‹ Louis DavidChapitre 146 sur 170 · MALADIE DE DAVID · texte numérisé non relu

MALADIE DE DAVID

situé à l'ancien archevêché de Bruxelles. Là il faisait l'inspection de tous ses meuhlcs d'artiste, prenait un crayon et traçait quelques croquis sur les murs. Parfois, lorsqu'il croyait se sentir animé d'une force inaccoutumée, il allait jusqu'cà reprendre ses pinceaux; mais, accahlé par le poids de la palette, devenue un fardeau pour son bras affaibli, il la jetait loin de lui en s'écriant avec chagrin : « Ma main s'y refuse ! »

Pendant l'été de 1825, il tomba malade au point que l'on craignit pour ses jours ; sa femme devint paralytique, et leurs enfants, qui habitaient Paris, vinrent tour à tour à Bruxelles pour rendre les derniers soins à leurs parents. Pendant l'automne de la même année, David se rétabht, il se sentit même plus de forces qu'il n'en avait eu depuis longtemps : « Je rajeunis, je vais me remettre à peindre , » disait-il à ceux qui l'entouraient; et, en effet, il entreprit un tableau de demifigures de grandeur naturelle, représentant la Colère d'Achille. L'ardeur avec laquelle il commença cet ouvrage et en acheva une partie tient du prodige, ou plutôt prouve combien l'organisation de cet homme était vivace et énergique. 11 ne pouvait quitter son chevalet; et, bien qu'il s'aperçût que cet excès de travail lui était contraire, il disait en souriant à ceux qui le regardaient s'acliarnant à cet ouvrage : « Voilà mon ennemi ; c'est lui qui me tuera. » Enfin, dans les premiers jours de décembre , une rechute qui lui ravit tout espoir de guérison l'empêcha de continuer; mais, ayant désigné M. Stapleaux pour finir l'ouvrage, il l'y fit travailler sous ses yeux , dictant en quelque sorte ses pensées à son élève. Enfin, au milieu de douleurs cruelles et lorsque sa vie allait s'éteindre, il eut assez de courage et put encore rassembler assez de force d'attention pour

voir et corriger une épreuve du Léonidas aux Thermopyles, qui venait de lui être envoyée par Laugier, cliargé d'en faire la gravure à Paris. David alité fit placer la gravure devant lui , demanda sa canne , avec laquelle il indiqua à M. Stapleaux les diverses corrections qu'il désirait que l'on fit : « Trop noir.... Trop clair.... La dégradation de la lumière n'est pas assez bien exprimée.... Cet endroit papillote.... Cependant.... c'est bien là une tête de Léonidas.... » dit-il, ne pouvant presque plus se faire entendre. Bientôt sa voix s'éteignit entièrement, la canne tomba de sa main et il rendit le dernier soupir. C'était le 29 décembre 1825, à dix heures du matin.

Les honneurs funèbres qui lui furent rendus à Bruxelles sont encore des preuves de l'immense célébrité que cet artiste avait acquise même depuis son exil. Après l'autopsie, on embauma le corps, qui fut exposé le 5 janvier 1826. Le 7, on le transporta de sa demeure à l'éghse de Sainte-Gudule. Le cortège du deuil qui l'accompagnait était composé ;

1° Des élèves de l'académie royale de peinture et de sculptui'e, portant des couronnes de laurier et des palmes;

2° Des élèves de M. Slapleaux et de M. Rude, statuaire, portant des bannières surmontées de couronnes d'immortelle et de laurier. Sur chacune des bannières étaient inscrits les titres des principaux ouvrages de David , tels que Léonidas, les Sabines, Brutus, les Horaces, Mars et Vénus, etc., etc;

3° De la musique de la garnison , exécutant des marches lugubres ;

4° D'un char funèbre portant le cercueil, traîné par six chevaux noirs qu'autant de laquais vêtus de deuil conduisaient par la bride;

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