‹ Louis DavidChapitre 154 sur 170 · M. V. SCHNETZ — L. ROBERT · texte numérisé non relu

M. V. SCHNETZ — L. ROBERT

ces extravagances, ils risquaient de compromettre l'avenir de leur talent.

C'est ainsi que la partie était engagée parmi les jeunes peintres de la nouvelle école, lorsque les ouvrages d'un élève de David, qui, sans avoir obtenu le prix, était allé étudier à Rome et y avait perfectionné son talent dans la solitude, fixèrent l'attention de tous les spectateurs quels que fussent leur goût et leur école. Les sujets n'étaient que des scènes familières entre des paysans d'Italie, mais il y régnait une grâce, une élévation unie au naturel, qui charmaient sans que l'on sût pourquoi. Ces compositions, beaucoup mieux coloriées que celles qui sortaient ordinairement de l'atelier des élèves de David, se recommandaient particulièrement par le choix heureux des attitudes et des formes, et par mie certaine pureté de dessin qui trahissait l'école où le peintre avait été enseigné. M. V. Schnètz, car c'est lui dont il est question, fut, depuis l'exil de son maître et l'invasion des peintres romantiques, le premier qui eut le privilège de ramener l'attention du public sur des tableaux dont la composition était attrayante sans être bizarre, et dont le coloris n'était pas entaché d'exagération. Traitant des sujets modernes, et les ajustant avec une originalité et un naturel qui leur donnaient le charme de la nouveauté, M. Schnetz, quoique élève de David , prit une place à part au milieu des nouveaux peintres, et se forma un groupe d'admirateurs que ses autres ouvrages rendirent chaque jour plus nombreux.

L'ami de M. Schnetz , son condisciple chez David , l'infortuné Léopold Robert parut bientôt après. On sait la glorieuse carrière qu'a fournie ce peintre, et certes ses beaux et nombreux ouvrages n'ont pas peu

contribué, pendant le temps de ranarcliie romantique, à ramener les esprits vers les lois immuables de la raison et du bon goût*. A la vue de ses tableaux, chacun, par instinct ou par raisonnement, fut obligé de reconnaître que quelque nouveau, quelque bizarre même que soit en lui-même un sujet, le spectateur l'accepte avec plaisir lorsque le peintre a mis en œuvre toutes les ressources réelles de son art pour lui donner de la vraisemblance et du charme ; quand, au lieu d'exagérer ce qu'il peut avoir d'étrange , on donne à cette singularité tout l'attrait d'une chose simple, tout le mérite d'une scène humble, mais qui a été ennoblie et élevée par le talent de l'artiste. Aucun des disciples de David n'a mieux mis en pratique ce que le maître avait l'intention de faire , lorsqu'il disait « qu'il prenait ses sujets dans les historiens et les prosateurs, pour être maître de les poétiser à sa manière. » De quelques tribus de paysans, Léopold Robert a fait un peuple, un monde avec lequel chacun de nous vit, pense ou au moins désire de vivre et de penser.

La gravité et la vigueur du talent de Léopold Robert imposèrent le respect aux peintres romantiques dès 1824, lorsqu'il exposa son Improvisateur napolitain et ses Pèlerines dans la campagne de Rome.

Mais les plus abandonnés de cette secte , ceux qui se riaient de la forme et du dessin , qui ne parlaient de la beauté des anciens et des sujets mythologiques qu'en assaisonnant leurs discours de sarcasmes contre les artistes qui s'occupaient encore de ces rêveries surannées , ces imprudents causeurs reçurent un rude échec lorsque M. Ingres, après avoir exposé le Vœu de

1 . Voy. la Notice sur la vie et les ouvrages de Léopold Hohert , par Etienne Delécluze. Paris, 1838.

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