‹ Louis DavidChapitre 20 sur 170 · GAUTHEROT ET MULARD · texte numérisé non relu

GAUTHEROT ET MULARD

mencemenl de 1797, lorsque le maître commençait son tableau des Sabines.

Les études étaient donc faibles en ce moment à l'atelier des élèves. Les plus distingués d'entre eux étaient Pierre et Joseph Franque , deux frères Jumeaux natifs du Jura , auxquels la Convention avait alloué une petite pension à cause des dispositions qu'ils avaient montrées pendant qn'ils gardaient les troupeaux dans leurs montagnes. Après eux venait Broc, Gascon qui ne manquait pas de dispositions, mais chez lequel des singularités de caractère avaient développé une vanité puérile. Mulard- Bavard, épithète rimée qu'on ne manquait jamais d'ajouter à son nom, selon l'usage des écoles, oii l'on dit la vérité crûment. Mulard était un des praticiens les plus avancés, mais, sans imagination et sans talent saillant, il épuisait le peu d'idées qu'il avait à justifier, par un babil sans fin, Fépithète que l'on accolait à son nom. En 1796, il étudiait encore à l'ateher avec Gautherot , vieux répubhcain incorrigible, un peu moins bavard que son condisciple , peintre médiocre , écrivain de i)amphlets politiques , et particuhèrement recommandable par le goût et le talent réel qu'il avait pour composer des complaintes sérieusement bouffonnes sur les assassins célèbres que leurs crimes conduisaient à l'échafaud.

Gautherot était un grand homme de près de six pieds , portant une grande perruque blonde, poudrée, à queue, et s'allongeant sur ses faces en deux énormes oreilles de chien, qui avaient pour utihté particulière de cacher tant bien que mal une dartre vive qui dévorait l'une de ses joues. D'ailleurs bon camarade , spirituel et assez amusant dans toutes les réunions des élèves. Ducis travaillait avec eux , quoiqu'il fût tout autrement dis-

posé. Ce dernier avait encore peu d'iiabileté , mais il dessinait et coloriait avec assez de naïveté pour faire espérer qu'il en acquerrait par la suite. Ainsi que Broc, Robin et quelques autres élèves de David, Ducis avait été pris par la première réquisition et avait fait les guerres de la Vendée en qualité de soldat républicain. Il avait assisté à plusieurs sièges de villes , entre autres à celui de Granville , en Bretagne. Mais l'affaire de Quiberon fit une impression si pénible sur Ducis , homme brave et brave homme tout à la fois , qu'il se servit du double crédit de son oncle le poëte et de son maître David pour obtenir son congé et venir chercher un asile dans l'ateher du restaurateur de l'école.

En poUtique, la réaction contre le jacobinisme, flagrante alors, se faisait sentir jusque dans l'atelier des élèves de David. Mulard et Gautherot, pendant le repos des modèles, ne manquaient pas de faire des harangues. Gautherot, en particuUer, s'efforçait d'entretenir parmi les nouveaux élèves les doctrines républicaines, qu'on y avait professées jusque-là. Mais le vent commençait à changer, et parmi ceux de leurs camarades qui n'étaient point d'humeur à entendre vanter les exploits de 1793, se distinguaient Ducis, Roland et Moriès.

Roland était un créole de la Martinique, honnête, brave , peu spirituel , excessivement fort de corps , et qui travaillait comme un galérien à la peinture pour se faire une profession et réparer les pertes que sa famille avait faites lorsque la révolution ruinâtes colonies. Roland, auquel on avait donné le surnom de Furieux, était réellement colère et n'y allait pas par deux chemins quand on le contrariait. Il fit un jour une scène à Gautherot , qu'il rencontra professant ses doctrines ré*

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