec quoi il puisse exercer son activité, c’està-dire des matières premières, des instruments de travail qui sont les éléments du capital ; or c’est justement l'usage de ces choses qu’on lui fait payer en faisant du crédit un contrat à titre onéreux. Qu'est,

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