‹ Louis BlancChapitre 3 sur 5 · BLANC · texte numérisé non relu

BLANC

« La bourgeoisie, si elle n'y prend garde, marche à sa ruine par le chemin sur lequel souffre le peuple. Malheureusement, elle ne parait pas s'en être doutée jusqu'ici ».

On retrouve là, avec le fondement et l'essence de ses théories économiques, son ardente sympathie pour les prolétaires. Mais, d'autre part, en attaquant si vigoureusement le pouvoir, il se proposait le dessein de l'arrêter sur la pente périlleuse où il le voyait infailliblement glisser, et, lorsqu'il annonçait son intention d'écrire la fin du règne de Louis-Philippe, il espérait de bonne foi que cette seconde partie de sa tâche serait moins pénible que la première. « Nous n'avons cessé de nourrir, et nous chérissons cette espérance, dit-il en terminant. Elle nous a soutenu dans une œuvre si remplie de tristesse et si amère. En traçant le tableau de tant de malheurs, nous nous disions qu'ils n'étaient pas irréparables ; que, pour y mettre un terme, il fallait se résigner à la douleur d'en connaître les causes et l'étendue; qu'un jour viendrait où cesserait la longue file de nos querelles intestines ; qu'à nos déchirements succéderait la fraternité, source de toute force durable et de toute justice; que la France enfin reprendrait, dans l'intérêt de la civilisation et pour le salut des peuples opprimés, son influence sur les affaires du monde. Nous n'aurions pas écrit ce livre, s'il n'avait dû être que l'oraison funèbre de la patrie ».

Déjà, aussi, Louis Blanc avait entrepris d'écrire l'Histoire de la Révolution : il voulait montrer comment le présent se rattachait au passé, et, de l'évolution antérieure de la société humaine, inférer l'espoir, les gages certains d'un meilleur avenir. Les deux premiers volumes qui parurent sous le règne de Louis-Philippe, en 1844 et en

1847, — les dix derniers se succédèrent de 1852 à 1862, n'en

furent que « le portique monumental » (M. Tchernofï), en dépassaient à peine 1789. C'est que nul historien de la Révolution n'a donné plus d'ampleur à l'étude des origines. « Ce serait, dit Louis Blanc dans le préambule de son ouvrage, méconnaître la Révolution, sa portée sublime, que d'en confondre l'explosion et la date. Ils ne sauraient être nés. de quelques accidents vulgaires, de je ne sais quels modernes embarras, ces événements dont le souvenir palpite encore. Ils résument plusieurs siècles de souffrances... Toutes les nations ont contribué à les produire; toutes y ont leur avenir engagé ».

Dans le premier volume, il suit, à travers quatre siècles, depuis le Concile de Constance en 1414 et Jean Huss, la genèse de cette grande œuvre sociale. « Trois principes, dit-il, se partagent l'histoire : l'autorité, l'individualisme, la fraternité ». Chacun d'eux devait triompher à son heure. L'autorité a été vaincue en 1780. mais ce n'a pas été au profit de la liberté ; l'individualisme a pris alors sa place, c'est-à-dire la bourgeoisîe, avec ses philosophes, ses avocats, ses in-

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