‹ Louis DavidChapitre 102 sur 170 · GÉHAHD PENDANT LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

GÉHAHD PENDANT LA RESTAURATION

de douloureux à le voir répondre par des sourires mélancoliques aux politesses que lui adressaient tous les jeunes gens de l'école nouvelle, dont au fond il redoutait le jugement. La révolution de 1830 mit le comble à l'espèce de découragement qui s'était emparé de lui. Pour un homme qui n'était pas resté entièrement étranger aux idées de la révolution, et qui avait vu croître sa réputation et sa fortune sous Napoléon, c'était déjà beaucoup que de s'être produit facilement et de s'être encore illustré sous les auspices des Bourbons ; mais lorsqu'après les fatigues d'une vie laborieuse qu'il avait été obligé de refaire sous trois gouvernements contraires, il se vit dans la nécessité, ainsi qu'un bonune ({ui entre dans la carrière, de combiner pour la quati'ième fois un nouveau mode d'existence pour ne pas l)erdre les avantages dont il avait joui précédemment; l'idée de ce nouvel effort, le peu de succès de ses derniers ouvrages, l'affaiblissement de sa vue et quelques atteintes de paralysie à la main, lui ravirent la confiance qu'il avait toujours eu en lui-même. Il fit encore un assez grand nombre de portraits, et le tableau de Louis-Philippe à l'hôtel de ville \ mais tous les soins, tous les travaux de ses dernières années furent particulièrement consacrés à l'achèvement des quatre pendentifs de l'église de Sainte-Geneviève , ouvrage peu digne de lui.

Le Bélisaire^ la Psyché, la Bataille Aiisterlitz , l'Entrée d'Henri IV ei huit ou dix portraits, sont donc les résultats importants des travaux de toute la vie de Gérard, ses véritables titres de gloire.

Quoiqu'il eût plusieurs infirmités, elles furent étrangères à sa mort. Atteint d'une fièvre pernicieuse, le 8 janvier J837, trois jours après il mourut de ce mal.

Giro et, membre de l'Institut, n'avait reçu la déco-

ration de la Légion d'honneur que lard. Sous la restauration, il fut fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel, et Charles X lui envoya la cmix d'officier de la Légion d'honneur la veille de sa mort. La vie retirée et singulière de cet artiste peut expliquer à ceux qui connaissent le monde pourquoi ces honneurs lui ont été accordés si tardivement. Gérard, au contraire, dont le caractère était facile, le talent riche et hrillant, fut comblé de ces distinctions flatteuses pendant la vie et complètement stériles après la mort. Nommé baron de l'euipire, officier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, membre de l'Institut de France, professeur à l'Ecole royale des beaux-arts, membre de l'Jnsîitut de Hollande et des Académies de Vienne, Bedin, Munich, Copenhague, Turin, Milan et Saint-Luc de Rome, aucun témoignage de considération ne lui a manqué pendant sa vie. Et cependant cet homme est mort triste, regrettant sa jeunesse, ne pouvant s'accoutumer à l'idée de ne plus exciter cet engouement dont il avait été le premier à signaler l'extravagance, tourmenté par la faiblesse de certains de ses ouvrages, mquiot même sur le mérite réel de ceux qui avaient eu le plus de succès, et poursuivi par l'idée qu'une génération nouvelle d'artistes était là toute prête à prendre la place de celle que l'àgc et la mort allaient bientôt mettre hors de lice. C'est vraiment bien à tort que l'on adresse à ceux qui composent des romans le reproche de les terminer ordinairement par des scènes tristes. Pour peu qu'un écrivain tienne à retracer la vie humaine avec vérité, comment ne pas tomber dans cet inconvénient? On connaît déjà quelles ont été les destinées de Drouais, de Fabre, de Girodel et de Gérard; maintenant voici celle de Gros.

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