LIVRE XIII
54. Chaque pretre, chaque chef, chaque juge, chaque legislateur doivent experimenter la condition humaine des plus humbles pour connaitre les besoins de chacun, afin de maintenir vivants l’amour, la justice et la paix parmi les enfants des hommes.
55. La folie de la sagesse et de la saintete, c’est ne plus prendre au serieux les mirages du monde ; c’est accepter les crachats et dire merci parce qu’ils lavent, et recevoir les coups avec reconnaissance parce qu’ils ouvrent ; c’est avoir le respect de la boue et clouter ses sandales avec l’or ; c’est sourire de l’absurde et apprendre aux autres a en pleurer. C’est pressentir au-dela de toute raison la liberte parfaite et le repos absolu dans le sein lumineux de l’Unique.
56. C’est notre Dieu qu’il faut liberer au-dedans, et non pas celui des autres qu’il faut prier au-dehors.
« Le centre du centre. »
57. Remercions et louons Dieu en toutes circonstances, ainsi il nous delivrera des maux de l’immonde et il nous comblera des biens celestes et terrestres. La chose est certaine.
58. Il ne faut jamais perdre de vue la perennite de l’essence de la creation, afin de ne pas etre egare par les formes montantes et descendantes du monde transitoire.
59. C’est la vie melangee au nonetre du dehors qui est souffrance, car la substance pure des commencements demeure jouissance eternelle en soi.
54’. Au commencement, notre curiosite indiscrete nous a coute la liberte du ciel ; a present, notre science exterieure pourrait bien nous oter ce qui nous reste de vie dans ce monde.
« Le Seigneur reserve ses dons les plus grands pour ceux de ses enfants qui subissent les revers du monde en riant. »
55’. Supporter les injustices, les injures et les brimades personnelles n’empeche pas de relever celles faites aux faibles et aux saints.
« Le tentateur et le tente se reuniront un jour dans le tentant, comme l’amant et l’aimee subsisteront finale ment dans l’Amen. »
« Nous n’entendons que l’echo de ta voix, nous n’apercevons que le reflet de ta clarte, et nous voila tout abasourdis, tout aveugles et sans force devant ta grandeur. »
56’. Apprenons a bien faire avec notre cceur, ensuite avec notre esprit, enfin avec nos mains ; et demeurons silencieux et en repos jusqu’au temps de l’union.
57’. Quand quelque chose nous contrarie ici-bas, recherchons si notre desir est encore en Dieu. Ainsi nous reprendrons la bonne route au lieu de nous debattre inutilement dans les marecages de la mort.
58’. Celui qui pacifiera et qui decantera la mer interieure, reposera pour toujours dans la paix de la lumiere du Seigneur.
« En corrigeant l’aigreur des humeurs, on corrige aussi l’aigreur de l’esprit. »
59’. Ce qui n’est pas est ce qui ne peut se transformer en soi-meme, par soi-meme, pour soi-meme. Neant, tenebres et mort exterieure.