‹ Louis Bourdages et son temps [microforme]Chapitre 6 sur 6 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

La question des subsides était à cette époque celle qui offrait le plus de difficulté et qui faisait naître l’antagonisme entre les deux branches de uotre législature, le conseil législatif et lu chambre d’assembiée, Eu refusaut à la chambre d'assemblée le pouvoir de voter les subsides article par article, le conseil législatif lui refusait l'exercice du privilège indéniable que la chambre seule a le pouvoir de disposer &e l'argent du peuple, d'accorder où de refuser cet argent sui-

vaut qu'elle le regarde corame nécessaire où nuisible au service pubiic. C’est à La chambre et à elle seule, daus l’esprit de la constitution angiaise, qu'il appartient de s’enquérir et de juger des différentes occasions où il devient nécessaire d’accorder, d'approprier ei de propertionuer les sommes à leurs destinations respectives. Le couseil législatif en refusaut à l'assemblée ce droit et ce pouvoir lui refusait donc un droit et uu pouvoir indéniables qui reposaient entièrement et exclusivement dans les représentants du peuple, car en accordant, eu 1791, le gouvernement représentatif, l'Angleterre s'engagea’t à accorder aux commuues du Canada tous les privilèges et toutes les immunités dont jouissaieut les comuwunes en Augleterre. Uette question souleva des débats longs, orageux et violents, et provoqua la dissulution du‘parlement plusieurs fois et fut une des causes de l'insurrection de 1837.

Le conseil s’appuyait sur l'autorité de lord Bathuist, ministre des colonies qui avait répondu à Sherbrooke : “ La “ nécessité du concours de toute la législature pour valider un octroi d'argent, est presque le seul frein solide qu’on “ puisse mettre aux acues de la chambre, vous partagerez j'en ‘suis sûr mon opinion, qu'il est plus que jamais nécessaire ‘“ de ne rien abandonner ni céder sur ce point.”

Cette immixtion inconstitutionelle du conseil législatif daus la question des subsides remontait donc formellement à l'année 1817.

Ce fut done sur cette question que se firent les élections de 1827 ; 2lles fureut en plusieurs endroits, à Sorel et St

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Eustache entre autres, accompagnées de rixes et de désordres et elles augmentèreut le parti populaire de quelques nouveaux membres, Bourdages fut réélu.

Réuni le 20 novewbre 1817, la charnbre, sur proposition de M. Bourdages, appuyée par M. Letourneau, élut M, Papinceau, orateur. On suit la suite ; Dalhousie, mécontent de Papineau, qui venait de lancer un manifeste où 1l blâ-nait ouvertement le gouvernement et l’accusait de se faire le com plice des ministres de lexéeutif, qui prétendwent vouloir garder le contrôle d’une partie des revenns afin de cacher au pays les dilapidations et les vols de leurs favoris, Dalhousie fit savoir à la chambre qu'il désapprouvait cette élection de M. Papineau à la présidence et qu’elle avait à en choisir un autre, *

La chambre, déclarant qu’elle persistait dans son choix en reconduisant M, Papineau au fauteuil, les membres de la minorité se retirèrent et le soir même Dalhousie prorogeuit les chambres.

Dalhousie fut un de nos gouverneurs les plus impopulaires. On rapporte qu’un nommé Vallières avait même formé le projet de l'assassiner, “ Il devint homme de parti, donna dans le projet des UNIONISTES, viola les privilèges des communes, pilla les coffres publics et s’absenta pour plaider contre les Canadiens en Angleterre,”

Wellington le rappela en 1828,

Sir James Kempt fut son successeur, Il ouvrit la ses. sion le 21 décembre 1828, il accepta de bonne grâce M. Papineau comme orateur et recommanda “ l'oubli de toutes jalousies et dissentions passées, comme ie premier pas vers toutes espèces d'améliorations.” A la session de 1830 Bourdages présenta uu bill pourvoyaunt à l’indipendance des juges et leur éloignement des affaires de la politique. II fit aussi partie du comité de la chambre chargé de s’enquérir de l’admiuistratiou de Dalhousie et fit recevoir par la chambre, à la majorité de 24 contre 1 (M. Ogden), et après des débats presque comiques, une pétition des habitants du district des Trois- Rivières se plaignant de Ja même administration, Il preposa non seulement ‘a réexpulsion de Robert Christie, député de

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Gaspé, que Biband appelle un acte de vengeance, mais en core : ‘qu'il soit présenté une adresse à l’administrateur du gouvernement représentant que Robert Christie, par ses rapports et conseils, induisît son excellence, le comte de Dalhousie, de l’antorité rayale, à l'effet de destituer arbitrairement et sans aucune cause légitime F. Quironet, J. Neilson, F, Blanchet et Jean Blanchet, écuyers, de l'office de juge de paix, à cause de leurs opinions et de leurs votes dans cette chambre ; que par ses aveux et ses conversations, il exposa et rendit public le motif odieux de ces démissions injustes, et que par ces moyens, le dit Robert Christie s’est efforcé d’avilir le gouvernement, d’exciter des sentiments d’avarsion pour l'autorité du roi, et de détruire la confiance des sujets de sa Majesté ; que Robert Christie a été de nouveau déclaré

iudigne de siéger dans cette chambre, et priant, en consé-

quence, son Excellence de vouloir refuser au dit Robert

Christie toute marque de confiance de la part dn gouverne-

ment de sa Majesté, en le destituant de toute place d’hon-

neur et de profits qu’il peut tenir sous le gouvernement de

sa Majesté.”

MM. Viger et Papineau appuyaient la proposition de M. Bourdages et MM. Ogden, Cuvillier et Duval, qui commençait alors sa carrière politique, la combattirent.

Après des débats longs, orageux et violents, la motion de Bouydages ne réunit que 8 voix contre 15.

Ce fut à cette session de 1830 que, suivant la Minerve, Bourdages, l’un des plus chauds partisans et l’un des admirateurs les plus enthousiastes de Papineau, trouvait l’orateur admirable lorsqu'il exposait les griefs du pays, mais qu’il revenait à la charge trop souvent.

Bourdages et Papineau ont cependant toujours été amis, et, à la session de janvier 1831, qu'Alymer, successeur de Kempt, venait d'ouvrir, Bourdages fut le premier, appuyé par M. Cuvillier, à proposer Papineau comme orateur de la chambre,

Le premier sujet de discussion qui s’éleva à cette session fut la réexpulsion de Robert Christie sur motion de M. Thibaudeau, député de Bonaventure, M. Bourdages, consitérant que les résolutions qui expulsent M. Christie, avaient pour

base la conviction d’un grand crime, propose et fait adcpter, à la majorité de 45 contre 22, que la question soit 1éférée au comité de toute la chambre. *‘ Les débats furent les plus violents que l’on ait pas encore entendus,

“ Summes-nous à Tunis, à Tripoli ou à Québec, s'écrie M. de Montenach.

“ Heureusement, nous sommes à Québec, et il serait à désirer que nous fussions tous des Québecquois,” répond M. Bourdages,

La réexpulsion de Christie rut adoptée à la majorité de 41 voix contre 28.

Après s'être formée en comité général sur l'état de cette province, M. Bourdages dit à la chambre qu'il “ avait à soumettre une série de propositions qui embrasserait la plupart des objets qu’en avait à prendre eu considération, laquelle était que le comité eût instruction de considérer s’il ne serait pas expédient de n’accorder aucun subside jusqu’à ce que les principaux griefs dont, depuis plusieurs années, cette province s'était plainte au gouvernement impérial, fussent redressées, c’est à-dire : Lo jusqu’à ce que cette partie de l'acte 1e Geo ITT, chap. 88, qui impose certaius droits recevabies dans la ci-devant province de Québec, ait été révoquée ; 20 jusqu'à ce que Îles jnges aient été exclus des couseils législatif et exécutif, et rendus indépendants durant bonne conduite ; 30 jusqu’à ce qu'il ait été effectué une entière réforme dans la composition des conseils exécutif et législatif de cette province ; 40 jusqu'à ce que les revenus casuels et territoriaux de la couronne aient été appliqués pour défrayer les dépenses du gouvernement civii et de l'administration de la justice, sous le contrôle de l’assemblée de cette province ; 5o jusqu’à ce que les fonds provenant des biens du ci-devant ordre des Jésuites aient été appliqués aux fins auxquelles ils avaient été destinés dans l’origine ; 60 jusqu’à ce que les terres Ce la couronne soient concédées en franc-alleu roturier, pour être régies par les lois françaises maintenant en force dans cette province,

“ Il y a trois ans, continue VL. Bourdages, que nous nous attendons à voir mettre à effet les recommandations du comité de la chambre des communes, pour le redressement de

nos griafs, et cependant rien n'a été fait, Il est done devenu absolument nécessaire que nous employions Îles moyens qui sont en notre pouvoir ponr amener ce résultat désiré, Les deux moyens constitutionvels qui se présentent sont, premièrement, de demander au parlement impérial l'entière abotition du conseil législatif, et serondement, de n'accorder aucun subside, tant que nous n'aurons pas obtenu le

redressement de tous nos griefs.”

M. Neilson croit la proposition de M. Boarlages prématurée, mais ce dernier iasiste et demande, comme princival remède aux maux du pays, l'abolition du conseil législatif, Sa proposition est perdue sur division de 50 contre 19,

M. Neilson avait soumis à la chambre une série de 13 propositions blâämant directement leXécutif et exposant les waux dont souffrait le pays, Elles donnèrent lieu à des débats animés 6ù figurent principalement MM. Bourdages, Papinean, Cuvillier et Lee, La 15e et dernière proposition ceusurait le gouvernement au sujet de sa lenteur daus le re. dressement des griefs dout on se plaignait depuis si

longtes.

“Il y a assez de temps, s'écrie Bourdages, que l'assemblé: ‘: fait entendre ses lamentations, ce u’est plus Le temps des jeré- + miades, Le temps est passé où l’on pouvait soupçonuer la loy-

auté des Canadiens,et s’il est un crime à faire à la mère-patrie, c'est d’avoir oublié leur attachement et les services signalés qu'ils ont rendus, Qui a conservé le Canada à lAngieterre dans deux occasions différentes ? Qui a versé son sang pour résister à une domination étrangère ?

Le peuple de ce pays seul, et ces infâmes calommiateurs ont été les premiers à vouloir détruire les liens qui lettachent à la métropole, à les solliciter même à uue séparation dont ils repoussaient l'idée, Qu'on se rappelle que dans cette enceinte même, dans le moment où l'ennemi paraissait sur nos côtes, que les commerçants anglais assemblés voulaient à l'unanimité, livrer les clefs de la ville aux assiégeants ! Et qui s’opposa an projet de ces lâches, de ces traîtres ? Qui eu arrêta l’exé- “ cution ? Qu'il soit dit en l'honneur de inon pays, un ca- “ nadien, un homme de cette nation qui a volé en masse sur

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‘ Ja frontière, en 1812, pour s'opposer à un ennemi qui lui “ promettait la liberté, Les journées mémorables qui ont cou- * vert d'honneur les enfants du sol, et de honte et d'opprobre ‘“ ceux d’une terre étrangère, sont un témoignage que ;a Ca- ‘ lomnie et l’envie n’ont pu détruire la fidélité des Canadien, “ qui semble malheureusement avoir été oubliée de la Grande- “ Bretague,

Les propositions de M. Neilson ayant été adoptées, M. Bourdages soumit à l'approbation des députés la considération des deux propositions suivantes :

lo, La cause principale de ces abus résulte surtout de cette dispositiou de l’acte de la 31 Geo TIT, chap 31, qui constitue uu conseil législatif, qui serait composé de membres nommés à vie par Je pouvoir exécutif, en vue d'en former une partie coustituaute de la législature coloniale. Cette disposition a été uu essai malheureux, introduit pour la première fois dans le régime colonial britannique, pour les deux Canadas seule ent, par l’acte susdit, fatal au repos et à la prospérité de cette province.

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20. Cette disposition a produit des résultats funestes en gaïautissaut à l'exécutif srovincial l'impunité daus ses plus grands écarts et n’a pu être introduite que dans la supposition erronée que l'on pouvait trouver en Amérique les élémeuts propres à y former une aristocratie assez nombreuse, iudépendante et respectée,”

M. Quesnel proposa en amandement aux propositions de M. Bourdages,

lo, Que tous les mots ‘ après législature coloniale soient retranchés et les suivants substitué» : ” sans y avoir attaché en même temts les qualifications, et y avoir apsosé les restrictions nécessaires à son indépendance, de mauière à le rendre capable de servir de contrepoids suflisant au pouvoir des autres branches de la légistature,

30, Que tous les mots après “que” (dans la seconde proposition) suient retouchés et les suivants substitués : ‘ l’exclusion des dits conseils, des iuges et de toutes les cours de justice de la province ainsi que de tous autres individus ayant des places de profit sous bon plaisir dans la provinde, aurait

l'effet de éonstituer et d'ajouter à l’iudépendance constitutionnelle du dit conseil législatif”

Les amendements de M, Quesnel, après des discours violents de la part de MM. Papineau et Cuvillier, furent rejetés, et les propositions de M. Bourdages adoptées à la majorité de 3? coutre 29 et de 32 contre 90,

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Mes amis du Club National s’étonneront peut-être lorsque je leur dirai que les propositions de M. Bourdages, celles qui detnandaient l'abolition du conseil législatif, ont été regardées par certains journaux et historiens de l'époque comme un manifuste contre l’état de société, et par couséqueut comme révolutionnaires et nivelenses, inopportunes et trop violentes dans la forme. Gn s'étonnait de voir un homme de sagesse et d'expérience comine Bourdag 9, un vieillard presque septuagénaire, et membre de l’assemblée depuis plus de vingt ans, demander l'aboliti»n du conseil législatif. D'après M. Cuthbert c'était énoncer ouvertement et mettre en pratique des opinions jusqu'alors inouïes etauxquelles on n'avait jamais pensé. Les propositions de M, Bourdages faisaient “ presque frissonner ” M.John Richardsou, conseiller législatif, fondateur de l’hôpital anglais de Montréal et l’un des chefs du parti tory qui a le plus travaillé à l'anglification du pays.

Où ne s'étonne pas, nous, ‘de la demande de M. Bourdages et nous la croyons bonne et utile parcequ’on n'ignore pas que depuis son établissement le conseil législatif avait systématiquement rejeté toutes les demandes de la chambre d’assemblée : que toutes les réformes suggérées par les représentants de la volonté nationale étaient toujours repoussées, que ses membres nommés par la couronne agissaient à leur guise et se moquaient des moyens suggérés par la chambre pour mettre un terme aux abus criants dont suuffrait le pays, parcequ’ils étaient irresponsab'es ; qu'eufin le conseil législatif “ était l'hôtel des Invalides de la banqueroute et le refuge des Canadiens tarés et des officiels soudoyés.”?

L’Augleterre, en 1856, décretait enfin la purification du conseil tégislatif au moyen de l'élection par le penple,

Malheureusement l'acte de 1867 a sacrifié la conquête

d'une liberté acquise par une lutte d'un demi siècle,

[1 faut avouer cependant que les idées ont fait un pen de progrès, car je ne sache pas, que notre chef politique à: Québec, l’hon M. Mercier, ait été traité de révolutionnure, pour avoir demaudé, il n’y a pas très longtemps, la même chose que Bourdages demandait il y a 50 ans, l'abolition du conseil législatif. ‘

Après considération des propositions de Bonrdages et Neilson, M, Young ayant proposé, appuyé, par M. Bédard que les subsids fussent accordés, M. Bourdages proposa en amendement, appuyé par M. Lafontaine qui devint plus tard pre. mier ministre et Sir Louis Hypolyte Lafontaine ; * Que tait que les griefs et les abus évaimérés dans les résotutions de la chambre ne seront pas redressés, l'assemblée n'accordera au eun subside.”

‘ C'est pour faire sentir que l'excès du malesttel, dit Bourdages, que nous sommes forcés de reconrir aux dernières ressources. Toute antre conduite serait abüsive et illusoire, et ne tendrait qu'à faire dire des Canadiens : Quelles bonnes gens que ces homwmes-là !” Refuser de voter les salaires des fonctionnaires qui ont perpétré le mal, disait encore Bourdages, ce n'est pas arrêter la marche du gouvernement, c’est faire sentir la réalité de nos griefs.”

M. Bourdages fit passer un bill à cette même session accordant une indemnité aux membres de assemblée qui la demandait régulièrement chaque année depuis 1807, Comme d'habitude le biil fut rejeté par le conseil, mais donna cependant, par une disposition spéciale, $2 00 par jour pendant la session,

Aylmer fit savoir à la charbre que le roi conseutait à adaudonner tous les revenus créés tant par les actionnaires impériaux que coloniaux, à l’exception de £19,000 qu'il demanodait de voter pour lu vie du roi, Les préventions et Îles haines étaient montées à un si hant point que la demande du gou verrement fut rejetée, comme contraire aux principes du gouvernement constitutionrel,

* Que puis-je faire aujourd'hui pour le bonheur et lu prospérilé du Canada? Se demandait Aylmer en ouvrant la

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seconde session le 13 Novembre 1831,

La réexpulsion de M. Christie, sur proposition de M, Bourdages, fut le premier procédé de l'assemblée, M. Cuvillier demanda 24 heures d'avis et M. Lee dit qu'adopter la proposition de Bounrdages serait enfreindre les droits du peuple. “M. Bourdages a assumé une grande responsabilité ” car sans lui la question ne se serait pas présentée, M. Bourdages se charge volontiers de cette responsabilité dont le merace M. Lee et en réponse à la demande de M. Cuvillier' il dit : “ ces 24 heures ressembleraient à un sursis accordé à nn criminel condamné à mort, Quand je songe à la trahison de M. Christie, je regarde son expulsion comme juste, et Gaspé, insulte cette chambre, en l’élisant de nouvean, La chambre ne doit pas se laisser intimider par les menaces de ce cuimté. ”

Le 10 janvier 1832 Bourdages proposa une série de propositions demandant non plus l'abolition du conseil législatif comme le comportait ses résolutions de l'année précéden-

te, mais de faire du conseil un corps électif. Il fit encore passer un bill pour donner droit de voter aux notables des paroisses dans les assembiées de marguilliers,

Lord Aylmer prorogea le pariemenut, le T6 février, et blâma l'attitude que la chambre avait prise sur la question des subsides, ‘ Le gouverueur, disait Bourdages, au commencement de la nouvelle sessiou, nous a censuré dans un eudroit où nous n'avons rien à dire, il uous a ceusurés dans nos droits les plus sacrés, 1] est du devoir de la chambre de répoudre à uue harangue destructive de ses droits et de ses priviléges... partipciperons-nous à un mpiètement dangereux ? … Souffrirons-nous que cette chambre soit cpprimée ©? Sowmes-nous sous la férule d’un gouverneur ? Ii a agi l’au deruier, comme un chef militaire censurant ses troupes, Nous devons aviser au moyen de nous en débarrasser ; nous ne devons pas nous laisser censurer par un militaire qui n’a aucune counaissance des lois civiles. Il west pas extraordinaire que nous ayons rejeté la liste civiie qui uous était demandée, nous en avious le droit, Le chef de l'exécutif nous traite comme des écoiiers... Je parle sans cérémouie... Je sais que uous échangeons une censure contre

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une censure, mais il faut qu'il l'endure puisqu'il l'a provoquée, C'est à nous qu'il appartient de donner de l'argent, il ne faut pas tant de cérémonie, s'il ne lui plait pas, qu'il Île laisse.”

La réponse de son excellence à cette censure de la chambre fut qu’elle subviendrait à ses dépenses, au moyen des fonds que la loi a mis à sa dispositions afiu d'agir d’une manière plus conforme à sa diguité et maintenir plus efficacement la bonne intelligence dans laquelle elle désirait toujours être avec la ehambre d’assemblée du Bas-Cauada.”

On voit, par cette réponse que si le parti canadien était tenace et opiniâtre dans ses prétentions légitimes sur la question des subsides, le gouvernement de son côté, mettant toujours en pratique les suggestions que lord Bathurst lui avait données en 1817, était aussi iuflexible,

Hélas ! un demi-siècie de luttes, de travail et de sacrifices ; un demi-siècle de patience, d'attente et Ce résignation, devait aboutir à une résistance armée, à uue insurrection qui devait nous donner, daus toute leur prénitude, l’exercice des franchises constitutionnelles. Aïiu de bien comprendre le rôle de ces patriotes, repétons, avec un écrivain français, cette graude vérité historique :

“ Dans toute lutte pour la justice sociale, le triomphe de ‘“ Ja fiu est solitaire des douloureuses épreuves du milieu et ‘“ du commencement, La liberté est pour les peuples un “ bien si noble, qu'ils ne la conquièrent jamais sans passer “ par les angoises de ia défaite et par les gloires du martyre ; ‘ mais aussi elle est tellement leur condition suprême de ‘ vie, que toutes les fois qu’ils la désertent, dans nn désir “ égoïste de repos ou de bien-être, ils sont frappés &e touts ‘ les misères, et que toutes les fois, au contraire, qu'ils 2om- “ battent pour elle, ils travaillent de la façon la plus efficace “ pour eux et pour leurs enfants, alors même que leur coura- ‘“ ge est momentanément trahi par les caprices aveugles de la * fortume.”

M. D. Mondeiet, l’un des représentants du comté de Montréal, ayant été nommé conseiller exécutif honoraire,

ourdages considéra cette nomination comme une violation des droits de la chambre et une minacs à la liberté de ses meinbres. * Afin d'arrêter Le: mal à sou origine "il fit passer nu bill déclarant nulle l'élection d’an membre qui accept: rait un offse salarié et le siège de M, D, Mondelet fut declaré vacant, L'émanation d’un writ pour une nouve le élection se faisant attendre, le gouverneur fat prié par adresse, sur motion de M. Bourdages, de vouloir bien communiquer à la chambre les circonstances ét les raisons qui donnuient lieu à ce retard, Par simple esprit de parti et de vengeance M. Stuart se crut alors autorisé, se basant sur la demande légitime de M. Bourdages, de demander que l'orateur èmane son writ pour l'élection d’an membre du quartier ouest de Montréal, On sait qu'aux dernières élections, (en Mai 1832) M. Tracey, rédacteur du Vindicator qui venait d'être incarcéré avec Duvernay, pour avoir osé porter une main sacrilège sur le santuaire, le sénacle des vieillards malfuisants, avait été élu député du quartier ouest de cette ville,

contre M. Stanley Bugz, après une lutte des plus acharnées

et des plus violentes, dans laquelle trois de nos compatriotes étaient tombés victimes de la cause qu’'its personnifiaient, sous les coups de la haîne aveugle et du fanatisme sauvage des bureaucrates.

Ce sang criait vengeance, et MM. Leslie et Bonrdages demandèrent une enquête sur cette malheureuse affaire,

Il crut qu'il était aussi de son devoir, tout en étant logique avec lui même, de se prronoucer contre la demande de M. Stuart, parcequ’il considérait que la prudence et les circonstances demandaient de ne pas remettre aussitôt les deux partis aux prises. Bourdages était donc loin d'être un révolutiounaire, comme l'avait si faussement insinué l’Observuteur, le journal bureaucrate de M. Bibaud, le seui journal de langue française qui avait accueilli et regardé comme niveleuses les propositions de M. Bourdages demandant l'élection des conseillers législatifs.

Poussé par esprit de conciliation, disent quelques historiens, lord Aylmer avait nommé onze nouveaux conseillers législatifs dont huit étaient Canadiens C'était trop tard, il est vrai, mais nos pères avaicnt toujours gagné cela.

M. B'uriages eut la hardiesse de demander à son Excellence à quelle époque et quelles personnes elle avait recomimandé au gouvernement de sa Majeste pour cette nomination, H reçut pour réponse que la dignité de la charge élevée que sa Majesté avait gracieusemert confié à son Excellence ‘dans cette colonie lui faisait un devoir de ne pas se rendre à une demande pourtant si ligitime et si constitutionnelle, y *

Bactu dans la session précédente, comme nous l'avons vu, dans sa demande de l'élection des conseillers législatifs, Bourdages revint à la charge Le 15 janvier 1833 et fit adopter, à la majorité de 34 coutre 26, les propositions suivanLes :

‘# Du momeut où, d’après les capitulations, les habitants du Canada devinrent sujets britanniques, ils eurent droit de jouir du système représentatif et des droits politiques des su jets anglais.

‘“ La disposition de l’acte de la 31 Geo IIT chap 31 qui revêt sa Majesté du pouvoir iusolite, contraire aux principes de la constitution britannique, ae composer à son gré, une branche entière de la lévislature provinciale, est incompatible avec les principes d’un gouvernement libre.

“ L'expérience de plus de quarante années a démontré que la constitution et la composition du couseil législatif de ete province, n'ont pas été et ue sout pas propres à procurer à cette province le coutentement et le bon gouvernement d’icelle, ni dès lors à favoriser le developpement de ses ressources et de son industrie,

‘“ Il est urgent que cette chambre s'adresse au parlement impérial pour solliciter la passation d’un acte antorisaut la convocation d’une convention tonte elective, choisie par les électeurs actuels des comtés, cités et bourgs, envoyant des délégués en nombre égal à celui des représentants qu'ils envoient au parleinent provincial, avec pouvoir et autorité de proposer au dit act de la 31 Gev IIT chap 31, tels amenudements qui leur paraîtront les plus propres à faire et à procurer la paix, le contentement et le hon gouvernement de la province, sons la protection et l'autorité de la métropele, et par là même assurer et perpétuer la reconnaissance ut la du-

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rée de lattach tinent de la colome pour Ta mère-patriv, qui lui aurait coufére un aussi estimable bienfaic.”

[faut lire les journaux ue cette époque pour voir quel tra. vail énorme Bourdages est obligé d'accomplir durant cette session, Comme président du comité des privilèges de la chambre et des élections, Comme prenve de sou assiduité À l’accomplissement de ses devoirs législatifs,on peut citer le trait suivant. Engagé dans une discussion, durant cette même session de 1833, on vint lui apprendre la nouvelle de la mort de son fils, Sollicité vivement de se retirer de la chambre 8'il voulait voir son fils une dernière fois et assister à ses funérailles, il répondit : “Non, je suis citoven avant d'être père !” IT avait tant à cœur les intérêts de son pays qu'il continua la discussion.

“M Bourdages, est arrivé à St Denis, samedi, le 30 mars, “disait lÆcho du pays. Ce digne homme que rien n'a pu # distraire des travaux publics, et qui a supporté avec une ‘philosophie et une grandeur d'âme digne de Brutus et de “ Caton ia mort d'un fils chéri, vient enfin se reposer de

ses longues fatignes ec trouver dens l'amour et la vénération de ses concitoyens, le prix Ge ses énormes sacrifices pendant la présente session. Les efforts qu'il fait depuis longtemps et quil a redoublés particulièrement cette année pour le soutien de la liberté, sont audessus de tout éloge, et ne sauraient trouver de récompense que dans l'hommage publie et la satisfaction de sa belle âme.”

Le Canadien du 3 avril 1833 en reproduisant cet extrait, ajoutait : ‘ Nous avons plus d’une fois marqué notre a:lruira- “ tion et notre respect pour le vénéruble doyen de la cham- “ bre d’assemblée qui, à l'âge où la plupart des autres hom- ‘“ mes cherchent le repos.et la retraite, travaille encore avec

un zèle infatigable à Ja chose publique, et par la vigueur et le dévouement d’un autre âge, et avec un désintéressement que persoune ne peut mettre en doute, ne s’est pas laissé dévaricer par sou siècle, dont les idées libérales trouvent toujours en lui un ferme appui.”

Nous devons malheureusement faire remarquer que dans cette année 1833 une scission éclata au milieu parti canadien et que MM. Neilsouet Juvillier se séparèrent de MM. Papiueau et Bourdages.

Nous sommes maintenant à 1834 !

Le 17 Février de cette année est una date impérissable dans l'histoire parlementaire de notre pays, Ce jour-là furent proposées par M, Bédard les fameuses 92 Résolutions que M. Morin avait rédigées sur des notes de M. Papineau, ie eompendium pour ainsi dire, de notre histoire législative, le résumé des griefs dont avait souffert le Bas-Cunada depuis la cession : “ Le testament politique, d’après l'hou, juge T, 9, J, Loranger, des hommes de 1791 et de 1815 en faveur des générations futures ; ce fut un mamfeste signalant les principes constitutionnie)s que la chambre avait défendus, le redressemensts des griefs qu’elle avait demandés et l'accomplissement des reformes qu’elle jugeait ntiles à sa prospérité, à sus franchises constitutionelles et à son gouvernement.”

Tous les griefs établis par le manifeste de la chambre dit des 92 Résolutious furent approuvés par le peuple. Las suc: cesseurs des Papineau, des Morin, des Bédard, et des Bourduges, dans les luttes parlementaires, ont obtenu depuis toutes ces reformes que lé conseil législatit dans son opposition systématique, avait constamment refusé,

Il n'entre pas dans le cadre de cette conférence de rapporter ces fameuses résolutions qui furent le programine politique du parti canadien présidé par Papineau et dirigé par Bourdages dans la chambre d’assemblée. Quelques-unes néanmoins méritent une mention spéciale, Aiusi où demandait ; la conservation de la religion, de la langne et des lois des Canadiensfrançais, le gouvernement respuusable, élection du couseil législatif par le peuple, la disposition des deniers publics par la chambre populaire, liudépendance des juges et leur inamovibilté, leur exclusion de la représentation, une distribution plus sage et plus équitable du patronage entre Îles deux races etc, Bédard, Bleury, Vanfelson, Bourdages et Papineau les appuyèrent tandis que MM. Neilson, Stuart, Quesnel, Cuvillier, Las combattirent, Après six séances de discussion, elles furent finalement adoptées à une grande mujorité, M. Neilson et les membres de la minorité se retirèrent.

S'il faut en croire l'historien B'baud ‘“ ce résultat aussi étrange que déplorable” est dû à MM. Papineau et

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Bourduges parce que la majorité avait juré 4 ne voter jumais que daus Le sens de l'oruteur et du doyen de Ja chambre,

Des assemblées nombrauses eurent lieu dass toutes les vi!les et dans tous les comtés de le province pour les appronver ou les combattre, Le Haut-Canada suivit l'exemple de sa province sœur, Car là aussi on demandait le contrôle absolu des revenus, et le conseil exécutif responsable de ses actes aux représentauts du peuple, Duus une assemblée tenue à Toroute, où y adopta la résolutions suivante :

“ Que les remerciments sincères 8t unanimes soient communiqués à L. J. Papineau, écuter, et à Louis Bourdages, éeuter, et aux houorables membr:s avec lesquels ils ont agi dans l'assemblée, aussi à Phonorable 0, B, Viger, membre du conseil législatif et aux honorables membres avec lesquels il a agi dans cette chambre, pour leurs efforts prudents, z616s et patriotiques dans la canse d: la réforme, contre un systè ine colonial vicieux, regardé commimée insupportable dans les

colonies de l'Amérique du Nora.” Les élections déoctobre et

de novembie 1834 se firent sur les 92 Résolutions, Cu villier perdit son siège pour née pas les avoir approuvées et avoir rougi, dans cette occasion, de servir la cause de son pays et trahi les intérêts de ses constituauts.

L'appui énergique que Bourdages a douné à 1 passation des 92 Résointions est le dernier acte de sa carrière politique et coustitue peut-être l’un de ses plus beaux titres de gloire à l'admiration de ia pospérité. [Il mourut presque subitenient, à St-Denis, Rivière Richelieu, le 20 janvier 1835, au moment de son départ pour Québec où il allait remplir avec son assidui‘é ordinaire les devoirs imposés par son mandat.

Au moment où l'horizon était sombre, l'avenir chargé de nuages, la natioualité cauadienne française voyait disparaître dans Bourdages un défeuseur intrépide de ses droits et de ses franchises, la société un citoyen distingué, le notariat un de ses meiubres les plus capables et les plus instruits,

“ Bourdages était sincèremeut attaché à sa religion sans “ être hypocrite, ni bigot, nouobstant ce que peuvent peuser “ de lui ceux qui voyaient d'autres suites daus les mesures

‘qu'il appuya. Il fut l’un des plus filèles sujets de sa Ma-

“ je té et l’un des hommes les plus religieux de son temps “ (Minerve Février 1835. Par la mort de Louis Bourdages, “ dit Bibaud, la chambre perdait le défenseur le plus vigilant «

et le plus scrupuleux gardien de ses privilèges.”

Il était père de huit erfants, trois garçons et cinq filles. Il ne reste aujourd’hui à St-Denis, que deux de ses petitsenfants, Louis Bourdeges, fils de Jean ‘avid Bourdages moit il y a quelques années à l’âge avancée de 83 ans, et Dame Emma Bourdages, fille de feu Raymond Bourdages, épouse de M. Wilfrid Richer, Nous tronvons une autre de ses petite-fille à Sie Marie, Dame Josephte Bonrdages, épouse du docteur Poulir et fille du docteur Séraphin Bourdages qui à été en chambre en même temps que sow père, et mort quelques années avant Jui,

Nous trouvons un des fiis de M. Bourdages, dans les rangs des patriotes, à la bataïlle de St-Denis, faisant bravement Île coup de feu contre les bureaucratés et contribuant pour beaucoup au succes de la journée,

Le peuple a conservé le souvenir de ce grand citoyen. On rapporte qu'aux élections de 1854, un vieux patriote de Sorel qui aVait assisté aux luttes que fit Bourdages, dans Richelieu, repondit à ceux qui lui demandait quelle candidature il soutenait : ‘* Je vote pour Bourdages parcequ'il a toujours été patriote.”

Ce qui distingue Louis Bourdages, dans sa carrière politique, c’est l'iufloxibilité de ses principes, la fermeté de sa conduite, son attitude toujours pleine de dignité, sa probité politique, son intégrité rayonnant dans tous les actes de sa vie parlemeutaire : “ Je serais bien fâché, disait-il un jour devant l’assemblée, que M, l’orateur eût ou fût censé avoir plus d’intégrité que moi.”

‘“ La mémoire de notre dernier doyen des membres de la ‘“ chambre des représentants, Louis. Bourduges, sera longtemps ‘ vénéré dans le pays, disait la Minerve, au lendemsin de sa ‘“ mort, et ceux qui savent apprécier les services qu’il rendit ‘ pendaut tant d'aunées à sa patrie, doivent s'intéresser à ‘tous les hommages qui témoignent de l'affection publique, * Un service a été demandé par plusieurs notables de Nicolet

Can:

cha path

Has,

‘“ pour le ‘epos de l’âme du vénérable citoyen, et a été célé-

bré dans l'église paroissiale de ce lieu, vendredi le 6 de ce “ mois (Février 1835}. Le service fut chanté en quatre parties par les amateurs tant de Nicolet que des paroisses voisines et rien ne fut épargné pour rendre ceste cérémonie aussi complète que touchante, [Le concours n'était pas si uombreux qu’on aurait pu s’y attendre et baaucoup de per: sonnes exprimèrent ensuite le regret de u’en avoir pas été averti : cela a tenu à l'organe un peu faible du curé de “ Nicolet qui ne lui a pas permis, dans catte circonstance, “ de faire son annonce au prôue assez haut pour être enten- ‘“ du de tout le monde, Cependant on remarquait parmi “ les assistants plusieurs membres des comtés avoisinants et ‘“ même des townships.”

Caressé par Prévost qui le fit colonel de milice, nommé sous l'administration de Dalhonsie, en rernplacement de l'Hon Hugh Fiuiay, surintendant des postes de la province, où il a déployé une grande activité et fait plusieurs amélioratious utiles dans le système postal de l’époque, Bourdages eût pu, s’il l’eût voulu, trahir la cause de ses compatriotes, mais il a préféré aux houneurs, la liberté de ses convictions et rester avec eux, fort de son droit, de la satisfaction du devoir accompli ec de la noblesse de la lutte qu’il soutenait si éuergiquement, Non,en politique, Bourdages n'a jamais consulté sou intérêt personnel, mais il eut des principes avec lesquels il n’a jamais transigé.

Odieux au parti britannique, ilétait cependant un sujet loyal de sa Majesté, comme le prouve sa conduite de 1813. ‘ Il envisageait la loyauté dans ce qu'elle est réellement : “soutenir le gouvernement sur le bien qu'il peut et doit fuire.”" Débarrassé des mobiles mesquins d’un faux loyalisme, la véritable loyauté était donc pour Bourdages celle qu’il devait à son pays. Aussi, dépoui lé de tous préjugés, cousidérait-il les intérêts de sa patrie avec des yeux et un cœur canadiens et non avec des yeux et un cœur anglais.

Ne demaudez pas à Bourdages les grâces de l’élocution, Île charme de l'érudition, la véhémence, la fougue, la chaleur, le pathétique, ces élans sublimes d’éloquence qui électrisent Les uasses et qui faisaient de Papinaun Ie tribuu le plus popu-

luire de cette époque si fertile en orateur. Non, B'urdages ust # sc nt tout un homme sage, calme et pratique ; un cœur géu# -. x, un patriote zélé et désintéressé. un des amis Îles pius sincères et les plus dévoués de cette grande cause constitutiounelle qui remuait et intéressait le pays tout entier, Dans sa carrière si bien remplie, tout respire le travail, le devoir, l'honnêteté et la probité.

Grand et imposant par sa figure, doué d’une voix puissante et sonore, il commandait le respect et attirait l’attention de la chambre chaque fois qu'il prenait part aux débats. Il avait quelques traits de ressemblance avec Lanjuinais, dit Bibaud. [a fourni à un de nos satyriques le couplet suivant :

Ah ! ai Bourdages Prenait un autre ton !

Il parle en sage,

Mais j’abhorre le son

Qui fait tapage Et tonne en faux-bourdon,

Une politique plus sage, plus libérale, audessus d: préjnés mesquins, nous à accordé, après latourmente révolutionuaire de 1837, les droits et les franchises d’un peuple libre et civilisé, Aussi, vouloir raviver aujourd'hui cette lutte nationale qui existait malheurenaement à un si haut dégré, à l’époque où vécut Bourdages, au seiu de notre assemblée léislative, sous le régime constitutionuel de 1791 et qui «x retardé pendant 50 ans au moins les progrès matériels et intellectuels de notre pays, serait non-seulement une faute, mais encore un crime, Gravons dans notre mémoire ces belles paroles et ces grandes vérités que prononçait un jour, devant le Marquis de Lorne, l’un de nos hommes publices les plus distingués, l’'Hon., H. Mercier, le chef du parti libé-

ral daus la province de Québec :

“ Les Canadiens qui ne parlent pas notre langue ne sont “ pas des ennermis, 1ls ne sont que des émules ; 1lsont cessé ‘* d’être nos ennemis le jour où, obéissant aux lois de la civi- “ Jisation, l'Angleterre, sous la noble inspiration d’une reine ‘“ illustre, nous a conviés au banquet des libertés politiques, “ Dès ce jour-là, nous sommes devenus tous solidaires et ‘avons pris l’engagement solennel d'oublier les vieilles

cot au on uni si | le de Au de Lai Pop pai

more

‘ haines et de les sacrifier au profit des institutions nouvelles, “ gage précieux d’un avenir plus heureux. N'oublions jamais “ ces vérités si nous voulons ne pas voir disparaitre le caline “qui a suivi la termpêtede 1837. Liées les unes aux autres “ comme les branches d'un même arbre, les diverses races “qui vivent au Canada doivent accepter cette solidarité de “ leur existence, Gue ies circonstances plutôt que leur vo- “ Jonté leur ont imposé ; elles doivent se uourrir de la même “ sève, et notre sol est assez riche pour leur en fournir en ‘ ahondance, Et puisque les unes sont forcées de renoncer à “ l'espoir de régner sur les ruines des autres, elles doivent “toutes s'unir d’une manière sympathique, avec nne noble “et généreuse franchise, et travailier de concert à assurer * les destinées que la Province nous ménage, L'intérêt gé- “ néral du Canada, qui est notre patrie corumune, doit domi- “ner les intérêts de race et de caste ; nous ne devons pas ‘vubiier, nous, les habitants de ee pays, appelés à créer un “ grand peuple, que si nous sommes français, anglais, écos- “ sais, irlandais, nous sommes aussi canadiens et que ce titre “ peut suffire à notre orgueil, comme 1! doit satisfaire notre “ légitime ambition Nous descendous des plus fortes races ‘“ du monde et nous sommes appelés, nor à perpétuer sur ce “ continent des haines surarnées, mais à y constituer une “ grande nation, dont les destinées sont belles dans les des- “seins providentiels.”

Nos droits politiques, religieux et soriaux, longtemps mécounus et menacés, et dont nous devons la reconnais*ance aux nobles victimes, aux généreux martyrs de ?7 38, nous out été conservés par le respect qne les deux races se sont mutuellement porté depuis, car il ne faut pas se le dissimuler, si l’une peut indiquer du d'igt les lignes de Montmorency et le Plateau de Ste Foye, l’autre, avec non moins de fierté et de légitime orgueil, peut rappeler los Plaines d'Abraham ! Au sein de nos villes et de nos campagnes, groupée autour de nos belles églises, sur les rives de notre majestueux St- Laurent, à l'ombre de nos Laurentides, vit aujourd'hui une population laboriense, paisible et heureuse, “ demandant son

pain au travail, son bonheur à la religion," obéissant à des

lois qu'elle s’est librement imposées, et aussi loyale à l’autorité de sa Souveraine qu’en 1775 et 1812.

Sujet loyal, législateur laborieux, citoyen intègre, lutteur infatigable, patiiote au cœur plein de chauds sentiments démocratiques, Louis Bourdages à rendu des services réeis à la cause de son pays. En faut-il davantage pour lui mériter notre reconnaissance et notre admiration ?

Puisse donc l'avenir nous donner encore pour l'honneur du nom eanadien-français que l’éloquence et les malheurs de nos pères ont fait briller déjà d’un lustre si éclatant, plus d’un législateur qui, comme Bourdages, joindra à ane grande âme de patriste un grand cœur de citoyen,

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