MALE CORRE
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En 1508, après un règne éphémère, Joseph Bonaparte, alors roi de Naples, quitta cette ville. Il gagna l’Espagne pour monter sur le trône qu'il devait à la brillante fortune politique et militaire de son frère, l'Empereur Napoléon I°'.
Avec lui, ilemmena Jean-Charles Blanc que lui avait tout particulièrement recommandé son ministre, le comte Ferri Pisani. Les liens de parenté qui unissaient Mme Jean-Charles Blanc, née Estelle de Pozzo-di-Borgo, à son oncle le comte Ferri Pisani, expliquaient cette marque de haut intérêt. Joseph Bonaparte, pour témoigner sa sympathie à son ministre, nomma J.-C. Blanc inspecteur général des finances (visitador général del
Reyno).
Ainsi s'explique la naissance de Louis Blanc à Madrid. Elle eut lieu le 29 octobre 1811, et non, comme certains écrivains l'ont prétendu, en 1812 ou même en
Mais, bientôt la prophétie de Joseph : « Votre gloire. Sire, échouera en Espagne », se réalisa, et les Français durent abandonner un royaume qu'ils avaient en vain essayé de soumettre.
J.-C. Blanc repassa la frontière avec sa famille, et vint habiter Castres. Là, sa femme lui donna, en 1813, un second fils qui reçut le prénom de Charles.
De très bonne heure, à peine âgés de sept ans, les deux enfants furent mis au collège de Rodez et élevés aux frais de l'Etat. Le duc de Richelieu, ministre des relations extérieures, et ami du père, leur avait fait obtenir une bourse à chacun. Les deux jeunes gens se montrèrent dignes de cette faveur du gouvernement en se faisant remarquer par leurs aptitudes et leur ardeur au travail. |
Mais tandis qu'ils terminaient brillamment leurs études, la mère mourait et l'ancien inspecteur du roi Joseph perdait presque toute sa fortune.A quelque temps de là, survini la Révolution de 1830. Elle enleva à J.-C. Blanc la pension civile qu'il avait reçue en qualité de royaliste et d'ancien émigré, et finit de le ruiner complètement.
Ainsi, c'est à la sortie du collège, au moment où ils entraient dans la vie etavaient besoin de tout l'appui et
de toutes les ressources de leur famille, c’est alors que
les deux frères s'aperçurent qu'ils ne devaient compter que sur eux-mêmes.
La lutte devait être pour eux particulièrement pénible.
Ils se rendirent à Paris, louèrent une petite chambre, rue Saint-Honoré, à l'hôtel de l’£toile du Nord, et se mirent en quête de leur nourriture quotidienne. Leur oncle, Ferri Pisani, celui-là même qui jadis avait fait la fortune de leur père, se montra bienveillant pour eux et leur fit une petite pension. Mais elle était trop minime pour leur suffire ; Louis Blanc donna alors, au cachet, quelque: leçons de mathématiques.
Très jeune, de taille plulôt frêle et chétive, absolument imberbe, le regard doux et souriant, Louis Blanc ressemblait plutôt à un élève qu'à un professeur, et l'autorité qu'il Jui fallait acquérir sur ceux dont on lui confiait l'instruction, dut sûrement se ressentir beaucoup de ces apparences extérieures défavorables.
Aussi il ne tarda pas à trouver ce métier bien ingrat et profita de la première occasion pour l'échanger avec celui de.clere d’avoué. M° Collot, avoué près la Cour royale de Paris, l’admit dans son étude et apprécia sa belle écriture.
A cette époque, Louis Blanc entra en relations avec Pierre-François Flauguergues. Ce dernier, avocat de Toulouse, s'était lancé dans la politique, avait fait partie du Corps législatif en 1812, et avait été vice-prési-
dent de la Chambre pendant les Cent-Jours.Né à Rodez,
il y avait connu le père de Louis Blanc et avait été lié d'amitié avec lui. Il se fit un devoir d’initier le jeune homme à la politique et de lui exposer ses idées hbérales.
S'il est exact de dire qu'un éclair suffit pour orienter dans sa marche le voyageur surpris par les ténèbres, ne serait-1l pas exact de déclarer, qu’au milieu des hésitations d’une vocation qui s'ignorait, ces théories politiques furent pour Louis Blane, l'éclair qui illumine la route !
Enfin l’année 1832 arriva, et avec elle survint une bonne fortune.
Un riche industriel, constructeur de machines à Arras, M. Halette, recherchait un précepteur pour son fils. Mis en relations avec Louis Blanc, le jeune homme lui plut. De son côté, Louis Blanc heureux d’avoir à l'avenir la vie matérielle largement assurée, et de pouvoir continuer ses études personnelles, accepta avec plaisir les propositions qui lui étaient faites.
Désormais, ses occupations moins machinales el moins absorbantes vont lui laisser quelques loisirs. Il en profitera pour se livrer à des recherches littéraires el historiques et pour rédiger ses premières œuvres. Il sacrifiera même à la jeunesse et débutera par deux poèmes en vers : l’Hôlel des Invalides et Mirabeau.
Mais ce genre ne convenait pas à ses tendances d’esprit ; aussi 1l J’abandonna bientôt et ne tarda pas à pu-
blier un écrit en prose d'une certaine valeur littéraire,
couronné au reste par l’Académie d'Arras, et intitulé : Eloge de Manuel.
C'est à cette époque qu'il fitses premières armes dans le journalisme et que parurent ses premiers articles. Frédéric Degeorge, rédacteur en chef du Progrès du
Pas-de-Calais, lui ouvrit les colonnes de son journal. D'autre part, Le Propagateur inséra plusieurs de ses écrils politiques.
Le séjour à Arras ne se prolongea que deux années. Ce laps de temps, bien court il est vrai, avait suffit cependant pour orienter le jeune professeur dans une voie nouvelle : /e Journalisme et la Politique, voie qui devait être pour lui extraordinairement féconde.
Louis Blanc quitta Arras en 1834 et rentra aussitôt à Paris. Il emporlait dans ses papiers une lettre cordiale de recommandation adressée par le rédacteur du Progrès, M. Degeorge, à M. Conseil collaborateur d'Armand Carrel au Mational.
M. Consail fit à Louis Blane un accueil très affable, mais soit qu'il le trouvât trop jeune, soit que son aspect malingre et chétif ne lui inspirât pas une grande confiance, il ne s'empressa pas de le présenter au rédacteur en chef Armand Carrel.
Ce fut pour Louis Blanc une bien grande désillusion. Sa vocation de journaliste en fut très ébranlée et peutêtre elle eût été anéantie pour toujours sans un événement inattendu.
Un soir, qu'il retournait, après une nouvelle démar-
che infructueuse faite au National, ses yeux avisèrent, par hasard, une enseigne qui portait ces mots : « Le Bon Sens », Journal politique et quotidien. Une idée germa aussitôt dans son esprit, et à quelques jours de là 1l se présentait, un article à la main, à MM. Cauchois-Lemaire et Rodde, directeurs du Bon Sens.
M. Cauchois-Lemaire, « esprit fin, délié, très méfiant », l’accueillit avec un sourire ironique et allait l'éconduire, lorsque M. Rodde prenant l’article et le lisant, s’écria : — « Mais comment ? C’est excellent cela ! Est-ce vous, jeune homme, qui êtes l’auteur de ce travail ? » Après un geste affirmatif de Louis Blanc, 1l ajouta : —« Eh bien ! je vous admets moi, et je suis sûr que Cauchois-Lemaire m'en remerciera demain. »
Pour la première fois la Fortune souriait à Louis Blanc et lui ouvrait toutes grandes les portes du journalisme. Il allait embrasser définitivement cettecarrière, l'âme pleine d’une ardeur superbe et juvénile. :
Au Bon Sens, on ne tarda pas à reconnaître que le nouveau collaborateur était une recrue puissante et l'on fonda sur lui de grandes espérances. Le public luimême témoigna de la sympathie au jeune écrivain, et bientôt la renommée, telle une aurore matinale, pointa pour lui sur le sommet de la colline.
Armand Carrel n'avait pas été le dernier à apprécier les qualités de ce débutant naguère éconduit par M. Conseil, et qu'il ne connaissait encore que de nom. C'est
pourquoi il le fit appeler et lui demanda quelques articles pour le Nafional.
LOUIS BLANC. — SES ORIGINES. — SA VIE Fi
L'on publiait alors un ouvrage de Claudon sur le xvir' siècle. Louis Blanc en profita pour faire une étude sur les philosophes de cette époque. Il prit nettement parti pour Rousseau contre Voltaire. Le second, à ses yeux, n'était que le représentant de la bourgeoisie, tandis que le premier représentait le peuple et était son ami. Le manuscrit terminé, il le porta lui-même à Armand Carrel. Ce dernier le lut en sa présence, et alors eut lieu une scène pathétique pendant laquelle Louis Blanc développa avec modestie, mais fermeté, les raisons historiques el philosophiques sur lesquelles il fondait son appréciation.
Le jeune écrivain finit par ébranler la conviction du célèbre publiciste, et le lendemain, le VNafional inséra intégralement l’article, Carrel ayant donné l’ordre de n’y rien changer.
Par la suite Louis Blanc fit encore de nombreux articles pour le Nafional, écrivit dans la Nouvelle Minerve et la Revue Républicaine. Il continua à collaborer à la rédaction du Bon-Sens qui, en 1836, perdit ses deux directeurs : Cauchois-Lemaire se retira, Rodde mourut. Mais trop soucieux de l'avenir d’un organe auquel il avait consacré une partie de sa vie, Rodde, sentant venir l’heure suprême, avait mandé auprès de lui M. Lefèvre, propriétaire du journal, et lui avait fait promettre de confier désormais la direction au plus jeune de ses collaborateurs : à Louis Blanc.
Rodde mort, Lefèvre hésila à tenir ses engagements.
Certes le rédacteur ne manquait pas de talent, mais il était si jeune, il ressemblait tant à un enfant ! Ne fallait-il pas au reste qu'un rédacteur en chef représentât devant le public!
Aïnsi, une fois encore, le physique de Louis Blanc venait entraver ses succès et lui aurait ravi un poste honorablement mérité, si M. Lefèvre, n'avait trouvé une solution ménageant les intérêts de tous. La rédacüon en chef serait divisée en deux parts : l’une effective, attribuée à Louis Blanc ; l’autre représentative, adjugée à M. Maillefer. En cas de divergences entre les deux directeurs, les membres de la rédaction trancheraient par le vote le point en litige.
Louis Blanc ne dirigea le Bon Sens que de 1836 à 1838. A cette date-là, il abandonna ce journal. M. Lefèvre-Meuret, sénateur belge, qui en élait encore le propriétaire, voulait que l’on y soutint l'exécution et l’exploitation des chemins de fer par les Compagnies. Louis Blanc ne partageait nullement ces idées ; il pensait au contraire, que seul l'Etat devait exécuter et exploiter les chemins de fer afin de garder pour lui les bénéfices réalisés. Fidèle à ses principes, 1l préféra quitter le Bon Sens plutôt que de les abdiquer.
Il fonde alors la /?erue du progrès politique, social et littéraire. I] y traitera et y développera les questions sociales ébauchées jadis dans la Aevue Républicaine:
Le parti démocratique et ouvrier aura désormais une
tribune du haut de laquelle il fera entendre ses reven-
dications. C’est dans ce journal que Louis Blanc répondit au livre de Louis Bonaparte Les Idées napoléoniennes.
Au futur Empereur, réclamant l'héritage de Napoléon I", 1l disait en terminant: « Vous nous proposez ce qui fut l’œuvre de votre oncle moins la guerre ? Ah! Monsieur! Mais c’est le despotisme moins la gloire, c'est la Cour sur nos têtes, moins l’Europe à nos pieds, c'est l'empire moins l'empereur ! » N'’était-ce point là un langage noble et élevé, et qui plus est, la jaste prévision de ce qui devait hélas ! se passer plus tard ?
Mais les passions politiques égarent à 'ce point les esprits les moins prévenus, qu'il faut rattacher à celle polémique une tentative d'assassinat que l’on ne saurait expliquer autrement.
Le 19 août au soir, alors que le jeune écrivain regagnait sa demeure et à quelques pas de celle-ci, il fut assaillh, rue Neuve Saint-Augustin, par un inconnu qui le frappa à la tête et le laissa pour mort sur le terrain.
Dans la Revue du Progrès parurent encore des arlicles d'économie sociale, qui réunis plus tard en un seul volume, devaient former l'Organisation du travail. Ce livre publié en 1839 eut un succès immense. De nombreuses éditions furent épuisées en peu de temps. L'auteur y montrait la cause des maux de l'organisation sociale actuelle et la possibilité de détruire la misère et le prolétariat par une organisation nouvelle basée sur
l’associalion et la solidarité,
La renommée déjà considérable de l'écrivain ne fit qu'’aller en grandissant. Louis Blanc, sur lequel on fondera tant d’espérances, va devenir l’apôtre des revendications ouvrières et sociales.
L'année d’après, Louis Blanc publia son Histoire de Dix ans, tableau critique en cinq volumes du règne de Louis-Philippe. Il s’y révéla aussi grand historien que journaliste. L'œuvre produisit en France ainsi qu'à l'étranger une émotion profonde. Les journaux allemands et anglais en donnèrent à leurs lecteurs des passages entiers, tandis que Bruxelles et Leipzig inondaïent l'Europe de leurs éditions multiples.
Louis Blanc établissait que le règne de Louis-Philippe était le règne de la bourgeoisie, qu’elle seule dirigeait tout et organisait toute chose en vue de son plus grand profit. Mais il indiquait aussi, au moins à demimots, qu'un feu était né sous la cendre et que cette bourgeoisie financière, qui avait pris la place de l’ancienne noblesse, pourrait bien un jour subir le même sort.
Les événements de février ne tardèrent pas à prouver que l'historien avait vu juste. Bientôt se lèvera un vent de révolution qui emportera la monarchie et l’on sera unanime alors à reconnaître que le livre de Louis Blanc y avait puissamment contribué.
L'Histoire de Dix ans publiée, Louis Blanc va entreprendre une œuvre plus considérable. Il y consacrera
les loisirs que lui laisseront ses nombreuses occupations