DAVID A BRUXELLES
gnant une admiration si grande pour ceux qui les cultivent? — Moi, monsieur, point du tout, dit l'étranger, je voulais voir les traits et toucher la main de l'homme qui a été l'ami de Robespierre. »
Celte anecdote, il faut le redire, a probablement été faite à plaisir : cependant l'incroyable admiration des radicaux de tous les pays pour Robespierre, pour Marat et d'autres hommes de la révolution, ne rend pas improbable qu'il se soit trouvé un Anglais assez fou pour féliciter sincèrement David de ses anciennes amitiés de 1793.
Outre les témoignages de considération qu'il reçut des princes étrangers et des hommes marquants dont il tut entouré pendant son exil, il lui en vint de France qui n'étaient pas moins éclatants et qui durent le toucher bien davantage. Plusieurs dames élevèrent la voix en sa faveur ; et soit par leurs écrits , soit par leurs démarches, elles firent de nobles efforts auprès du gouvernement des Bourbons , pendant les dernières années de l'exil du peintre , pour le faire rentrer en France. M"'^ de Genhs, dans ses mémoires, écrivit ces généreuses paroles : « J'ai blâmé David, j'ose le dire , avec énergie , dans le temps de ses erreurs : mais il est malheureux, il est exilé, il gémit sous le poids de la vieillesse et des infirmités; je ne vois plus en lui que son infortune et son talent sublime. Enfin , tout le rappelle à 'ma pensée quand j'admire le talent supérieur de ses élèves : oui , les nombreux chefs-d'œuvre de Gérard, de Gliodel, de Gros, semblent implorer son rappel; et la gloire, la conduite, les sentiments de ces illustres artistes, leur donnent à cet égard les droits les plus touchants.
Récamier, qui avait des sympathies pour toutes les infortunes nées de nos révolutions , . fit les démarches les plus actives , et usa du crédit de ses amis les plus puissants pour obtenir le rappel de David en France.
Enfin, Gros, son élève, qui eut pour lui la tendresse d'un fils, employa tout ce que son talent et son âme généreuse pouvaient lui donner d'énergie , de patience et de crédit pour obtenir la grâce de son maître; mais inutilement. On ignore les conditions précises imposées à David par le gouvernement des Bourbons pour se racheter de l'exil , mais tout indique qu elles furent telles, que l'artiste eut raison de ne pas les ac cepter.
Le témoignage de respect et d'admiration qui dut le plus toucher David, après les vains efforts que l'on avait tentés pour le faire rentrer dans sa patrie, fut sans doute la médaille que ses anciens élèves firent frapper en son honneur en 1823. L'exécution en avait été confiée à Galle, et lorsqu'il fut question de choisir celui qui serait chargé d'aller l'offrir au maître, tous ses élèves désignèrent Gros, qui, en effet, la porta à Bruxelles K
Les derniers mois de la vie de David prouvent combien sa vocation pour la peinture était irrésistible. Quand il s'aperçut que sa santé déclinait, que sa main devenait lourde , il résolut de ne plus peindre. Pour se distraire il faisait alors des promenades plus fréquentes, mais une passion invincible le poussait toujours à prendre de préférence les rues qui le ramenaient vers son ateUer,
1. Un hommage semblable fut rendu à David par la ville de Gand, en reconnaissance des expositions de plusieurs ouvrages dont le produit fut consacré au soulagement des pauvres de cette ville.