LIVRE XVII
50. Comme ils sont accommodants avec les crimes des gagnants, comme ils sont resignes devant l’injustice qui ecrase les malheureux, et comme ils patientent avec le desespoir des abandonnes !
5 1 . Les sages ne guident plus les nations, parce qu’ils semblent trop ignorants dans ce monde.
Et les saints n’inspirent plus les eglises, parce qu’ils ne paraissent pas assez « bien-pensants ».
52. Certains jouent aux sages et ne repondent qu’en hochant grave ment la tete ou en se derobant subtilement, mais c’est le plus souvent pour cacher leur ignorance, leur impuissance et leur platitude de mediocres incurables.
53. Chacun refait sa petite experience d’aveugle et chacun propose son petit systeme d’agonisant, sans s’apercevoir de l’immensite de la creation de Dieu et sans soupfonner la presence de la doctrine unitive des maitres.
54. C’est une surete pour tous de refuser d’introduire et d’entretenir la mort dans soi-meme et dans les autres, quel que soit le motif invoque par les marchands de mort.
55. II n’y a pas de hasard pour les croyants, le hasard est pour ceux qui demeurent volontairement egares dans le bourbier de la mort tenebreuse et puante.
56. Le monde n’accorde ses suffrages qu’aux destructeurs et aux empoisonneurs professionnels, aux criminels et aux brutes de metier, aux oppresseurs et aux voleurs patentes ; et les noms des saints et des justes sont partout remplaces par ceux des mechants.
50’. Nul croyant ne peut y penser sans avoir le poil qui se leve de terreur. « L’homme pur est seul a ne pas courber l’echine devant l’argent, et c’est le signe rare et precieux entre tous. »
51’. Si les doues occupaient ici-bas les places qui leur reviennent, que deviendrait la multitude des mediocres et des rates qui s’agitent dans leurs entreprises vaines ?
52’. D’autres vantent la vie bestiale dont ils jouissent presen tement, et moquent la vie spirituelle qu’ils ignorent.
Au lieu de dire humblement :
« Nous ne voyons rien », ils affirment orgueilleusement : « II n’y a rien ».
53’. Ne nous cassons pas la tete sur le Livre, cassons-nous y plutot le cceur, afin que notre ame precieuse germe et fructifie devant Dieu dans le secret du commencement et de la fin de toute chose.
54’. Aucune foi, aucun secours, aucun medicament, aucun aliment, aucune assurance ne doivent etre imposes de force a quiconque sous le fallacieux pretexte de le sauver.
55’. Les mechants sont les instruments de la destruction des impies, comme les saints sont les instruments de la delivrance des croyants.
56’. Ceux qui sement preparent la resurrection, et ceux qui prient font descendre la benediction de Dieu.
Ainsi les plus utiles et les plus estimables parmi tous les homines paraissent les plus inutiles et les plus meprisables dans le monde aveugle et sourd.