‹ Louis DavidChapitre 19 sur 170 · MODÈLE POSÉ PAR DAVID · texte numérisé non relu

MODÈLE POSÉ PAR DAVID

des , à la suite desquelles ordinairement la caricature était effacée.

Le jour qu'Étienne entra, c'était au commencement d'une semaine, d'une décade alors, et comme les élèves ne pouvaient s'accorder sur la pose à donner au modèle, on choisit deux députés, Ducis dont il a été question, et un certain Moriès dont il sera parlé , pour aller prier David de venir tirer ses élèves d'incertitude et d'embarras. Le maître se rendit en effet à leurs vœux et se mit en devoir de trouver une position. Mais avant de proposer son avis, il fit essayer au modèle les postures différentes que les élèves lui avaient données , et après les avoir examinées , il en prit occasion de tancer une partie des jeunes gens qui fréquentaient le soir les salles d'étude de l'Académie au Louvre , en leur disant que c'était là qu'ils apprenaient , en copiant des modèles dont les bras étaient soutenus par des cordes et les pieds calés avec des coins de bois , à faire des attitudes académiques et des mouvements de convention. « Je gagerais, dit-il en se tournant vers un de ceux qu'il savait être des plus assidus aux études de l'Académie, que c'est toi qui as imaginé cette belle pose , qui fait tendre la poitrine du modèle comme une carcasse de volaille ? Tu veux faire ton torse?.... oui, je te reconnais là, et quand on fera des tableaux où il n'y aura ni pieds, ni mains, ni tète à peindre, tu seras sûr alors d'être le plus habile. Messieurs, aj ou ta-t-il, en parlant à tous, à l'Académie on fait un métier de la peinture, et on l'apprend comme un métier à ceux qui la fréquentent. Faites-vous cordonniers, si vous voulez, je ne m'y oppose pas, mais ici on fait de la peinture. »

A la suite de cette ahocution, écoutée avec le plus respectueux silence, David essaya plusieurs attitudes ayant

un objet bien déterminé , et finit par choisir celle d'un homme qui lance une pierre. Le modèle lit observer qu'il ne lui serait pas possible de conserver cette attitude plus de cinq ou six minutes sans se reposer. « Eh bien! qui te dit le contraire ? lui demanda-t-il , si cela ne t'arrange pas, va poser à ton Académie; on te mettra des cordes aux pieds et aux mains comme à un polichinelle. »» Puis, remettant sous son bras sa canne qu'il avait posée sur la table du modèle : «Eh bien! Messieurs, ajouta-t-il en s'en allant, êtes-vous contents? — Oui, monsieur David , dirent les deux députés qui l'avaient amené. — C'est bon. Je reviendrai à midi voir ce que vous aurez fait. »

A cette époque, l'atelier était dégarni de tous les élèves forts, qui venaient d'achever leurs études depuis quelques années. Les noms de Fabre, de Wicar, de Girodet, de Gérard, de Serangeli et de Gros retentissaient encore parmi les élèves , mais ces hommes étaient déjà considérés comme maîtres. La plupart d'entre eux avaient obtenu le grand prix de Rome, ou en étaient au moins jugés dignes. Fabre avait été couronné et avait exposé sa figure de Caïn, dont W'^ de Noailles même avait fait l'acquisition. Girodet avait envoyé son Endymion et même son Hippocrate, de Rome, Serangeli (de Milan) avait terminé son Orphée et Eurydice , ouvrage dont le succès fut bien plus grand que le mérite ; déjà Gérard avait jeté les bases de sa réputation en faisant paraître son Bélisaire i enfin on comptait sur Gros, fixé en Italie, mais qui ne revint et ne se lit connaître en France que plus tard, en 1801 et 1802. Afin de fixer les époques aussi précisément qu'il est possible , il est bon de rappeler que l'exposition du Bélisaire de Gérard date de 1795, et que l'époque vers laquelle Étienne est entré à l'école de David se rapporte à la lin de 1796 et au com-

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