QUALITÉS DE GÉRARD
Depuis 1797 jusqu'à l'rpoque où Bonaparte premier consul commença à fciire entrer les arts dans les rouages accessoires de son gouvernement, Gérard, ainsi que les autres artistes, eut fort peu d'occasions d'exercer son talent. Ces longs et pénibles efforts tentés pour l'étude sincère de son art, ces succès si flatteurs obtenus du public, mais qui îîc fournissaient pas les moyens d'en mériter de nouveaux ; et, il faut bien le dire, cette pauvreté si dure pour un homme déjà célèbre , forcèrent Gérard à employer son talent à des ouvrages d'un ordre inférieur. 11 partagea h cet égard le sort de quelques-uns de ses contemporains, et, ainsi que Girodet et Prud'hon, Gérard fit des vignettes pour les grandes éditions de Virgile et de Racine publiées par Didot.
Quoique l'éducation de Gérard eût été peu soignée, il avait naturellement les avantages d'un esprit cultivé. Son intelligence lucide, déliée et pénétrante, son goût juste et délicat, lui faisaient saisir facilement les pensées, les faits et les combinaisons d'idées les plus étrangères à ses préoccupations habituelles. Au temps de ses premiers succès, lorsque, recherché par tout ce qu'il y avait de distingué dans la société parisienne , il y paraissait tout à la fois modeste comme un homme qui commence, et brillant déjà d'une gloire solidement acquise, il était facile de reconnaître tout ce qu'il y avait de distingué, d'éminent même, dans ce jeune artiste écoutant avec tant de respect et d'attention les gens instruits, qui, eux-mêmes, se sentaient flattés de l'avoir pour auditeur. Aimant naturellement les lettres , doué de l'instinct de la musique, portant un intérêt très-vif à toute espèce de science, Gérard, entouré de fort bonne heure de tout ce qu'il y a eu d'hommes intelhgents de son temps, et ayant eu le bon esprit si rare de les écouler
2S0 ÉLÈVES Cf'.LÈBRES DE DAVID.
altenlivenieiil , acquit des connaissances tellement variées, que, quels que fussent le talent et lés occupations de ceux qui lui adressaient la parole, sa réponse était toujours pertinente, spirituelle et flatteuse. Ces qualités précieuses, mais accessoires pour un artiste, exercèrent des influences diverses sur son talent et sur sa vie. Efles contribuèrent sans doute à l'accroissement de sa fortune ; mais en lui donnant l'occasion de briller dans le monde, où il fut toujours recherché, elles lui firent obtenir, comme peintre de portraits, des succès qui le firent longtemps dévier de sa carrière de peintre d'histoire.
Le portrait de M*"^ Bonaparte, exposé en 1799, l'avait placé au premier rang parmi ceux qui réussissaient le mieux en ce genre. Son maître, David lui-même, malgré la grande célébrité dont il jouissait alors, se ressentit des effets de la vogue qu'obtenaient les productions de son élève. M"* Récamier, dans tout l'éclat de sa jeunesse, de sa beauté et de sa position sociale, avait eu l'idée de se faire peindre par le premier peintre de son temps, par David. Le portrait fut même conduit jusqu'à l'ébauche complète. La jeune beauté, vêtue d'une simple robe blanche , avec le col et les bras découverts, selon l'usage et la mode du temps, était représentée à moitié étendue sur un canapé. Le peintre , dans son ébauche , avait montré les deux pieds sans chaussures. Cette dernière circonstance était une fantaisie de l'arfiste, fort innocente alors, mais qui sans doute blessa les susceptibflités du modèle. On dit aussi que le peintre, distrait par d'autres occupations, travailla trop lentement au gré des désirs de M'"^ Récamier , et que , dominée par une impafience assez commune chez les jeunes femmes, elle eut recours au pinceau de Gérard, déjà désigné dans l'opinion publique