BUT INCERTAIN DES ARTISTES
plus puissamment contribué à diminuer l'importance de cet art. C'est depuis cette institution surtout que les salons du Louvre ont pris d'année en année le caractère d'un bazar , où chaque marchand s'efforce de présenter les objets les plus variés et les plus bizarres, pour provoquer et satisfaire les fantaisies des chalands. Cet usage des expositions pubUques combinées avec la fonnation des musées, qui date à peu près du même temps, ont anéanti l'effet moral que pouvait avoir la peinture sur les niasses. Dans ces heux, oii l'on arrive malgré soi avec la disposition d'esprit froide et impartiale d'un critique jugeant l'art, abstraction faite du sujet, on regarde tout avec indifférence comme dans un marché, jusqu'à ce que l'on ait trouvé ce qui est à sa convenance et à sa fantaisie.
Pendant toute la période comprise entre l'établisse- 1> ment du système d'archaïsme, par Heyne et Winckel-!\ mann, jusqu'à 1810, époque où l'on ouvrit le concours | des prix décennaux , ce défaut d'élément moral dans I les arts a été senti et signalé par tous les bons esprits. I Parmi les artistes, David est celui que son instinct a porté à faire les plus constants efforts pour découvrir II un principe vivifiant , au moyen duquel il espérait toujours donner de l'importance et de la grandeur aux productions de l'art. Malgré la mobilité extrême des idées de cet artiste , pour qui tous les régimes et tous les personnages politiques nouveaux devenaient l'objet d'une admiration et d'un enthousiasme puérils , il est facile de distinguer chez lui la recherche habitu^le d'une base politi(xue ou m OiTiIe surJa^elle il eût pu appuyer solidement l'éditicc qu'il voulait élever.
En ces occasions, l'homme, chez David, s'est montré sans doute irréfléchi , imprudent , coupable même ;
LES PRIX DÉCENNAUX
cependant quand il a fail successivement, de 1779 à 1810, Saint Rock, les Horaces ^ Socrate , le Serment du Jeu de Paume, Marat, les Sabines, Napoléon, Pie VII et les Thermopyles, on sent qu'il s'est bercé, en travaillant à chacun de ces ouvrages, de l'espoir d'avoir trouvé des sujets, des événements et des personnages dont l'intérêt profond, dont la mémoire durable , devaient donner à ses productions cette valeur historique et même morale dont ne peuvent se passer les ouvrages d'art les plus habilement travaillés. Aussi, malgré la fréquence et la diversité de ses tentatives, doit-on lui rendre cette justice qu'il a toujours été travaillé du besoin de rattacher ses conceptions à un principe grand , fort et solennel.
Napoléon reconnut comme tout le monde, et plus rapidement que beaucoup d'autres, combien la voie suivie par les artistes était vague et même fausse. Mais au lieu de méditer sur cette question comme l'aurait pu faire un prince pacifique, il la trancha brusquement et dans l'intérêt de son ambition. Par égard pour le talent de plusieurs hommes célèbres aimés du public , il fit, à propos des prix décennaux, une catégorie des tableaux d'histoire admis au concours; mais ce qui formait évidemment pour lui le lot le plus important était cette suite de tableaux représentant un sujet honorable pour le caractère national, qui tous, à l'exception d'un seul sur onze, la Bataille d'Aboukir, se rapportent à des événéments qui lui sont personnels.
Que Ton se rappelle la puissance exorbitante de ce souverain, dont tous les désirs et les rêves même étaient en quelque sorte réahsés par le pinceau des artistes, et il sera facile de comprendre l'effet que produisit sur l'esprit d'une foule de peintres, las de chercher des sujets