‹ Louis BlancChapitre 4 sur 5 · EK · texte numérisé non relu

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tricls. Une seconde révolution est donc nécessaire, qui sera mar-

nement de la fraternité. La Montagne a essayé de l'ac-

plir, mais « tumultueusement », et un seul homme l'a bien com-

spierr st cette révolution que Louis Blance « ap-

• au nom « de l'harmonie et de la liberté ».

11 se dégage de l'œuvre entière une impression de majesté, en rapavec la grandeur du sujet. Toutes les parties en sont traitées avec une exacte proportion, un courant d'éloquence circule à travers les pages, toujours égal, plein^et rapide. La phrase, le plus souvent rythmée, d'un nombre large et sonore, se ramasse parfois tout à coup, se presse et se condense, et jaillit en une image éclatante.

s qualités littéraires, Louis Blanc ne les doit pas seulement à l'influence de Rousseau, pour qui il professait, comme on sait, un véritable culte, elles résultent aussi, et plus encore, de l'amour avec lequel il a traité son sujet. Il s'est mis tout entier dan? son œuvre. plains, dit-il sa tâche accomplie, quiconque, en lisant ce livre. n'y reconnaîtrait pas l'accent d'une voix sincère et les palpitations d'un cœur affamé de justice ».

Sans doute, beaucoup de ses jugements sur les hommes et les choses prêtent à la critique; sans doute, on peut lui reprocher que sa prédilection pour Robespierre l'ait rendu parfois injuste à l'égard de Danton, et, comme ne s'en est pas fait faute Michelet, qui tenait pour ce dernier, que l'auteur, écrivant dans l'exil, n'ait pu consulter les archives françai>e^ et n'ait guère eu à sa disposition que les documents du British Muséum : mais ce grief pourrait être, à aussi bon droit, rétorqué contre Michelet, et ii n'est pas inutile de faire remarquer ici que, à l'époque de la Révolution, c'est la diplomatie anglaise qui tenait tous les fils de la politique européenne. « Louis Blanc, dit M. Aulard, et son jugement fait loi en la matière, est dépassé sur bien des points, mais pas plus et peut-être moins que les autres historiens de la Révolution. Quand il se trompe, ce n'est point par vice de méthode, mais parce que, de son temps et surtout à Londres, (où il a composé la plus grande partie de son livre), on n'avait pas les document- que nous avons. Sa méthode est vraiment scientifique, en ce qu'il n'allègue pas un fait sans s'appuyer sur un (texte cité en note. Il est le premier qui ait ainsi traité l'histoire de la Révolution, et j'ajoute avec un désir d'impartialité fort méritoire. Désir n'est pas assez dire : il a été je crois, plus impartial que nul autre. Voyez comme il a peur fie trop abonder dans son propre sens, d'être injuste pour les adversaires de ses idées. Certains de ces appendices où il discute sa propre méthode et ses résultats sont des chefs-d'œuvre de critique historique... C'est encore l'ouvrage d'ensemble le plus propre à faire connaître l'histoire de la Révolution. J'ajoute que cer-

taines parties de son livre, notamment sur la Vendée, sont presque définitives et étaient fort nouvelles à l'époque ».

Dans les derniers jours de la monarchie de Juillet, Louis Blanc était en possession d'une immense popularité, que contre-balançait celle de deux hommes seulement, Lamartine et Ledru-Rollin. Il avait. dans l'Organisation du Travail, essayé de formuler les aspirations du peuple, s'était affirmé comme journaliste distingué et historien éminent. La campagne réformiste des banquets révéla en lui un orateur de premier ordre. A Dijon, il développa un toast à l'avenir de la France : il rappela l'histoire de la France depuis un demisiècle, traça un tableau saisissant de cette société moderne telle que l'avaient faite des institutions vicieuses, partout livrée au plus cruel antagonisme, il termina par un magnifique morceau oratoire, qui montrait la France donnant la liberté au monde : « Nous avons vu les portes de Paris ouvertes à l'invasion de nos plus cruels ennemis. Eh bien ! à peine touchaient-ils cette terre sacrée, ils l'ont tellement sentie frémir sous les pas de leurs chevaux, qu'ils en sont sorti > tout plein de l'effroi de leur triomphe. Ils espéraient nous imposer le despotisme, ils ont remporté la contagion de la liberté!... ».

\ ce même banquet de Dijon, à la fin de 1847, il prononça ee> paroles prophétiques : « Le pouvoir, qui semblait naguère si vigoureux, s'affaisse sur lui-même et sans qu'on l'attaque. Une invisible volonté va semant dans les hautes régions d'humiliantes catastrophes. Des actes inattendus de démence, de honteuses chutes, des crimes à faire dresser les cheveux sur la tête, des suicides inexpliqués viennent frapper coup sur coup l'opinion publique de stupeur. Alors cette société, si prospère en apparence, s'agite : elle s'interroge avec inquiétude sur je ne sais quel venin caché qu'elle sent courir dans ses veines. Corruption : voilà le mot du moment, et chacun de s'écrier : Impossible que ces choses durent : que nous apportera la « journée de demain ? » Messieurs, quand les fruits sont pourris, ils n'attendent que le passage du vent ».

Chef reconnu du parti ouvrier, il fut chargé par la Réforme de rédiger le nouveau programme de ce journal. En voici le début : « Tous les hommes sont frères. Là où l'égalité n'existe pas. la liberté est un mensonge. L'association est la forme nécessaire de l'égalité. Le but final de l'association est d'arriver à la satisfaction des besoins intellectuels, moraux et matériels de tous, par l'emploi de leurs aptitudes diverses et le concours de tous leurs efforts...

En 1846, il avait refusé la candidature que les républicains de Yillefranche lui offraient. Dès le premier jour de la Révolution de Février il prit place dans le nouveau gouvernement fermement résolu à appliquer se< théories.

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ici le lieu de résumer la doctrine sociale de Louis Blanc, telle qu'il l'a développée dans l'Organisation du Travail, dans les revues et journaux qu'il a dirigés ou auxquels il a collaboré, dans 3 historiques, etc.

Rappelons- nous d'abord l'introduction de ÏHistoire de la Révolution: il v montre la société évoluant successivement de l'autorité dans l'individualisme, pour aboutir, il en a le ferme espoir, à la fraternité, c'est-à-dire à un état où l'individu, à qui la philosophie du xvine siècle a donné le sentiment exalté de ses droits, prendra conscience de ses devoirs et où le gouvernement, sur le principe solidarité et sur « le volontaire assentiment des cœurs » fondera la société future.

Ainsi, d'une part, il croit, comme son maître Rousseau, à la nature essentiellement bonne de l'homme, proclame énergiquement la loi du progrès, malgré les apparences de régression que présente parfois l'histoire ; d'autre part, il charge l'Etat, qui a le devoir d'assurer à l'individu son droit à l'existence, de modifier les conditions de la société, de l'organiser selon ses destinées et ses besoins (i).

Cette transformation s'accomplira lentement, progressivement, les idées suffisent, aidées dans leur action toute puissante par la coopération de l'Etat: « Ce n'est pas la force qui mène le monde, quoi qu'en puissent dire les apparences, c'est la pensée, et l'histoire est faite par les livres... Tout ce qui s'est fait de grand sur la terre a toujours été accompli au nom d'une idée... (2) ».

Le rôle du pouvoir pour Louis Blanc, et en cela il se différencie du saint-simonisme, doit se borner à interpréter ces idées et à favoriser leur triomphe.

Cette réforme ne doit pas seulement s'appliquer aux faits économiques, aux rapports du capital et du travail, à l'amélioration du sort du prolétariat ; elle ne sera efficace, durable que si elle porte sur l'homme tout entier, sur l'ensemble des conditions de la vie morale et matérielle, politique et sociale de la nation, sur toutes les classes de la société. Qu'on se reporte au programme de La Réforme, men-

d) « Nous voulons donc que le travail soit organisé de manière à amener la suppression de la misère, non pas seulement afin que les souffrances matérielles du peuple soient soulagées, mais aussi, mais surtout, afin que chacun soit rendu à sa propre estime; afin que l'excès du malheur n'étouffe plus, chez personne, les nobles aspirations de la pensée et les jouissances d'un légitime orgueil; afin qu'il y ait place pour tous dans le domaine de l'éducation et aux sources de l'intelligence... Nous voulons que le travail soit organisé, afin que l'âme du peuple. — son âme, entendez-vous? — ne reste pas comprimée et gâtée sous la tjrannie des choses ». Introduction à l'Organisation dit Travail.

(2) Histoire de la Révolution, I. Louis Blanc.

tionné plus haut. Cette idée revient fréquemment chez Louis Blanc, avant et après 48. « Le progrès n'existe pour moi, dit-il, clans la Révolution de Février au Luxembourg, ouvrage paru dans l'exil, en 1849, (lu 'à la condition de profiter à tous, à tous sans exception. » Ainsi s'instaurera la société future, dans laquelle l'esprit de solidarité, l'association du capital et du travail établiront l'harmonie entre tous les membres, et, par là, assureront le bonheur général. « Pourquoi l'harmonie ne succéderait-elle pas dans l'homme lui-même à l'antagonisme? Pourquoi l'harmonie ne deviendrait-t-elle pas la loi de la vie individuelle, comme elle est la loi des mondes ? Gardons-nous de scinder le problème, si nous aspirons à le résoudre. La formule du progrès est double dans son unité : Amélioration morale et matérielle du sort de tous, par le libre concours de tous et leur fraternelle association! Ce qui rentre dans l'héroïque devise que nos pères écrivirent, il y a cinquante ans, sur le drapeau de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité (1). »

Mais comment réaliser cette harmonie ? En dissipant les ténèbres, de l'ignorance, en éclairant chaque classe sur ses véritables devoirs et intérêts, en élevant le niveau de l'humanité par la science ; et c'est là la mission de l'Etat (2).

Telles sont, résumées, les idées fondamentales de Louis Blanc. Voyons-en l'application.

La société actuelle, dit-il, est mauvaise, non du fait de la corruption humaine, mais à cause de ses institutions. Tous les vices, tous les crimes n'ont qu'une cause, la misère, résultat de la concurrence, qui est elle-même une des manifestations d'un fait plus général, l'individualisme. La concurrence amène l'abaissement du taux des salaires de l'ouvrier, conduit à la surproduction, par suite au chômage, ruine la petite industrie, c'est la guerre perpétuelle des intérêts, le duel féroce des individus et des classes, des patrons avec les ouvriers, des patrons entre eux, des nations entre elles, et, pour terme final, la victoire d'un petit nombre de capitalistes, qui étaient leur fortune sur la misère générale.

Quel remède apporter à cet état de choses? L'association, l'associa-

(1) Introduction à l'Organisation du Travail.

(2) « Par l'intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l'instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n'est par l'intervention de l'Etat? C'est donc au nom, c'est pour le compte de la liberté, que nous demandons la réhabilitation du principe d'autorité. Nous voulons un gouvernement fort, parce que, dans le régime d'inégalité où, nous végétons encore, il y a des faibles qui ont besoin d'une force sociale qui les protège. Nous voulons U'i gouvernement qui intervienne dans l'industrie, parce que là où on ne prête qu'aux riches, il faut un banquier social qui prête aux pauvres. En un mot, nous invoquons l'idée du pouvoir, parce que la liberté de l'avenir doit être une vérité ». Introduction à l'Organisation du Travail.

PORTRAITS D HIER

lion uni. s'entend, autrement les associations isolées feraient

intérêts et le règne de la violence. Alors l'intérêt personnel, s'identifiant avec l'intérêt collectif, ne perdra rien de son stimulant : chacun exercera l'emploi auquel ses aptitudes le , nent. le travail deviendra attrayant, et les découvertes scientifiques, l'emploi des machines, qui tout en réduisant le nombre des ouvriers, entraînent la surproduction, allégeront le travail manuel au profit du bien-être et du développement intellectuel de l'individu. mment réorganiser ces associations ? Les ouvriers d'une même industrie, ou d'industries similaires, se grouperont et formeront des ateliers sociaux, régis par des règlements ayant force et puissance de loi. Les capitaux seront fournis par l'Etat, gratuitement et sans intérêt Dans chaque branche du travail, l'atelier national aura pour mission spéciale de faire à ceux de l'industrie privée une concurrence écrasante qui les obligera à venir s'absorber dans son sein. De telle sorte que la concurrence sera détruite par la concurrence même. Vous les ateliers nationaux d'une même industrie, répandus sur le territoire, seront associés entre eux, et rattachés comme succursales à un grand atelier central. Les chefs des travaux seront nommés à l'élection, les plus habiles étant appelés aux emplois les plus élevés, en vertu du principe « de chacun selon ses capacités ». En attendant qu'il soit donné « à chacun suivant ses besoins » tous les ouvriers seront également rétribués ; et, à l'objection grave que l'égalité des salaires supprimerait l'intérêt personnel, le grand aiguillon de l'activité humaine, Louis Blanc répondait que ce stimulant sera remplacé, dans les ateliers sociaux par « le point d'honneur du travail », la conscience du travailleur pour soi en travaillant pour les autres, la peur d'être traité de lâche, de voleur, etc.

L'agriculture, souffrant des mêmes maux que l'industrie, subira une transformation analogue « L'abus des successions collatérales, dit-il, est universellement reconnu. Ces successions seraient abolies, et les valeurs dont elles seraient composées, déclarées propriétés communales et inaliénables ». Des fédérations agricoles seraient organisées sur le régime des ateliers industriels. Enfin, de même que tous les ateliers d'une même industrie, seront solidaires entre eux, la solidarité sera établie entre les industries diverses, et l'entrée, dans l'association, des fédérations agricoles, fera une vaste coopérative de production de la société entière.

Ainsi sera atteint, par l'association universalisée, le but que doit se proposer tout réformateur ; le droit à l'existence, dans le sens le plus large et le plus élevé du mot, sera assuré à l'individu (i).

Ci) Voici de quelle façon Louis Blanc résume son projet d'organisation du travail sous forme de projet de loi :

Article Premier. — Il sera créé un ministère du Progrès, dont la mission

La plupart de ces idées donneraient Heu à de nombreuses critiques

dans lesquelles le cadre de cette étude ne nous permet pas d'entrer. Nous nous bornerons seulement à examiner ici si l'intervention joute puissante sinon indispensable de l'Etat n'est pas justement un des principaux éléments de l'impossibilité de toute réforme sociale.

Mous avons déjà rappelé que Louis Blanc demande, au nom et pour le compte de la liberté, la réhabilitation du principe d'autorité. un gouvernement fort, une force sociale qui, non seulement protège les faibles, mais encore procure du crédit et des ressources : « L'Etat, dit-il, dans un régime démocratique où la souveraineté du peuple est réalisée au moyen du suffrage universel, est la société même, qui ordonne par ses mandataires ce qu'elle juge utile ou nécessaire au bien de tous ».

Cependant ses idées souvent flottantes ont maintes fois variées. Après l'insuccès des ateliers nationaux, déplorant que le gouvernement n'eût pas fait un essai pratique de son plan (création d'un minis-

serait d'accomplir la Révolution sociale, et d'amener graduellement, pacifiquement. sans secousse, l'abolition du prolétariat.

ART. 2. — Pour cela, le Ministère du Progrès serait chargé: i" de racheter, au moyen de rentes sur l'Etat, les chemins de fer et les mines ; z" de transformer la Banque de France on Banque d'Etat; 30 de centraliser, au grand avantage de tous et non au profit de l'Etat, les assurances : 40 d'établir, sous la direction de fonctionnaires responsables, de vastes entrepôts où producteurs et manufacturiers seraient admis à déposer leurs marchandises et leurs denrées, lesquelles seraient représentées par des récépissés ayant une valeur négociable et pouvant faire office do papier-monnaie : papier-monnaie parfaitement garanti, puisqu'il aurait pour gage une marchandise déterminée et expertisée; 50 enfin, d'ouvrir des bazars correspondant au commerce de détail, de môme que les entrepôts correspondraient au commerce en gros.

Art. 3. — De; bénéfices, que les chemins de fer, les mines, les assurances, la banque, rapportent aujourd'hui à la spéculation privée, et qui, dans le nouveau système retourneraient à l'Etat, joints à ceux qui résulteraient des droits d'entrepôts, le Ministère du Progrès composerait son budget spécial : le budget des travailleurs.

Art. 4. — L'intérêt et l'amortissement des sommes dues par suite des opérations précédentes seraient prélevés sur le budget des travailleurs ; le reste serait employé : i° à commanditer les associations ouvrières: 20 à fonder des colonies agricoles.

Art 5. — Pour être appelées à jouir de la commandite de l'Etat, les associations industrielles ou agricoles devraient être instituées d'après le principe d'une fraternelle solidarité, de manière à pouvoir acquérir, en se développant, un capital collectif, inaliénable et toujours grossissant ; seul moyen d'arriver à tuer l'usure, grande ou petite, et de faire que le capital ne fût plus un élément de tyrannie, la possession des instruments de travail un privilège, le crédit une marchandise, le bien-être une exception, l'oisiveté un droit.

Art. 6. — En conséquence, toute association industrielle et agricole, voulant jeuir de la commandite de l'Etat, serait tenue d'accepter, comme bases constituti\es de son existence, les dispositions qui suivent :

Après le prélèvement du montant des dépenses consacrées à faire vivre le

t i ; PORTRAITS D HIER

il avait écrit : Je dis au peuple : voulez- vous que

même, en dehors du gouvernement actuel, en dépit de son mauvais

t d'une manière toute légale, les théories socialistes de la

ilution de Février soient mises en pratique? Cela se peut et

; comment :

lions ouvrières se concertent ; .'elles soient entre elles ce précieux lien de la solidarité qui les soutiendra contre la pression du milieu environnant;

un Comité central de travailleurs associés soit établi; ie ce comité organise, non seulement à Paris, mais dans les provinces, la plus importante des souscriptions : la souscription du prolétariat à abolir !

Ce comité sera, — sans caractère officiel — un véritable ministère du Progrès, et le capital fourni par des souscriptions volontaires,

travailleur, de l'intérêt du capital, des frais d'entretien et de matériel, le bénéfice sera ainsi réparti :

Un quart pour l'amortissement du capital ;

Un quart pour l'établissement d'un fonds de secours destiné aux vieillards, aux malades, aux blessés, etc. ;

Un quart à partager entre les travailleurs à titre de bénéfice ;

Un quart enfin pour la formation d'un fonds de réserve dont la destination stra indiquée plus bas.

Ainsi serait constituée l'association dans son atelier.

Resterait à étendre l'association entre tous les ateliers de même nature, afin de les rendre solidaires l'un de l'autre.

Deux conditions y suffiraient :

D'abord, on déterminerait le prix de revient ; on fixerait, en égard à la situation du monde industriel, le chiffre du bénéfice licite au-dessus du prix de revient, de manière à arriver à un prix uniforme et à empêcher toute concurrence entre les ateliers d'une même industrie.

Ensuite, on établirait dans tous les ateliers de la même industrie un salaire non égal, mais proportionnel, les conditions de la vie matérielle n'étant point identiques sur tous les points de la France.

La solidarité étant ainsi établie entre tous les ateliers de même nature, il y aurait enfin à réaliser la souveraine condition de l'ordre, celle qui devra rendre à jamais les haines, les guerres, les révolutions impossibles; il y aurait à fonder la solidarité entre toutes les industries diverses, entre tous les membres de la société.

Pour cela, des divers fonds de réserve dont nous parlions tout à l'heure, on formerait un fonds de mutuelle assistance entre toutes les industries, de telle sorte que celle qui, une année, se trouverait en souffrance, fût secourue par celle qui aurait prospéré. Un grand capital serait ainsi formé, lequel n'appartiendrait à personne, mais appartiendrait à tous collectivement.

La répartition de ce capital de la société entière serait confiée à un conseil d'administration placé au sommet de tous les ateliers.

L'Etat arriverait à la réalisation de ce plan par des mesures successives. Il ne s'agit de violenter personne. L'Etat donnerait son modèle ; à côté vivraient les associations privées, ie système économique actuel. Mais telle est la force d'élasticité que nous croyons au notre, qu'en peu de temps, c'est notre ferme croyance, il se serait étendu sur toute la société, attirant dans son sein les systèmes rivaux par l'irrésistible attrait de sa puissance. Ce serait la pierre jetée dans l'eau et traçant des cercles qui naissent l'un de l'autre, en s'agrandissant toujours.

Louis Blant

LOUIS BLANC l l S

par le dévouement, sera le BUDGE1 DES TRAVAILLEURS. « Que le peuple y songe : la chose en vaut la peine ; car la destruction de la dernier». forme de l'esclavage est au bout. »

Au reste, dans la préface à l'Organisation du Travail, après avoir affirmé que l'individu ne pourra exercer, développer ses facultés que sous l'empire de la justice et « sous la sauvegarde de la loi », Louis lUanc avait cru devoir ajouter: «Qu'on ne s'y trompe pas du reste; cette nécessité de l'intervention des gouvernements est relative; elle dérivera uniquement de l'état de faiblesse, de misère, d'ignorance, où les précédentes tyrannies ont plongé le peuple. Un jour viendra où il ne sera plus besoin d'un gouvernement fort et actif, parce qu'il n'y aura plus dans la société de classe inférieure et mineure. Jusque là, l'établissement d'une autorité tutélaire est indispensable. Le socialisme ne saurait être fécondé que par le souffle de la politique ».

Malgré toutes ces atténuations, Louis Blanc peut être considéré comme un partisan convaincu de la conquête des pouvoirs publics, comme un fervent étatiste.

D'un avis tout opposé, du moins en ce qui concerne le rôle utile et nécessaire de l'Etat, est celui que Louis Blanc appelle haineusement un « zoïle sans valeur, écrivain sans idées, économiste sans principes, grand diseur de riens et d'injures, grand remueur de mots... un de ces hommes qui se font une perruque avec un cheveu et se drapent dans une ficelle ». Proudhon rejette, en effet, toutes les lois de l'Etat « Des lois à qui pense par soi-même, et ne doit répondre que de ses propres actes ! des lois à qui veut être libre et se sent fait pour le devenir ; Je suis prêt à traiter, mais je ne veux pas de lois: je n'en reconnais aucune; je proteste contre tout ordre qu'il plaira à un pouvoir de prétendue nécessité d'imposer à mon libre arbitre. Des lois ! On sait ce qu'elles sont et ce qu'elles valent. Toiles d'araignées pour les puissants et les riches, chaînes qu'aucun acier ne saurait rompre pour les petits et les pauvres, filets de pêche entre les mains du gouvernement (i) ». Quant à l'Etat, le gouvernement de l'homme par l'homme, c'est pour Proudhon la servitude « Quiconque met la main sur moi pour me gouverner est un usurpateur et un tyran. Je le déclare mon ennemi ».

A son tour, Bakounine estime que « l'Etat, c'est l'autorité, c'est la force, c'est l'ostentation et l'infatuation de la force (2) ».

Tolstoï n'a pas une meilleure opinion de l'Etat ; pour lui, l'Etat, c'est « une réunion d'individus qui fait violence aux autres hommes ». qui « exercent le pouvoir, non pas pour vaincre le mal, mais unique-

11) Idée Générale, p. 149.

(2) Dieu et l'Etat.

lié PORTRAITS D'HIER

ment par intérêt ou par caprice ; et les autres hommes s'y soumettent, non parce qu'ils croient que c'est pour leur bien, que ceci les délivrera du mal, mais seulement parce qu'ils ne peuvent s'en affranchir ».

leurre, le droit au travail, qui n'est que « le droit de a jours l'esclave salarié, l'homme de peine, gouverné et exploité par les bourgeois de demain (i) » il faut le rejeter énergiquement; ce n'est là qu'une formule ambiguë dont ont abusé tous les socialistes, endormeurs et doctrinaires, avant comme après 48 (2). Les travailleurs doivent revendiquer le droit à l'aisance. « Le droit à l'aisance, c'est la possibilité de vivre comme des êtres humains et d'élever les enfants pour en faire des membres égaux d'une société supérieure à la nôtre... Le droit à l'aisance, c'est la révolution sociale... Il est grand temps que le travailleur proclame son droit à l'héritage commun et qu'il en prenne possession (3) ».

Est-ce à dire que les idées sociales exprimées par Louis Blanc doivent toutes être rejetées et que sa conception d'une meilleure organisation du travail soit entièrement erronée ? Faut-il ne considérer son action, du moins jusqu'à la révolution de 1848, que comme n'ayant eu que des conséquences négatives ou même néfastes ? Non, sans aucun doute, car jusqu'au moment où il eut réellement, pendant deux mois, la direction morale de la Révolution son rôle fut indiscutablement utile à la cause ouvrière : il a contribué, avec Considérant et Leroux, avec Pecqueur et Cabet, avec Proudhon et Blanqui, à former une nouvelle conscience démocratique, à dégager les principaux problèmes sociaux, à convaincre le peuple de quelques-uns de ses droits. Le penseur ne doit pas être confondu avec l'homme politique.

On eût désiré que le rôle de cet « apôtre de l'idéal, de cet honnête belligérant » ainsi que l'a appelé Victor Hugo, se terminât ici. Il n'est pas inutile de citer cette opinion de Proudhon: « L'Organisation du Travail, tel est le problème de la Révolution de Février; et ce problème, c'est Louis Blanc qui l'a posé. Cela suffit pour rendre immortels le nom de l'auteur et le titre de cet ouvrage » .

« Quand les fruits sont pourris, avait dit Louis Blanc, dans la péroraison de son discours au banquet de Lyon, ils n'attendent

(1) Kropotktne, La Conquête du Pain.

(2) » En général, la réglementation a été la passion commune de tous les socialistes d'avant 1848, moins un seul (Proudhon): Cabet, Louis Blanc, Fouriéristes, Saint-Simoniens, tous avaient la passion d'endoctriner et d'organiser l'avenir, tous ont été plus ou moins autoritaires. » Bakounine, Le Fédéralisme.

(3) Kropotktne, La Conquête du Pain.

LOUIS BLANC i 17

que le passage du vent... » Le vent avait soufflé, les fruits étaient tombés. Ainsi semblait se vérifier la théorie qu'il avait émise dix ans auparavant dans la Revue du Progrès (1.309). Comme on lui objectait que ses réformes, trop radicales, ne tenaient pas un compte suffisant de l'état actuel de la société, il répliquait :' « Le progrès ne s'accomplit point peu à peu dans les institutions d'un peuple. Dans le monde des intelligences, il chemine lentement, laborieusement, mais, c'est tout à coup qu'il fait irruption dans le domaine des faits, changeant les lois d'une manière complète... ».

Le 24 février 1848, ce ne fut pas seulement un régime politique qui disparaissait, c'était une révolution sociale qui préludait. Louis Blanc, qui la représentait, fut porté par le peuple au pouvoir (1) et imposé, à l'Hôtel de Ville, avec l'ouvrier Albert, membre des sociétés secrètes, aux élus du Palais-Bourbon, Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Marie, etc.

Dès le 25 février pour répondre aux vœux des masses ouvrières, Louis Blanc rédige un décret, par lequel « le gouvernement provisoire de la République française s'engage à garantir l'existence de l'ouvrier par le travail. Il s'engage à garantir du travail à tous les citoyens... » Mais le gouvernement provisoire n'avait signé ce décret que dans la crainte d'être renversé du pouvoir par le peuple avec la même facilité qu'il y avait été élevé par lui, et aussi dans l'espoir que cette promesse ne lui serait pas de sitôt rappelée. Mais, à la suite d'une manifestation populaire, le 28 février, composée de nombreux corps d'état, portant des bannières, avec cette devise : Abolition de V exploitation de l'homme par l'homme. Ministère du Progrès. Organisation du Travail, et sous la menace de démission de Louis Blanc et de l'ouvrier Albert, le gouvernement décida de créer, non un ministère de Progrès, mais une commission d'étude pour discuter et élaborer ces questions (2). Louis Blanc en devait avoir la présidence.

Le tour était joué. La fermeté de Louis Blanc n'avait pas résisté longtemps. Après avoir refusé fort dignement de se prêter à une manœuvre qui n'avait pour but que de paralyser et de discréditer ses projets sociaux : « Que ferai-je, avait-il dit, sans pouvoir, sans budget, sans aucun moyen de réaliser nos idées ? Que dirai- je à ce peuple qui m'aime s'il me reproche de l'avoir trompé ? On voudrait

(1) « Le peuple nous voulait à cette place : elle nous appartenait, nous la primes » Louis Blanc. Pages d'histoire de la Révolution de Février 1848.

(2) « La question du travail, disait le décret, est d'une importance suprême ; il n'en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations d'un gouvernement républicain ; il faut aviser sans le moindre retard à garantir au peuple les fruits légitimes de son travail. »

PORTRAITS D'HIER

l'endormir par des paroles captieuses. On me juge propre à mieux

jouer qu'un autre ce rôle perfide. On me demande de faire devant

affamés un cours sur la faim. Mon honneur s'y refuse

autant que ma conscience. Si le peuple doit être trahi encore, que ce

du moins par d'autres que par moi ». Louis Blanc néanmoins se

tincre, parce que, affirma-t-il, le maintien de sa démission

. ait être le signal d'une insurrection populaire et que d'ailleurs il

• avoir une tribune, au Luxembourg, qui lui permettrait « de

faire une telle propagande à la vue de l'Europe! »

« La Commission du gouvernement pour les travailleurs » tel était son titre officiel, s'installa dans la salle même des délibérations de la Chambre des Pairs, au Luxembourg. Elle était composée de trois cents ouvriers, délégués par quatre-vingt-dix corporations. Louis Blanc qui présidait, y prononça d'éloquents discours : « Citoyens, s'était-il écrié le premier jour, rappelez-vous que le calme est le plus court chemin pour arriver à la justice... La fraternité est la science de la richesse... Le progrès n'existe que pour profiter à tous, c'est la solidarité réalisée... » Mais tandis que la Commission délibérait sans rien organiser, le peuple s'impatientait : Proudhon écrivait : « Quoi, déjà vingt jours de révolution, et l'armée, avec ses chefs royalistes •ncore presque entière dans Paris ! La magistrature qui martyrisait hier les républicains est intacte; elle les attend sans doute, de nouveau, à sa barre pour les martyriser encore! De toutes les lois monarchiques, pas une n'est abrogée! mais la réaction n'a qu'à se redresser et à reprendre sa place: le gouvernement provisoire n'est là que pour la lui rendre toute chaude! »

Le gouvernement décida alors de créer les Ateliers Nationaux; il espérait, en laissant propager le bruit que l'organisation de ces ateliers était le fruit des idées de Louis Blanc, lui aliéner l'opinion publique : « Elle me paraît de fort mauvais goût, dit un historien contemporain (i); sous une république démocratique qui ne sait faire autre chose que de distribuer aux citoyens sans travail huit francs par semaine, environ vingt-trois sous par jour pour les aider à ne pas mourir de faim, eux et leur famille. Encore, sur ce misérable salaire, devront-ils prélever les dépenses nécessitées par l'éloignement de leurs chantiers de travail sur lesquels leur présence est exigée deux jours par semaine... sans d'ailleurs qu'on leur y fasse exécuter le moindre travail. »

« Cette dépende improductive (2) et qui n'est plus ainsi qu'une hu-

(1) Souvenirs d'un révolutionnaire, Gustave Lefrançais.

(2) « Cela «'est pas moins pour 1e Trésor une dépense journalière d'environ cent vtngt mille francs. a G. Lefrançais.

miliante aumône, sert naturellement de prétexte aux criailleriez des bons et égoïstes bourgeois, hurlant à tous vents que la République encourage la paresse et l'ivrognerie. Un peu plus, on nous accuserait d'entretenir des danseuses avec nos vingt-trois sous quotidiens ! »

( ependant il serait injuste de passer sous silence les tentatives faites par Louis Blanc pour aboutir à une œuvre pratique. Il fit décréter la réduction du travail d'une heure — 10 heures à Paris, 11 heures en province; — la construction, dans les quartiers les plus populaires, de grandes maisons ouvrières avec salles de lecture. crèches, salles d'asile, écoles, salles de bains ; la suppression du travail des prisonniers et des militaires qui faisaient une concurrence désastreuse au travail libre; il s'employa encore à concilier les ouvriers avec les patrons (grèves des cochers, des paveurs, des boulangers, etc.) ; enfin, il s'efforça avec une louable énergie de créer des associations coopératives.

Mais ce ne furent là que des projets : la manifestation des gardes nationaux bourgeois, les 16 et 17 mars, dirigée contre Louis Blanc et Albert, aux cris de : « Mort aux communistes; » ; les élections plusieurs fois ajournées par le gouvernement dont il faisait partie (1); les dispositions malveillantes avec lesquelles il fut accueilli à la Chambre, qui le firent rejeter, seul de tout le gouvernement provisoire, de la commission executive et l'obligèrent à donner sa démission de président de la Commission du Luxembourg; et, pour tout dire, la faiblesse incurable qu'il montra, en toutes circonstances, le compromirent et compromirent irrémédiablement sa cause.

Après avoir essayé une première fois de le mêler aux poursuitedirigées contre ceux qui avaient envahi, le 15 mai, l'Assemblée, la réaction cléricale et bourgeoise, profitant de l'insurrection de juin, due à la dissolution des Ateliers Nationaux et qui fut réprimée si impitoyablement par la dictature de Cavaignac, le fit poursuivre. Louis Blanc quitta alors la France et se réfugia à Londres (2).

(1) Louis Blanc fui, de tous les membres du gouvernement provisoire, celui qui obtint le moins de voix.

2) « Environ quinze mille hommes morts ou blessés dans les deux camps ; la chasse à l'homme organisée ; une partie de Paris dénonçant l'autre : les haines les plus farouches déchainées contre l'armée, la mobile et les ouvriers, dont les blessés s'invectivent jusque sur leurs couches d'hôpital ; l'embastillement de milliers de prisonniers grouillant et étouffant dans la boue des casemates : l'état de siège indéfini : les conseils de guerre en permanence pour envoyer au bagne ou même à l'échafaud, les plus énergiques des combattants des barricades ; la transportation en masse, sans jugement des simples suspects, votée d'enthousiasme par les a représentants du peuple » : tel est le bilan de quatre mois de gouvernement des républicains. Qu'aurait pu faire de plus la plus exécrable des monarchies ? » G. Lefeançais, Souvenirs d'un révolutionnaire.

En avril 1849, Louis Blanc fut condamné par la Haute-Cour de Bourges, à la déportation. Son nom fut affiché sur un poteau, comme contumax. avec ceux des galériens exposés.

PORTRAITS D HIER

ridant vingt-deux ans, Louis Blanc resta loin de France, mais, Londres, il s'occupa de répondre aux accusations lomnieuses, de ses ennemis, en ce qui concernait son depuis le 24 février jusqu'au 15 mai et plus particulièrement, sur sa part de responsabilité dans l'organisation des Ateliers Nationaux (1). Entre temps, il créa un journal mensuel, Le Nouveau Monde qui devait vivre jusqu'à la fin de 1851, et dans lequel il publia un • Socialisme, une intéressante étude sur la Reforme de la "le et de nombreux articles de polémique démocratique. C'est pendant son exil qu'il continua et termina son Histoire de la Révolution Française (2) en douze volumes. En dehors de ce travail considérable, il collaborait à des journaux libéraux et conservateurs : Le Temps, Le Courrier Français de Paris, L'Etoile Belge de Bruxelles, etc.

Les idées de Louis Blanc sur la terre d'exil demeurèrent à peu près celles qui l'avaient guidé, lorsqu'il tint entre ses mains la fortune de son parti, pendant presque cinq mois.

Le premier numéro de son journal Le Nouveau Monde, en date du 12 juillet 1849, s'ouvre sur ces mots :

« Je date ce journal de Londres, c'est-à-dire de l'exil. De mes amis, les uns sont en prison, les autres sur la terre étrangère. La cause à laquelle j'appartiens est devenue pour une foule d'esprits trompés un sujet de scandale ou d'épouvante. Le parti que je sers a perdu un à un presque tous ses chefs; il vient de se voir enlever la plupart de ses journaux; il est peut-être à la veille de se voir disputer jusqu'à son nom. Enfin, au moment où je trace ces lignes, il est connu de tous que, pour la seconde fois depuis la Révolution de février, Paris est en état de siège; que la réaction parle sans contradicteur dans les conseils de la République; que la capitale du monde à émanciper vit sous l'étrange tutelle d'une armée; que le domicile des citoyens n'a plus de sanctuaire ; que le sol, si hospitalier jusqu'ici de la France, se dérobe sous les pas de tout proscrit ; qu'on s'est armé d'une loi nouvelle contre la liberté de la presse et d'un règlement nouveau contre la liberté de la tribune ; que les clubs sont fermés, et qu'on a suspendu six journaux démocratiques comme on

(1) Appel aux honnêtes gens (brochure, 1849), Pages de l'histoire de la Révolution de Février 18 f H remaniées un peu avant la chute de l'Empire, sent devenues l'Histoire de la Révolution de 1848 (1870.

(2) Le premier, !onné l'exemple de composer son écrit de citations juxtaposées. Il mruv |ue de profondeur et d'originalité... Mais sa sincérité et son abondance le recommandent aux personnes qui veulent aborder l'étude de la Révolution : il n'y a pas encore de cuiide mieux muni et plus sûr. » Aulard.

éteindrait des flambeaux, sous prétexte qu'ils brûlent en même temps qu'ils éclairent.

« Certes, c'est là un grand désastre. Eh bien, la main sur la sonscience, je le déclare : Jamais, non jamais, je ne me sentis le cœur plus rempli de courage, de confiance et d'espoir. »

( >n le voit, les événements de 48 ne lui ont rien appris. Son aveuglement est le même. « Berné par ses collègues du Provisoire (1), hué par la majorité de l'assemblée le 8 mai comme candidat au ministère du Progrès, assommé le 15 mai par les gardes nationaux modérés, canardé le 25 juin par les mêmes, exilé le 25 août par le vote des Barrot, des Cavaignac et des Dufaure; il était victime des uns après avoir été dupe des autres. Eh bien! en dépit de ces mésaventures, Louis Blanc n'a sur cette époque jamais fait son mca-culpa : loin de là, dans ses écrits historiques, il a invariablement tourné et retourné cent fois le mot de l'Infaillible: Nunquam ad me appropinquavit error. »

Il est vrai de dire, pour la défense de Louis Blanc, que c'est sur lui, en particulier, que l'on a fait retomber la plus grande part de responsabilité de l'échec de la révolution. « En somme, dit Vermorel dans Les Hommes de 1848, M. Louis Blanc fut de tous les hommes qui passèrent au pouvoir en 1848, celui qui fut le plus souvent maltraité par la réaction. C'est qu'aussi aucun ne donna autant de prise à ses ennemis. Il fut un instant le maître de la situation : les destinées de la République furent dans ses mains ; il disposait d'un pouvoir immense, il ne sut pas s'en servir :]il appliqua tous ses efforts à neutraliser sa propre influence, à se confondre dans une solidarité complète avec ses collègues, dont les dispositions hostiles et antirévolutionnaires n'étaient un mystère pour personne, en un mot, à maintenir en équilibre les diverses forces de la société, suivant sa propre expression, ce qui était conserver le champ libre pour la réaction, provoquée ainsi à profiter des facilités qu'on lui offrait. Mais alors M. Louis Blanc, objectif désigné des attaques révolutionnaires, ne se montra pas à la hauteur de la situation : au lieu de stimuler la force révolutionnaire qui pouvait encore se grouper à sa voix, et d'engager franchement et courageusement la lutte, il se drapa dans son manteau d'homme d'Etat incompris, épuisa ses efforts à se défendre, à se justifier, en se livrant lui-même à ses ennemis; et ainsi il en arriva à compromettre complètement sa propre dignité et jusqu'à celle du parti qu'il représentait. Si les destinées du socialisme eussent vraiment reposé sur sa tête, comme il put le croire un instant et comme il ne cessa d'en être persuadé, c'en était fait du socialisme, qui fût

(1) Louis Fiaux : Louis Blanc.

PORTRAITS 1> HIER

tomb< »us l'impuissance et sous le ridicule. Et même, de

i entier à la préoccupation de sa propre personnalité, il ne sut taire entendre que des récriminations et des justifications fatigantes et sterL.

Les articles que Louis Blanc, dès i S57. publia, d'abord sous le pseu-

de W'eller, puis sous son nom, au Courrier de Paris, à l'Etoile

. au journal allemand l'Europe, et enfin au Temps (i), offrent

un très grand intérêt documentaire. S'il fut un pauvre homme d'Etat,

- Blanc fut incontestablement un excellent écrivain.

Il s'était du reste merveilleusement adapté à la vie anglaise, il parlait fort bien la langue et connaissait parfaitement l'histoire et la littérature de ce pays. Déjà, dans son Organisation du Travail, il avait dit : - L'Angleterre peut aussi réclamer dans l'histoire des peuples quelques pages immortelles; elle a été visitée par la liberté avant tous euples de l'Europe. »

Dans une lettre datée de 1861 où l'historien abordait le sujet des -, il constatait que l'Angleterre était le seul pays au monde où les ouvriers en grève ne songent jamais à troubler la paix publique: néanmoins, il y avait déjà à cette époque des « renards » et les moyens employL- par ces renégats n'étaient pas sensiblement différents de ceux de nos jours.

« Toutefois, dit, en effet, Louis Blanc (2), la vérité défend de taire que les coalitions, dans l'esprit des ouvriers anglais, s'associent en général à une pratique qui nuit à leur cause, parce qu'elle la rae. Vous savez que dans une armée, on appelle piquets un certain nombre de cavaliers ou de fantassins toujours prêts à marcher au premier ordre ; eh bien, les ouvriers associés pour une grève, en Angleterre, ont, eux aussi, leurs piquets, dont la mission est d'aller rôder dans le voisinage des lieux où s'exécutent les travaux frappés d'interdit, et de veiller à ce que cet interdit ait son plein effet. Il en résulte que ceux qui sont surpris travaillant, lorsque la suspension des travaux se trouve avoir été décidée, courent risque d'être insultés ou maltraités. Tristes désordres, qui, bien que partiels, ont cela de fâcheux, que les détracteurs du peuple, après les avoir exagérés outre mesure, en prennent avantage pour crier à la violation de la liberté individuelle et à l'oppression! Que voulez-vous, tel est le sentiment d'antagonisme nourri par l'opposition des intérêts, que les ouvriers d'une même profession, quand ils se coalisent contre les entrepreneurs, se considèrent comme une armée, se croient en droit d'appliquer à

(1) Ces lettres ont été réunies, en 1866, sous le titre Lettres sur l'Angleterre <2 vol. Lacroi 'koven). Une seconde édition a paru, en 1882. sous le titre Dix ans d'histoire d'Angleterre (Calmann-Lévy ».

(2) Lettres sur l'Angleterre: Le champ de bataille du travail, 1" juillet 1861.

ceux de leur classe qui se séparent de la cause commune, le principe qui, dans une armée, autorise la violation de la liberté individuelle

des déserteur^. «

C'est pendant son séjour en Angleterre qu'il épousa, le 25 octobre [865, à Brighton, une jeune étrangère, d'origine allemande, miss < hristina Groh. Louis Blanc avait alors 54 ans. Il devait perdre sa femme en avril 1876, à Paris.

A deux reprises, il avait refusé, à l'exemple de Victor Hugo et de (Juinet. de bénéficier d'amnisties (1859 et 1869), ayant résolu de rester en exil tant que l'Empire serait debout; c'est pour la même raison qu'il déclina l'offre que lui firent, en 1869, les électeurs de la 8e circonscription de Paris, de poser sa candidature au corps législatif.

Le 14 juillet 1870. il écrivait de Londres: «O grand peuple de France, est-il possible qu'on ose compter ainsi sur l'obscurcissement de ton intelligence et qu'on espère à ce point de prendre au piège ton courage ! »

Le 8 septembre 1870, Louis Blanc rentra à Paris et fut chargé, par le Gouvernement de la Défense, de la mission de tenter auprès du cabinet Gladstone une dernière démarche en faveur d'une intervention officieuse, mais l'investissement de Paris ne lui permit pas d'accomplir cette mission. Le 8 février 187 1, il fut élu le premier sur quarante-trois fi), représentants de la Seine par plus de 216.000 voix mais, dès le lendemain du 1.8 mars, il se prononça contre le Comité Central. « Rappelez- vous, dit-il à lourde, que vous êtes des insurgés, et des insurgés contre l'Assemblée, la plus librement élue que jamais la France se soit donnée ». A quoi. Jourde répliqua : « Si un seul homme ne doit pas prononcer ici ce mot d'insurgé, c'est vous, citoyen P>lanc! » Jusqu'au retour du Gouvernement de Paris, il se contenta d'adresser, de Versailles, des appels platoniques à la concorde. La République, selon lui, ne devant être défendue, en cas de danger, qu'avec les seules armes vraiment efficaces : la discussion libre et la raison (2) ! »

Cependant, dès mars 1872, à l'Assemblée Nationale. Louis Blanc s'éleva contre le projet de loi de Dufaure, dirigé contre l'Internationale. Il protesta de l'atteinte portée à la liberté des doctrines et dés opinions.

Mais son langage était plutôt celui d'un démocrate que d'un véritable socialiste ; néanmoins, Gambetta ayant nié qu'il y eût une question sociale.. Louis Blanc exprima son indignation.

Gambetta, au Havre, le 18 avril 1872, avait dit: « Tenons-nous en

\vec Victor Hugo et Henri Rochefort. (2) Proclamation signée de Louis Blanc. Edgard Quinet, etc.

i :4 PORTRAITS D HIER

garde contre les utopies de ceux qui, dupes de leur imagination ou

dans leur ignorance, croient à une panacée, à une formule

qu'il s'agit de trouver pour faire le bonheur du monde. Croyez qu'il

a pas de remède social, parce qu'il n'y a pas de question sociale.

Il v a une série de problèmes à résoudre, de difficultés à vaincre...,

lèmes économiques qui changent dans l'intérieur d'un même pays:

eh bien, ces problèmes doivent être résolus un à un, et non pas par une

formule unique... »

Louis Blanc écrivit au Rappel, le 24 avril 1872: Il y a une question sociale, « la question suprême de savoir si la loi des transformations .les est accomplie..., s'il n'est pas conforme à la justice qu'il y ait place pour tous au banquet de la vie..., si le prolétariat n'est pas la dernière forme de l'esclavage, et, enfin si ceux qui ont cessé d'être esclaves, puis d'être serfs, ne doivent pas un jour cesser d'être prolétaires )>. Sans doute, ajoutait Louis Blanc, le remède est encore à trouver, mais il ne faut pas décourager les recherches sous prétexte d'utopie, surtout il faut rappeler à la bourgeoisie l'existence de ce problème : autrement, si elle s'endort dans une indifférence égoïste, le prolétariat aussi ne songera qu'à lui-même en préparant son émancipation.

Au moment des massacres de mai, Louis Blanc, à qui on demandait d'intervenir auprès du gouvernement de Versailles pour faire cesser les condamnations d'innocents, de femmes et d'enfants, répondit : <( Dans les tribunaux, le silence des assistants est de rigueur; tant il est vrai que le devoir de chacun est de se taire quand le juge va parler ».

De ce jour, le rôle parlementaire de Louis Blanc se confond avec celui de la gauche de l'Assemblée. Son programme fut celui du parti radical (instruction gratuite, obligatoire et laïque, service obligatoire et universel, gratuité de la justice, liberté de la presse, de réunion et d'association, liberté de conscience).

Il mourut à Cannes, le 6 décembre 1882. Ses funérailles furent célébrées aux frais de l'Etat (1).

Maurice de Casanove.

Ci) La statue de Louis Blanc, par Delhomme, fut érigée sur la place Monge, à Paris, le 23 février 1887. Son portrait en pied, par P. Dupuis, a été légué par lui au Musée Carnavalet.

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