‹ Louis DavidChapitre 128 sur 170 · FIGURE DU LÉONIDAS · texte numérisé non relu

FIGURE DU LÉONIDAS

considéré sous ie rapport de la composition et de l'exécution, a été achevé sous l'influence de deux manières, de deux systèmes très-distincts. Le jeune homme qui lie sa chaussure, les deux autres qui offrent des couronn(;s, celui qui trace l'inscription, et le groupe du vieillard et de son fils se tenant embrassés, ont été conçus , tracés et presque entièrement peints à la pre- ,mière époque ; tandis que l'aveugle, le personnage assis à la gauche de Léonidas , les deux soldats nus qui vont prendre leurs armes à un arbre, ainsi que les figures du fond, ont été dessinés et entièrement peints lorsque David termina cet ouvrage ; en effet, Fœil le plus faiblement exercé ne pourra manquer de saisir i'extieme différence qu'il y a entre les attitudes élégantes et la fermeté du dessin des figures peintes vers 1802, et le laisser - aller de ceUes que farliste n' exécuta que douze années après. Cette disparate est sensible au point d'en devenir parfois choquante.

Quant à Léonidas, Fintention prêtée à ce personnage, son attitude et son expression n'étaient point encore entièrement arrêtées dans fesprit du peintre que déjà le reste du tableau était presque entièrement terminé. Ce qui fixa ses idées à ce sujet est un camée antique ^ qui représente un héros de la mythologie grecque ayant absolument la même attitude que le Léonidas. Ce plagiat reproché, avec beaucoup d'autres, à David, ne portait aucune atteinte à sa conscience d'artiste; il allait même jusqu'à prétendre que les emprunts taits aux anciens loin d'être, ainsi qu'on le prétendait, une faiblesse de sa part, devaient lui être reprochés comme des actes de présomption et môme de témérité parce

1. Ce camée est gravé dans les Monuments inédits de Winckelmann,

que rien n'est si dangereux pour un artiste, disait-il, que de s'emparer d'un type consacré, pour le reproduire.

Plus d'une fois aussi on lui objecta le choix de ses sujets tirés de l'histoire proprement dite, tels que ceux des Sabines et du Léonidas , tandis qu'il les traitait poétiquement comme des scènes héroïques, mythologiques. A celle critique , dont il ne pouvait détruire toute la force, il répondait: « Je sais que pour être conséquent aux principes que j'ai adoptés, je ne devrais tirer mes sujets que des poèmes d'Homère ou de ses successeurs ; mais j'ai cru remarquer que les ouvrages des artistes de notre temps qui en ont agi ainsi sont toujours restés, dans l'opinion du public, fort au-dessous de l'idée qu'ils devaient exprimer et des personnages qu'on s'était proposé de rendre. Quant à moi, j'ai cru montrer plus de prudence qu'eux, en adoptant un fait historique dont je restais maître, et que je poétisais à ma façon, au lieu de peindre un sujet de poésie pure, pris dans Homère ou Sophocle, par exemple, sujet auprès duquel, malgré tous mes efforts, je paraîtrais toujours inférieur et prosaïque. D'ailleurs, ajoutait-il avec une bonne foi qui fait bien connaître la nature de son génie, je n'aime ni je ne sens le merveiUeux; je ne puis marcher à l'aise qu'avec le secours d'un fait réel. »

Malgré ce qu'il y a de juste dans ces réflexions, on ne saurait disconvenir que leur réunion est loin de former un système qui soit susceptible de recevoir une application facile et satisfaisante. Si le sujet des Sabines ne réalise pas cet ensemble et cette unité dramatique que les modernes exigent si impérieusement, cependant la vue de ces guerriers près de combattre, mais séparés par des femmes jetant entre eux leurs

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