LA MAITRESSE DE L'EMPEREUR
0 toi, qui secouant tes tresses odorantes, Fais sonner, sous tes doigts, l'airain des Corybantes. Belle fille de Grèce, au pas mélodieux, Nymphe que, dans ses flots, l'Eurotas a bercée ! Et que j'ai prise, un jour, dans mon aire, dressée Entre les hommes et les Dieux ! . . .
Puisqu'à ton sort, liant mon destin solitaire, J'ai donné nos amours en spectacle à la terre ! Puisque tes pieds de lait courbent les fronts tremblants ! D'où vient que, dans la fête, où le plaisir t'engage, Parfois un vague ennui passe comme un nuage. Sur tes grands yeux étincelants ! . . .
Afin d'être la reine, entre les jeunes filles, N'as-tu pas tes parfums, qu'enferment des coquilles, Tes perles, sur ton sein, roulant comme des pleurs, Les villas de Tibur, aux sveltes colonnades, Et les jardins, dans l'air, suspendus aux arcades, Gomme des couronnes de fleurs ?
N'as-tu pas la galère, aux riches banderoles, Et les bains de porphyre, et les litières molles, Et les trépieds d'argent qui pétillent, le soir, Et, sur ton front penché, la mître Assyrienne, Et la toge de lys, qu'avec ses doigts d'ébène, A ton bras onduleux, suspend l'Eunuque noir?...
Je puis — si du Sénat le faste t'importune — Au niveau des bouffons abaisser sa fortune ! Et de Rome, en un jour, brisant les vieilles lois, Faire, entre vingt licteurs, marcher ton nain stupide, Ou donner, pour harnais, à ton cheval Numide, La pourpre des Consuls et le bandeau des Rois !
Pour toi, les Eléphants, aux têtes colossales,
Du cirque, sous leurs pieds, ébranleront les dalles,
Des animaux venus d'étranges régions,
L'hippopotame noir, la girafe rayée,
Suivront confusément, par la ville effrayée,
Ton char, qu'emportent des lions ! . . .
Dépose, ô ma beauté, le fardeau qui t'oppresse ! Tu ne seras plus reine, et tu seras déesse : L'encens fume, déjà le temple est préparé, Où, pieuse, et de fleurs entourant la victime, La vierge apportera, sur ton autel sublime, La colombe de neige, ou le faisan doré !
Mais, il me faut, à moi qui porte cet Empire,
Ta danse, au pas léger, ta joie et ton sourire,
Comme il faut, aux grands monts, le soleil radieux !
Chante ! et lève la tète ! Aux sommets où nous sommes,
Le chemin est plus long pour redescendre aux hommes,
Enfant, que pour monter aux Dieux !
Rouen.