I.Ol'lS BLANC
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L 'indépendance, au contraire, n’a pas d’esprit de système. Elle ne recule pas devant l’éloge de ce qui est bien, elle est entre l’opinion et le gouvernement le fil conducteur des fluides de la pensée.
Les deux pôles de son existence pourraient être compris dans ces deux termes : abstention et action.
Abstention en cas d’absolu de désaccord.
Action dans le sens du pouvoir toutes les fois que le pouvoir tend plus ou moins dans le sens des vœux de l’opinion.
Existe-t-il en France, en dehors des anciens chefs du parti démocratique et de tout autre parti, un élément indépendant comprenant que les temps appellent une politique nouvelle, déterminé à rompre avec le passé, à laisser de côté les vieilles formules et les vieilles doctrines, à écarter ses préférences gouvernementales, à séparer, comme l’a dit un sage, le penseur de l’homme politique, à se conformer aux circonstances et à s’efforcer d’en tirer dans l’intérêt de la commune patrie tout l’avantage possible?
Oui, nous pouvons le certifier, cet élément existe, il occupe dans le pays nue place considérable. Il se compose de tous les hommes qui ont appris quelque chose au spectacle de nos révolutions, de tous ceux qui aiment mieux la France qu’une forme gouvernementale ou une secte socialiste quelconque, il se compose, surtout, des esprits pratiques et des phalanges épaisses de celle jeunesse que les écoles jettent chaque jour dans la société et dont les jeunes aspirations ont besoin d’une i direction intellectuelle.
Est-il juste qu’un élément aussi considérable et aussi respectable trouve une existence politique possible?
Est il juste que les hommes qui inscrivent sur leur bannière ce noble mot : indépen-
S dance, rencontrent dans la presse, sur tous les terrains neutres, la faculté d’exprimer leurs opinions dans une mesure, compatible avec le régime actuel, et qu'ils donnent ainsi à la dignité nationale les garanties qu’un grand peuple comme la France est en droit
d’attendre de son gouvernement, quel qu'il soit?
Oui, cela est non-seulement juste, mais cela est utile.
Il faut que l’État puisse vivre en dehors de sa propre atmosphère, il faut qu’il puisse s’assimiler toutes les forces du pays, s’infuser sans cesse le généreux sang qui coule dans nos veines!
Sinon l’Etat, après avoir épuisé la somme d’idées qu’il récèle et que sa nature comporte, tombera dans l’atrophie et se desséchera sur le corps palpitant de la nation.
Dans l’existence politique de cet élément indépendant, les aspirations de la jeunesse peuvent trouver leur issue, les idées de progrès, leur mise en lumière et leur mise en pratique, l'Etat peut y rencontrer une soupape de sûreté contre l’esprit de conspiration.
Or la presse, divisée en journaux officiels et semi-officiels, en feuilles dévouées à des partis bien connus, n’offre à cet élément nouveau aucun moyen de se produire. Les uns n’ont d’autres inspirations à recevoir que
celles du pouvoir; les autres, liés parleur clientèle, ne peuvent être sons les formules obligatoires qu’hostiles au régime actuel, toujours et quand même.
Il est donc à souhaiter que sur ce terrain neutre de la presse soit représenté l’élément considérable qui prend pour devise : indépendance.