‹ Louis DavidChapitre 103 sur 170 · A. GROS · texte numérisé non relu

A. GROS

Il était le plus jeune de la première couvée d'élèves de David. Né à Paris en 1771 , Gros (Antoine-Jean), issu d'une famille sans fortune , s'adonna tout jeune à l'art de la peinture. Ses progrès furent aussi brillants que rapides à l'atelier de David, et, couronné à l'Académie en 1790, il alla continuer ses études à Rome. Mais, comme tous les artistes et pensionnaires français , qui , depuis l'affaire de Basseville, portaient ombrage au gouvernement papal, Gros fut obligé d'abandonner Rome, et de se réfugier successivement dans plusieurs villes d'Italie. Ne recevant point de secours de sa famille, et pressé par le besoin, Gros se mit à peindre la miniature à Florence et à Gènes. La iiardiesse et l'impétuosité avec lesquelles il traitait un genre que l'on ne fait ordinairement que froidement et avec timidité devinrent pour lui une cause de succès, et le jeune Gros, dont la ligure était belle et prévenante, dont l'esprit, quoique inculte* plaisait par sa franchise et un certain tour original, tira parti de son talent, et se fit aimer de ceux qui le connurent. Sa jeunesse, son obscurité et son défaut de fortune alors, lui permirent de rester en Italie, sans être compris au nombre des émigrés, pendant les années les plus orageuses de la révolution française. Ainsi que Girodet, Gros ne fut pas atteint par les passions politiques de son temps, et, tout occupé de son art et de ses plaisirs, il profita de son talent et de son caractère pour se faufiler intact, ou plutôt indifférent, au milieu de toutes les opinions qui agitaient alors ses contemporains.

Le jeune Gros avait donc pu, grâce à son obscurité, se tenir éloigné de la tourmente révolutionaire, et ce fut avec la même indépendance d'esprit qu'il profita de son talent pour se joindre à ses compatriotes, lorsque l'armée française, conduite par Bonaparte, vint

conquérir l'Italie, en 1796. Le jeune peintre français était avec l'armée, près d'Arcole, lorsque Bonaparte et Augereau plantèrent le drapeau tricolore sur le pont qu'il fallait traverser en affrontant la mitraille des Autrichiens, et le premier ouvrage de Gros, que l'on vit au Salon (1799), est un beau portrait à mi-corps de Bonaparte tenant le drapeau d'Arcole à la main, et franchissant le pont. Jusqu'alors les ouvrages qui représentaient le vainqueur de l'Italie étaient si faibles, ou offraient des traits si peu semblables, que le tableau de Gros ne fut guère, au premier moment, qu'un objet de curiosité pour la multitude. Cependant, quelques artistes furent frappés d'une certaine liberté dans l'attitude du personnage, et d'une facilité de pinceau, auxquelles on n'était plus habitué depuis que David, ainsi que ses élèves Girodet et Gérard, avait fait tant d'efforts pour se rapprocher de la manière sévère , pure et tant soit peu austère de l'art antique. Dans les ateliers de peinture, et parmi les jeunes élèves, cette peinture de Gros fut prise comme une innovation qui tit quelque fortune, et donna le désir de voir de cet artiste , alors nouveau pour la France, quelque production plus importante.

Cependant Gros, que Bonaparte avait distingué et qui s'était fait aimer de tous les ofllciers de l'armée , obtint lui-même un grade au moyen duquel il pouvait suivre toutes les opérations mihlaires. C'est lorsqu'il se trouva dans cette position, qu'il prit sur les champs de batailles même, ce goût qu'il a toujours conservé pour les brillants uniformes, pour les chevaux et les scènes guerrières. Dès ce moment sa carrière et son genre étaient nettement tracés; son génie allait trouver son emploi.

Parmi les causes nombreuses qui empêchent la plupart des hommes de mettre à proiit les dons qu'ils ont

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