‹ Louis DavidChapitre 152 sur 170 · LOKD BYRON. — WALTER SCOTT · texte numérisé non relu

LOKD BYRON. — WALTER SCOTT

eu ofict, dans le même moment où la bise poétique de Byron soufflait sur la France. Wal ter Scott, dont les romans charmaient les lecteurs de toutes les classes, préparait, grâce au point de vue dont il a envisagé l'histoire, une révolution importan le dans les esprits, même les plus sérieux. Par l'attrait qu'offrent ses productions, par l'érudition piquante et sohde qu'il mit si heureusement en œuvre, il sortit des vieilles habitudes des savants, et trouva le moyen de donner à l'histoire moderne un charme qu'elle n'avait point eu jusque-là. Déplaçant l'intérêt, concentré jusqu'à lui sur les événements , sur leur importance et leur enchaînement, il le porta plus particulièrement sur les personnages , peignant les mœurs de préférence aux faits , faisant connaître les allures des hommes plutôt que leurs desseins secrets, en un mot, ramenant l'histoire à la chronique et au mémoire. Ce mode littéraire , qui , ainsi que celui de Géricault en peinture , était au fond une marche rétrograde, fit cependant illusion aux meilleurs esprits; aussi les écrits, les romans de Walter Scott, après avoir évidemment dégoûté la génération présente de l'étude de l'antiquité , et lui avoir donné cet engouement exclusif pour celle du moyen âge , ont-ils conduit beaucoup de gens à traiter l'histoire en minutieux archéologues.

Enhardie par la tentative de Géricault, la nouvelle école de peinture, travaillée bientôt par la triple influence du mysticisme allemand, des poésies sataniques de Byron et de l'érudition pittoresque de Walter Scott, trois systèmes opposés , mais d'accord au moins pour mettre l'antiquité hors de cause, la jeune école se sentit assez forte pour jeter définitivement l'anathèmc sur le système de David, pour le stigmatiser en lui donnant le

nom classique, mot qui alors , et dans l'opinion des romantiques, ne voulait dire autre chose qué faux, usé et hors de la sphère des idées reçues.

Peu après l'exposition du Radeau de la Méduse, de Géricault, on avait vu surgir du sein de la tourbe romantique trois hommes de talent pleins d'idées et d'imag^ination : MM. Scheffer, E. Delacroix et P. Delaroche. Le premier, que l'origine de sa famille, la tournure de son esprit et de son talent rattachent aux idées et aux goûts des nations septentrionales, devint l'artiste de prédilection de la jeune école française, qui, à l'instar des jeunes peintres allemands, traita des sujets modernes et nationaux en mêlant des sentiments de patriotisme à des scènes passionnées ou tendres , sentimentales et quelque peu rehgieuses. Jamais M. Scheffer ne fit du laid de propos délibéré ; mais , beaucoup plus préoccupé de l'action dramatique ou du sentiment mtérieur de ses personnages que de leur extérieur , il s'appliqua surtout à l'expression du sens intime , négligeant d'abord l'imitation rigoureuse de la forme. Les sujets oii son talent se développa le plus complètement sont ceux qui se prêtaient le mieux à cette foruie de l'art ; aussi réussit-il particulièrement à peindre Faust, Marguerite , le Vieux chevalier pleurant sur le corps de son jeune fils. Enfin la tendance mystique de son esprit , que l'on avait pu reconnaître déjà dans plusieurs de ses producfions, s'est tout à fait développée dans les deux tableaux qu'il a exposés depuis : l'un représentant Françoise de Rimini, l'autre le Christ consolateur..,. Évidemment M. Scheffer, l'un de ceux qui ont introduit la manière romantique en France, a reçu et transmis l'influence de la nouvelle école de Cornéhus et d'Overbeck.

Page 1