LIVRE VIII
33. La nature nous fournit tout ce qui est necessaire a la vie ; il suffit de lui venir en aide sans rien forcer ni detruire.
34. Le sage est seul a pouvoir considerer ses deux faces, sans reculer d’effroi.
35. Les fous s’entretiennent de ce qui n’est pas ou de ce qui ne les regarde pas ; ils n’aiment personne et sont en desaccord avec tous les homines, et avec eux-memes.
36. L’insense donne asile a la multitude anarchique de l’enfer.
Le saint habite dans F unite pacifiante de Dieu.
Le sage aime tout, connait tout, possede tout et remet tout.
37. Celui qui sait tout et celui qui ne sait rien savent se taire, mais celui qui est a demi instruit ne peut se retenir de parler.
« Faire de grandes ceuvres et les considerer comme un neant, voila l’intelligence devant Dieu. »
38. La sainte Mere est legere comme Fair et changeante comme l’eau.
Le Pere sacre est pesant comme la terre et immuable comme le feu.
L’union des quatre engendre le triple Fils, qui manifeste la creation prodigieuse de l’Unique.
39. J’ai demande l’impossible a l’lnnomme, et lui s’est donne aussitot.
Cependant, je n’ai aucun merite et je ne possede pas d’intelligence, mais je l’aime au-dela de toute raison et de toute science.
40. Le moyen pour connaitre et pour etre connu, c’est prier en soimeme ; c’est mettre en evidence la semence particuliere en se servant de l’eau universelle.
33’. Ceux qui se contentent de l’ombre du monde, sont bien peu exigeants envers Dieu.
34’. L’ entree dans la nuit est le commencement de l’illumination.
35’. La connaissance speculative est au savoir possedant comme une jambe de bois est a un membre sain.
36’. Tout repose dans notre cceur, dans notre esprit et dans nos mains.
Peu le croient, quelques-uns le pressentent, un seul l’experimente.
37’. « La verite de Dieu ne coincide jamais avec les passions du monde. »
II faut une audace inouie pour ecouter la voix interieure qui nous contrarie toujours, mais il faut un courage d’idiot pour obtemperer aveuglement a ses injonctions saintes.
38’. Ceux qui meprisent la nature tout en louant Dieu, sont comme des anes charges de cailloux qui foulent l’or du chemin. Ils se fatiguent inutilement et n’aboutissent a rien de durable.
39’. « L’etonnement de l’etonnement. »
Le plus beau titre qu’un sage puisse desirer apres « fils de Dieu », c’est celui d’« accoucheur d’ames ».
40’. Le rien enveloppe le tout qui demeure en soi.
« Le noyau, l’amande, le germe. »