‹ Louis Bouilhet, 1821-1869Chapitre 44 sur 48 · LE BACHELIER · texte numérisé non relu

LE BACHELIER

Le Bachelier à sa ceinture Porte suspendus en faisceaux Tous les trésors de l'écriture, L'encre, la pierre et le pinceau.

De boutons d'or sa robe est close, Et sa longue tresse, qui pend Sous son bonnet de satin rose, Lui glisse au dos comme un serpent.

Il écoute en ses rêveries Chanter le rossignol des bois, Et va songeant par les prairies, Comme les sages d'autrefois.

Le ciel est bleu, la mer est bleue, La campagne a l'odeur du thé, Les poissons rouges de leur queue Font frémir le lac argenté.

Les loriots, les hirondelles, Passent par essaims dans les airs, Et laissent tomber de leurs ailes Des parfums, des fleurs et des vers.

Le Bachelier s'asseoit dans l'herbe, Et son pinceau rapide à voir Bondit comme un dragon superbe, Glisse comme un nuage noir.

Le flot qui fuit, le jour qui ploie, L'oiseau, la brise et le soleil, Il attache au papier de soie Tout le paysage vermeil.

Et tandis qu'il n'y prend pas garde, De son pavillon vermissé La jeune fille le regarde A travers le bambou tressé.

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