INTRODUCTION
Malgré son talent, Louis Bouilhet n'a connu durant sa vie qu'une demi-gloire littéraire. Il a même prèssenti que le temps en aurait vite raison :
« Pareil au flot d'une mer inféconde, Sur mon cadavre au sépulcre endormi, Je sens déjà monter Voubli du monde Qui tout vivant m'a couvert à demi » (1).
Il prophétisait juste. Rares sont les lecteurs qui aujourd'hui fréquentent son œuvre ; les critiques littéraires mêmes, s'ils n'ignorent pas son nom, lui donnent la plus petite place possible, comme à un parent de province dans la famille des Romantiques ou des Parnassiens : pour M. Chantavoine, il n'est quun poète « patient et précis > (2) ; pour M. Lanson « un témoin curieux des impulsions incohérentes auxquelles obéissaient entre 1850 et 1860 les talents secondaires qui n'avaient pas la force de s'affranchir et de s'orienter une bonne fois » (3). On l'exécute même plus prestement : M. Strowski l'estime « un poète laborieux et pénible, type parfait du brillant versificateur de Collège, que l'admiration de ses camarades a ensuite forcé de se croire du génie » (£). Il est vrai
{1) (( Dernière Nuit », Œuvres, p. 383.
(2) « Histoire de la Littérature française sous la direction de Petit de Julleville », t. VIII, p. 31.
(3) « Histoire de la Littérature française », p. 10H.
(4) « Tableau de la Littérature française au XIXe siècle », p. 445.