TABLEAUX REPRÉSENTANT UN SUJET HONORABLE POUR LE CARACTÈRE NATIONAL
Couronnement de Napoléon par David.
L'Empereur saluant des blessés ennemis Debret.
Allocution de VEmpereur à ses troupes Gautherot.
L'Empereur recevant les clefs de Vienne Girodet.
La Peste deJaffa Gros.
Champ de bataille d'Eylau Gros.
Bataille d'Aboukir Gros.
Les soldats du 16' retrouvant leurs drapeaux à
Inspruck Meynier.
Révolte du Caire Guérin.
Passage du Saint-Bernard Thévenin.
Matin de la bataille d'Austerlitz Carie Vernet.
De tous les peintres d'histoire^ les deux seuls qui entrèrent réellement en lutte , au jugement du public , furent David et son élève Girodet, et parmi les tableaux représentant un sujet honorable pour le caractère national, on ne mit en opposition que le Couronnement et la Peste de Jaffa. Il s'établit sur cette rivalité une polémique très-animée dans les journaux de Paris, à la suite de laquelle les avis furent plus divisés que jamais.
Cependant, aux termes du décret qui instituait les prix décennaux , l'Institut restait chargé de faire un rapport sur le mérite relatif de l'ensemble des travaux , et il devait désigner absolument quel était le meilleur. Les savants, les littérateurs et les artistes de l'Institut, dont plusieurs se trouvaient être eux-mêmes concurrents, sentirent combien la tâche qu'on leur avait imposée
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était devenue de jour en jour plus délicate; aussi , quant à la peinture au moins, la commission fit un rapport évasif, dans lequel les ouvra^^es de tous les concurrents reçurent une dose de louanges mêlées d'observations crili(|ues qui ne pouvaient contenter ni blesser personne. En résumé, les avis comme les goûts restèrent partagés dans le public ainsi qu'à l'Institut, et Napoléon laissa peu à peu s'apaiser le grand fracas que cette affaire avait excité, sans qu'il y eût aucun jugement définitif de rendu ni de récompenses décernées.
Ce concours eut cependant une influence, passagère il est vrai, mais qu'il faut signaler, puisque la rivalité qui en résulta entre Girodet et son maître porta pendant quelque temps atteinte à la prééminence de David. Cet écbec, joint au succès douteux de la Distribution des aigles, fut le premier présage de l'affaiblissement du cbef de l'école.
Si l'institution des prix décennaux ne put prendre racine, l'année 1810, pendant laquelle on en fit l'essai, restera comme une époque capitale dans l'bistoirc des arts en France, sous le règne de Napoléon ^
Quand on considère avec attention les meilleurs ouvrages d'art faits depuis 1800 jusqu'à 1810, décade pendant laquelle l'école française a donné les témoignages les plus éclatants de sa force , il est facile de déterminer la cause pour laquelle la plupart de ces productions n'ont pas conservé dans la mémoire des bommes cette importance monumentale qui donne encore tant de prix,
1. Voici les noms des principaux artistes qui ont exposé au Louvre cette année : peintres, David, Girodet, Gérard, Gros, Guérin, Prudhon, Carie Veraet, Granet, Valenciennes , Chauvin , MM. Hersent et le comte Turpin de Crissé. Sculpteurs : Chaudet , Cartellier , Bosio. Ardiitectes ■ Percier, Fontaine, Brongniart. Graveurs: Berwik et M. B. Desnoyers.
LES PRIX DÉCENNAUX
après plusieurs siècles , aux peintures relii^ieuses ou historiques faites en Ualie et dans quelques parties de l'Europe. Il faut le reconnaître, il a manqué à David, à ses élèves, ainsi qu'à tous. leurs contemporains, une idée mère, qui, comme une étoile, les guidât dans la marche qu'ils avaient à suivre. Par suite des révolutions terribles qui se sont opérées de leur temps en religion , en morale et en politique , ils se sont vus forcés d'obéir à la multiplicité des systèjnes différents qui se sont succédé dans les croyances, dans les goûts, dans les habitudes. La plupart d'entre eux, et David principalement, auteur, depuis 1779 jusqu'à 1810, de la Peste de saint Hoch, des Horaces, de Marat, des Satines, du Couronnement de Napoléon et du Portrait de Pie Vif, n'a pu donner à la partie visible de ses productions cette unité matérielle qui résulte de l'iiarmonie et de l'unité des pensées, sans lesquelles il est impossible de faire des choses grandes et durables. Enfin il a manqué à cet homme, ainsi qu'à tous ceux dont il était entouré, une foi quelconque, fixe et inébranlable. De là cette diversité dans les sujets; de là l'inutihté, l'inopportunité de la plupart de ces producUons, fort remarquables sous le rapport de l'art , mais qui distraient les esprits au lieu de les capfiver et de les instruire ; qui font diverger les idées au heu de les ramener à un centre unique , et dont en somme l'incohérence et la multiplicité affaibhssent promptement le souvenir.
Si les travaux donnés arbitrairement aux arUstes par M. de Marigny ont porté un coup fatal à ce que l'art de la peinture peut avoir d'action dans l'instruction morale et intellectuelle d'un peuple, il faut convenir que Içs expositions au Louvre , créées dans l'intérêt de ceux qui font profession de la peinture , ont encore bien