‹ Louis DavidChapitre 153 sur 170 · ÉCOLE ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ROMANTIQUE

IViin esprit plus téméraire et d'un goût moins sùi', M. Delacroix fut séduit par la poésie tour à tour sauvage, tendre et ironique de Byron , et crut se sentir appelé par la nature à peindre avec le laisser aller grandiose qui frappe dans les écrits du poëte anglais. Comme son modèle, mais plus souvent que lui, le jeune artiste français se permit des productions bizarres. On crut même voir, dans son Massacre de ChiOy en 1826, la théorie du laid opposée systématiquement à celle du beau , et depuis , ce peintre n'a cru devoir modifier ni ses idées ni sa manière. Son Sardanapale , les scènes de Lara et du Corsaire^ son Samaritain et sa Médée, ouvrages empreints de talent, offrent cependant des scènes sans clarté, où l'imitation du naturel exclut sans cesse les convenances du goût. C'est Byron, avec ses grands défauts excessivement exagérés.

Comme Walter-Scott, M. Delaroche ne sort pas de la vie réelle , ne dépasse jamais le degré d'élévation que comporte la chronique plutôt que l'histoire; enfin il a charmé, attaché et subjugué le public parla vérité des expressions et le fini des détails de plusieurs de ses ouvrages , sa Jeanne Gray^ entre autres.

Tel est le caractère du talent des trois hommes qui ont mis à flot la barque romantique, qui ont contredit le système classique de David , puisque tous trois ont traité exclusivement, et de parti pris, des sujets modernes, puisqu'ils ont rejeté l'étude de l'idéal de la forme et l'emploi du nu , puisqu'enfin leur intention a été de substituer absolument, dans l'art de la peinture, le beau moral au beau visible.

S'il ne se fût présenté dans l'arène romantique que des athlètes de la force et du mérite de ces trois jeunes peintres , le danger n'eût été m de longue durée ni re-

cloulable; mais, comme il arrive ordinairement dans les révolutions, les hommes qui les font sont bientôt dépassés dans leurs projets par ceux qui les ont aidés et qui les suivent. Aussi n'entreprendra-t-on pas d'énumérer les inconcevables extravagances barbouillées sur la toile par les mille et un imitateurs des trois peintres à qui l'école allemande, Byron ou Walter-Scott avaient servi d'étoiles lumineuses ; ce fut à qui d'entre eux reproduirait les scènes et les formes les plus laides, les plus ignobles, les plus révoltantes. Sous prétexte de faire naturel , il n'y eut pas de formes gauches et désagréables, d'infirmités même que ces peintres ne recherchassent avec soin pour les représenter dans leurs tableaux ; et si l'on joint à ces inconcevables fantaisies celle de traiter le dessin et le modelé avec une incorrection préméditée, on pourra se former une idée juste de la cacophonie de tous ces ouvrages discordants et du désordre profond qui régnait dans l'esprit de la plupart de ces jeunes artistes.

Mais le public, malgré son amour des nouveautés, est juste au fond, et lorsqu'il s'aperçut, vers 1824 et 1825, qu'en dernière analyse cette nouvelle école, qui promettait tant de variété dans ses productions, était tout aussi esclave que l'ancienne des systèmes qu'elle avait adoptés ; que, par exemple, aux Grecs d'Homère on substituait constamment les Grecs modernes; qu'à lanudité des héros païens on faisait succéder les éternelles armures chevaleresques ; qu'à la recherche, peut-être trop constante, du beau, on opposait le parti pris de représenter l'horrible et le laid; on rabattit un peu des espérances qu'avait données l'école romantique , et deux de ses chefs, MiM. Delaroche et Scheffer, sentirent bientôt qu'en ne se mettant pas en garde contre

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