LE BOUQUET DE LIS
à David et à sa famille, ne manquait-elle pas de se présenter régulièrement le jour de la Saint -Louis avec un fort beau bouquet. A la suite de la première restauration, pendant tout le cours de l'année 1814, les lis qui distinguent l'écu de France avaient mis cette fleur à la mode, et on la cultivait à profusion. Si le lis, symbole de la puissance de la maison de Bourbon , était chéri de ceux qui se rattachaient à l'ancicime monarchie, les partisans de Napoléon et surtout les anciens républicains l'avaient en exécration. Sans faire attention à ces signes d'amour ou de haine politiques, la bonne dame, tout occupée de payer le tribut annuel de sa reconnaissance à David, et voulant lui offrir ce qu'elle avait trouvé de plus beau parmi les fleurs, lui présenta, le 24 août 1814 , une tige de lis si grande et si fournie de fleurs, que l'on aurait pu difficilement retrouver la pareille dans Paris. Étienne se trouvait là lorsque Mme de "^"^"^ entra avec son bouquet, et sa première idée fut d'observer la physionomie de son maître, pour découvrir si la distraction de la vieille dame ne donnerait pas lieu à quelque scène embarrassante. Mais David se levant tout à coup en la voyant entrer, sourit spirituellement à la vue de cette fleur intempestive, et fit à celle qui la lui offrait des remercîments où il parut mettre plus d'effusion que de coutume, comme s'il eût voulu lui tenir compte de son innocente méprise. Lorsque la bonne dame se fut retirée , David pria sa femme de donner ordre d'çnlever le lis, en faisant observer que Fodeur pourrait incommoder. Puis se tournant vers Étienne , auquel il fit un sourire en montrant la fleur : « Cette excellente personne, dit-il, m'a donné ce hs avec la même candeur que la vieille femme qui portait son
fagot pour brûler Jean de Hus. Il faut que je m'écrie aussi : 0 sancta simplicitas ! »
Pendant la première année de la Restauration, David, peu satisfait comme tous les hommes de son parti qui espéraient mourir tranquilles sous le gouvernement de Napoléon , n'eut cependant pas à se plaindre des princes de la maison de Bourbon ni de leurs ministres, ïl vécut retiré chez lui, évitant de se présenter dans les lieux publics et s'occupant à faire plusieurs portraits de personnes de sa famille , entre autres celui de sa femme qui avait redoublé de soins et de tendresse pour lui , depuis que la rentrée des Bourbons semblait donner des craintes pour son avenir. En se livrant à ces travaux, dont il se faisait plutôt une distraction qu'une occupation réelle, il acheva plusieurs compositions parmi lesquelles il soigna particulièrement celle d'Apelles et Campaspe qu'il exécuta bientôt après en exil. Cependant cette année de la vie de David fut perdue pour son art , et la seule satisfaction qu'il ait éprouvée alors lui vint des visites de la foule d'étrangers de marque venus à Paris , qui ne voyaient en lui que le grand artiste, le chef d'une école célèbre.
L'année 1815 ne lui fut pas plus favorable sous le rapport de l'art ; et lorsque Napoléon rentra à Paris, au 20 mars , il n'est pas certain que ce retour, qui excita si vivement l'enthousiasme chez tous les Français qui portaient les armes , ait produit un effet analogue dans l'esprit des bonapartistes dont l'existence et l'avenir étaient mis en loterie sur la chance, jugée déjà fort douteuse, d'une victoire. Ce grand événement politique du gouvernement de Napoléon pendant les cent-jours compromit le repos d'une foule de gens