LIVRE XV
21. Qui serait assez ignorant cependant pour mepriser les marches qui nous font acceder au tabernacle du Seigneur de vie ?
22. Si Dieu abandonnait ses enfants, ce serait tant pis pour Dieu et pour nous, mais le Seigneur n’est ni oublieux envers lui-meme ni ingrat envers les siens.
23. C’est pour cela que nous devons esperer en lui contre toute apparence dans ce monde melange, jusqu’au jour de la balance des comptes et de l’elimination de la mort.
24. Tout ce que le Christ a dit sur les pharisiens est encore vrai pour la plupart des croyants actuels. O derision ! O cruaute ! O penitence !
« O derision ! » Nous avons rejete le secret de la science de Dieu et a present nous voila adorant la science de Satan dans la crainte de paraitre arrieres. Nous nous sommes reserve le sacrement de la connaissance et depuis ce temps-la nous sommes devenus aveugles et sourds a la volonte de Dieu. Nous sommes conciliants avec la mort et arrangeants avec le mal pour de l’argent, et nous haissons ceux qui le denoncent et qui ne s’en accommodent pas.
25. « O cruaute ! » Nous nous sommes retires des simples et des pauvres, et ceux-ci ont meme oublie le Nom de Dieu. Nous avons rejete les sages et les saints, et notre science et notre foi se sont volatilisees en discours raisonnables. Nous avons hisse les drapeaux des nations sur la maison de Dieu pendant que les peuples s’egorgeaient, et nous portons fierement les decorations du meurtre.
2T. Combien davantage apprendront ceux qui lisent le Livre et qui ne l’ont pas ecrit ?
22’. Ah ! combien les poetes, les pauvres et les simples sont proches de Dieu, et combien ils ignorent leur proximite !
23’. Les pieds de l’humanite sont encore sains, mais la tete est pourrie et aveugle. II faut done ensemencer ce qui est en bas afin que ce qui est en haut soit gueri et renouvele, comme autrefois ce qui etait en bas a ete sauve et blanchi par ce qui brillait en haut dans la purete.
24’. « O penitence ! » A present, nous allons rentrer dans la poussiere et nous finirons comme nous avons commence, en nous cachant sous terre, dans les tombes, dans les caves et dans les carrieres abandonnees ; et nous redeviendrons un petit nombre devant Dieu, car les mediocres et les laches nous auront quittes, comme les branches mortes que la tempete arrache. Quand le chef aura passe l’eau, nous saurons que le temps de la penitence va commencer pour nous.
Quatre chiffres suffiront pour nombrer les rescapes de la fin, mais nous serons comme une semence sainte qui produira un fruit magnifique devant le Seigneur.
25’. C’est le Livre de la hauteur et de la profondeur qui nous unira en un seul corps devant le Parfait, car un reste de chaque foi et de chaque croyance se reconnaitra en Dieu et fusionnera dans l’amour par l’approchement de l’unique racine, et l’homme de l’eau et du feu sera notre guide et notre sauveur, car la voie de Dieu qui est la sienne sera aussi la notre en ce jour-la.
Considerons d’ou vient l’avertissement : d’un homme inconnu mais aime, d’un pauvre mais comble, d’un laic mais relie.
26. Reconnaissons 1’ amour et l’humour du Seigneur qui nous rappelle ainsi a l’ordre saint qu’il a institue pour ses amis et pour ses disciples. Car l’or ne nous sauvera pas, ni la diplomatic, ni les allies, ni les gemissements, mais plutot notre foi, notre esperance et notre charite en action, et par-dessus tout la connaissance de la toute-puissance de Dieu qui retire de la mort.
Comprendrons-nous enfin ?
27. La revolte du rebelle, c’est son echec qui l’a endurci au lieu de l’instruire.
28. La cruaute du mechant, c’est sa souffrance qui l’a ferme au lieu de l’ouvrir.
29. L’enfer de tous, c’est le refus d’accomplir benevolement le pacte que nous avons signe avec la mort.
30. Si nous considerions d’abord le mal apparent ou cache qui range chaque etre ici-bas, nous deviendrions plus attentifs a ses plaintes, plus patients a ses cris, plus pitoyables a ses faiblesses et plus secourables a ses douleurs.
31. Nous sommes sans merites comme des petits enfants qui ne peuvent compter que sur l’amour de leurs parents pour l’entretien de leur vie. Envoie-t-on les petits enfants au travail ou a la guerre ? Les traine-t-on en justice ou en prison ? Les condamnet-on a la torture ou a la mort ? Ne les garde-t-on pas plutot precieusement dans le sein familial pour les jeux,
Alors la souche antique refleurira secretement et manifestera son fruit saint dans un monde reconcilie.
26’. Les mechants verront la beatitude des saints, et cela constituera leur plus grand tourment, car l’amour sera alors derriere eux sans espoir, au lieu d’etre devant comme il est encore a present avec l’esperance.
« L’innocence retrouvee peut tout contempler, car elle seule ne s’etonne de rien, ne juge rien et ne profane rien. »
27’. La sauvegarde du sage, c’est fuir les assemblees des hommes et se complaire dans la solitude de Dieu.
28’. La sanctification du saint, c’est donner dans l’indigence et c’est benir dans la souffrance.
29’. La foi du croyant, c’est effacer la desolation de la mort a force d’esperer la resurrection et la joie de la vie nouvelle.
30’. Si nous pensions d’abord a la lumiere du Seigneur enfouie au fond de chaque etre, nous supporterions plus aisement les contradictions et l’aveuglement de ses tenebres exterieures, et nous serions confondus de notre propre obscurcissement interieur.
31’. A quel sommet et a quelle profondeur ne peut-il esperer atteindre, le revoke qui se soumet a Dieu ?
— A quelle recompense et a quel don ne peut-il pretendre, l’indigent qui se donne au Seigneur ?
— A quelle consolation et a quelle douceur n’est-il pas promis, le violent qui recherche la paix de l’Unique ?
— A quelle benediction et a quelle