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n'existe aucun remède pour réparer le dommage matériel que ceux-ci occasionnent à la communauté ; bien que travaillant moins, ils doivent avoir les mêmes droits que les actifs dans la répartition des bénéfices, sinon le système s'écroule puisqu'on est forcé de revenir à l'inégalité. Le point d'honneur seul peut rétablir l'équilibre et Louis Blanc éprouve le besoin d’y insister. « Que celui d’entre vous, qui ayant part aux bénéfices communs, n’y contribuera pas par son travail, que celui-là soit déclaré infâme, et je mets en fait qu'aucun d’eux ne s’exposera à cette note d’infamie. » (29 avril.)
Est-ce que cette égalité des salaires ne descendra pas au niveau d’un minimum ? Louis Blanc ne le pense pas ; dans son discours du 29 avril il nous dit que chaque ouvrier recevra « le maximum augmenté de la part des bénéfices ». Sur quoi se base-t-il ? Sur des raisons que nous connaissons déjà, et qui ne répondent qu’indirectement à la question : il part, suivant une habitude qui lui est chère, de la critique de la concurrence qui entraine une énorme déperdition de forces alors qu'avec l’association « les richesses seraient plus que centuplées, » grâce à une habile convergence des efforts jusqu'ici isolés et mal dirigés. Grâce à cet accroissement le niveau serait non pas le plus bas mais le plus élevé possible : dans son discours du 29 avril, nous lisons que « l'égalité ne consiste pas dans l’abaissement du niveau, mais
dans son élévation progressive et indéfinie. » Peutêtre comptait-il sur l’économie résultant de la production en commun. En tous cas ce ne sont là que des affirmations ; c’est encore une simple affirmation qu’il nous donne dans son discours du 3 avril, quand il nous dit « notre conviction profonde, au contraire, est que l'égalité en tant qu'elle se combinerait avec l’association, assurerait à chacun le maximum de salaires d'aujourd'hui. Il s’agit pour nous, non pas l’abaisser, mais d'élever de plus en plus le niveau du bien-être. » Ces opinions auraient besoin d’être appuyées sur des faits précis et éprouvés
IT. — Base du salaire.
Quelle serait la base du salaire ? Louis Blanc ne nous dit rien à ce sujet dans ses discours du Luxembourg. Dans l’appendice de son Histoire de la Révolation de 1848, il aborde cette question, mais d’une facon indirecte, méthode dont nous avons vu plus haut unusage et qu’il semble devoir employer toutes les fois que le sujet présente des difficultés. Il examine la loi des salaires dans le régime de la concurrence, et constate que sa base est le rapport de l'offre à la demande. De ce fait il résulte que « la rémunération du travail se borne à ce qui est strictement néces-
saire au travailleur pour qu’il ne s’éteigne pas d’ina-
nition ». (Révolution 1848, II, p. 291-292). Cette loi est injuste ; les individualistes la considèrent comme nécessaire, mais Louis Blanc ne saurait admettre que ce quiest unique et nécessaire, car ilest possible de trouver une meilleure base dans un régime différent. Il rappelle toujours son idéal. Mais en ce qui concerne l’état transitoire actuel, la question devient embarrassante à tel point qu’il est obligé d'admettre la variabilité des salaires dans leur égalité.
« De ce qu’un objet est variable, il suit qu’on ne saurait l’évaluer invariablement, mais il ne s’en suit en aucune façon qu'il y ait impossibilité de l’évaluer à tel ou tel moment donné en le suivant dans ses variations successives » (op. citat., p. 295).
À quelle loi obéirait cette variabilité ? Quel serait le guide qui permettrait d'établir la mesure des salaires ? Louis Blanc nous dit seulement que les associations € auraient à prendre en considération l’état du monde industriel et l’obligation de tenir tête à l’industrie privée, jusqu’à ce qu’elle eût été peu à peu attirée dans le giron de l’association ». (op. cit., p. 29).
C’est tout ce que Louis Blanc nous dit sur cette question de la fixation des salaires.