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DAVID ET LE ROI DE PRUSSE

l'on voulait faire pour lui, tout en priant le prince d'attendre sa réponse définitive jusqu'au moment où sa femme serait rétablie. Le prince de Hardenberg répondit à David qu'il trouvait la cause du retard de son voyage à Berlin trop légitime pour que le roi ne l'approuvât pas; qu'on l'y attendait toujours avec iuipatience ; et il finissait sa lettre par ces mois : « Sa Majesté vous accordera toutes les facilités que vous pourrez désirer pour votre établissement, et je serai cbarmé de pouvoir m'entendre avec vous à ce sujet immédiatement après votre arrivée à Berlin , dont je vous prie de vouloir bien me prévenir. »

Cependant la maladie de M™^ David si' prolongeait et la réponse si vivement attendue à Berlin n'arrivait pas. Le prince d'Hatzfeld , alors ambassadeur de Prusse auprès du roi des Pays-Bas, fut chargé de joindre ses instructions verbales aux offres qui avaient déjà été faites par son souverain, et il se rendit chez l'artiste, qui était absent de chez lui. Le lendemain David se présenta chez l'ambassadeur, qui, après lui avoir rappelé l'objet des lettres qu'il avait déjà reçues, ajouta : « Mais pourquoi ne pas vous rendre aux invitations de mon roi? Il met le plus grand pi'ix à vous voir habiter sa capitale.... Quel était votre traitement comme premier pemtre de Napoléon? — - Douze mille francs. — Oh! le roi ferait mieux que cela; l'intention de Sa Majesté est de vous posséder comme ministre des arts. Vous jouirez de tous les avantages et des honneurs dus à ce titre ; allez à Berlin créer une école de peinture , soyez-en le directeur; la reconnaissance du roi sera sans bornes si vous acceptez. — Mon grand âge , la faiblesse de la santé de ma femme, répondit David, mon amour de l'indépendance, les bontés dont le gouvernement des

Pays-Bas m'honore, et le désir de répondre à des instances aussi flatteuses que celles que voUs me faites, toutes ces causes, prince, sont de nature à me jeter dans une grande perplexité; permettez-moi donc de prendre quelques jours pour répondre. »

David jugea à propos de ne pas se décider sans prendre conseil. 11 s'adressa à deux de ses compagnons d'exil, Cambacérès et Sieycs, auxquels, après avoir exposé l'offre qui lui était faite, il fit part encore de toutes les lettres qu'il avait reçues à ce sujet , et de son dernier entretien avec le prince d'Hatzfeld. L'ex-archichancelier de Napoléon l'engagea d'accepter; Sieyès, au contraire, lui conseilla de n'en rien faire. « Libre, indépendant, honoré et dans l'aisance, pourquoi, ditil à l'artiste, renonceriez-vous à ces avantages? »

Cet avis prévalut, et dès le jour suivant, David alla chez l'ambassadeur, à qui il porta son refus en s'excusarit ainsi : « Les bontés de votre roi m'honorent, et j'en sens tout le prix. Elles signaleront une époque remarquable de ma vie , et présenteront le roi de Prusse à la postérité comme l'ami des arts et le protecteur de David dans son exil. Veuillez être auprès de Sa Majesté l'interprète de ma profonde gratitude. Je suis vieux, j'ai soixante-sept ans ; qu'elle me permette de conserver la tranquiinté dont je jouis sous un gouvernement conforme à mes opinions. » Malgré ce refus positif, la cour de Prusse ne perdit pas encore tout espoir. La princesse d'Hatzfeld, accompagnée de ses trois filles, voulant faire une nouvelle tentative , alla chez David au moment même où la comtesse L...., amie particulière du roi de Prusse, s'y rendait avec les mêmes intentions. « Je regarde comme un heureux présage, dit la princesse à cette dame, que vous réunissiez vos efforts

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