LA PSYCHÉ DE GT^RARD
en miniature roslilua à Tauteiir du tableau d'hisloire le surplus du prix, connue ufie dette qu'il aui-ail contractée.
Riclie de ce noble trésor, et avide de gloire, Gérard, sans s'inquiéter de la destination incertaine de l'ouvrage qu'il voulait faire, composa et exécuta le tableau de Psyché et l'Amour. Le temps qu'il employa à l'achever a été le plus heureux de sa vie, sans doute. Tranquillisé par un brillant succès ; à peu près certain d'en obtenir bientôt un second ; recherché par toutes les personnes que leur esprit, leur talent ou leur position dans le monde mettaient en évidence ; et enfin distingué alors par une personne dont le cœur et l'esprit étaient guidés par cette tendresse intelligente qui excite et inspire si favorablement le génie, Gérard, encore à la fleur de l'âge et travaillant sous de si doux auspices, termina avec amour l'un de ses meilleurs tableaux.
Mais si la Psyché fut goûtée au Salon de 1797, elle eut aussi à y essuyer de nombreuses critiques. Dans ce personnage de l'Amour, on trouva une idée trop recherchée, trop métaphysique, et l'expression gracieuse des deux figures parut dégénérer en aflétei'ie. Quelquesuns, envisageant le tableau sous le rapport technique, pensèrent qu'à force de chercher à simplifier et à épurer les formes, l'auteur ne les avait souvent rendues que d'une manière vague et imparfaite. De ces dernières critiques, celle que lança Giraut, ce scnlpteur qui le premier osa consacrer le talent et la célébrité de David à Rome, fut la plus vive et la plus spirituelle. En faisant observer à ses voisins la portion du corps audessous de la poitrine, trop mollement accusée dans Psyché, il demanda malignement si les côtes y étaient 'peintes en long on en large. Quoi qu'il en soit, et malgré
l'ensemble de ces reproches, qui sont loin d'être dénués de fondement, le tableau de Psyché est resté une prodiictioïi fort remarquable de l'époque, et l'une des meilleures do Gérard.
Trois portraits peints dans le même temps par cet artiste sont i)eut-être plus remarquables encore, et donnent une idée plus juste et plus avantageuse du point de vue vrai, simple et nouveau, sous lequel Gérard envisageait alors l'art de la peinture ; ce sont ceux de M"* Brongniart , de la famille d'Auguste , orfèvre célèbre en ce temps et de M™^ Barbier-Valbonne cantatrice renommée. Cette exposition ne produisit pour Gérard qu'une partie des résultats qu'il avait droit d'en attendre. Sa réputation de peintre de portraits s'établit, mais le tableau de Psijché n'ayant point été acheté, le peintre devint moins entreprenant et n'osa pas commencer d'autre ouvrage de haut style.
Les hommes de talent et les femmes célèbres par leur esprit et leurs grâces, remplaçaient alors, comme on l'a dit, l'ancienne aristocratie. C'était eux qui accueillaient, favorisaient et protégeaient même au besoin, le talent à son aurore. Déjà le condisciple, l'ami de Gérard, M. Isabey, avait montré la noblesse d'âme d'un véritable artiste, en employant un détour délicat pour venir au secours d'un homme distingué aux prises avec la pauvreté. Cet exemple ne fut pas inutile, et lorsque toute espérance de voir le tableau de Psyché acheté par un amateur, ou, ce qui eût été plus convenable, par le gouvernement, fut perdue, deux hommes de cœur et d'inteUigence, l'architecte Fontaine et Breton, secrétaire de l'Institut, se cotisèrent pour réaliser la somme de 6000 francs, qu'ils offrirent à Gérard en échange de son tableau.