‹ Louis DavidChapitre 134 sur 170 · OFFICIERS RUSSES CHEZ DAVID · texte numérisé non relu

OFFICIERS RUSSES CHEZ DAVID

queur ne se fît un malin plaisir de reprocher brutalement à l'artiste son dévouement à Napoléon, ou mùuie ses idées républicaines. L'esprit rempli de ces inquiétudes, Étienne entra, non sans que le cœur lui battît, dans la maison de son maître. La vue de soldats russes bouchonnant dans la cour le cheval d'un officier ne fit qu'augmenter cette disposition , et Étienne était réellement mal à son aise quand il ouvrit la porte de la pièce où David se tenait ordinairement.

Près de lui et de sa femme se trouvaient effectivement deux officiers russes, qui se levèrent très-civilement de leurs sièges lorsque Étienne entra et que David le leur eut présenté comme un de ses élèves. Trompés par cette quahfication, à laquelle ils attachaient plus d'importance que n'en avait réellement celui à qui le maître l'avait donnée , les jeunes Russes regardèrerit Étienne avec la même curiosité respectueuse qu'ils auraient éprouvée s'ils eussent vu Gérard, Girodet ou Gros , tant le seul titre d'élève de David avait alors de retentissement en Europe. Cependant la conversation ne tarda pas à reprendre son cours, et Étienne n'éprouva pas un médiocre étonnement en voyant les deux jeunes officiers s'exprimer en français de la manière la plus pure, et prier David d'avoir la complaisance de continuer les récits qu'il leur faisait, soit des habitudes journalières de l'empereur Napoléon , soit des circonstances de son couronnement, ou de la naissance du roi de Rome. En un mot, les vainqueurs étaient les vaincus, ils étaient enthousiastes de la France , se trouvaient particulièrement heureux que le sort les eût conduits chez un de ses plus grands artistes, pour lequel ils avaient dans toutes les circonstances de la vie journahère les égards les plus délicats et les plus flatteurs.

Les tableaux de David ne tardèrent pas à être rapportés à Paris; tous les étrangers s'empressèrent d'aller les voir, et il n'y eut que le portrait équestre de Napoléon, placé à Saint-Cloud , qui fut violemment enlevé par les Prussiens.

La mansuétude des princes alliés en s'emparant de Paris en 1814 est une des choses qui ont le plus contribué alors à adoucir les rapports de nation à nation et de proche en proche , à détruire ces haines si invétérées et si honteuses qui divisaient instinctivement les peuples de l'Europe. Cet exemple de modération donné par les ennemis de la France fut sans doute aussi ce qui aplanit le chemin du trône aux Bourbons, qui, sans ce précédent, se seraient peut-être cru le droit d'user de plus de rigueur. Pendant la première restauration , les hommes qui concevaient le patriotisme de la manière la plus rude et la plus sauvage furent souvent obhgés de supporter avec le plus de sang-froid certaines mortifications qui les eussent fait entrer en fureur quelques mois auparavant. David en fournira un exemple. Les personnes à qui cet artiste témoignait de l'affection avaient l'habitude d'aller kii souliaiter sa fête le jour de la Saint-Louis. Parmi celles qui étaient les plus attentives à lui donner cette marque d'intérêt se faisait remarquer une dame de l'ancienne noblesse, fort âgée en 1814, et à laquelle David, à ce qu'il paraît, avait eu l'occasion de rendre un service très-important , lorsqu'il était membre du comité de sûreté générale. Cette dame, toute dévouée à l'ancienne monarchie, n'en avait pas moins conservé pour David une reconnaissance que le temps semblait rendre toujours plus vive. Aussi, sans compter certaines époques de l'année où ehe rendait visite

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