‹ Louis DavidChapitre 3 sur 170 · ENFANCE D'ETIENNE · texte numérisé non relu

ENFANCE D'ETIENNE

et 1852. Si obscure qu'ait été la vie d'un homme d'une intelligence ordinaire , mais témoin attentif de ce qui s'est passé pendant ces années, ce qu'il en raconte ne peut être dénué de tout intérêt, et lorsqu' ainsi qu'Étienne il s'est trouvé placé à un point de vue et près de personnes qui lui ont permis d'observer les événements et les hommes sous des aspects particuliers , peut-être est-ce un devoir pour lui de transmettre aux autres ce qu'il a vu, entendu et éprouvé.

Des sa plus tendre eni^uice, Étienne avait montré du goût et quelque aptitude pour l'art du dessin. Son père vit avec plaisir se développer chez son fds une disposition qui semblait devoir le diriger vers l'étude de l'architecture. L'aisance dont jouissait la famille d'Étienne engagea cependant ses parents à lui faire suivre le cours des études classiques. Trop jeune encore (il avait huit ans) pour entrer au collège de Lisieux, où il devait être élevé, on le confia aux soins d'un maître tenant un pensionnat relevant de ce collège. A cette époque, les idées du niveUement des classes de la société étaient déjà fortement imprimées dans les esprits , et l'instinct de la bourgeoisie la poussait à opérer graduellement ce changement par l'instruction plus complète et plus forte qu'elle s'efforçait de faire donner à ses enfants. Étranger à tout esprit de système, mais obéissant à cette impulsion qui entraînait la classe de la société à laquelle il appartenait , le père d'Étienne désirait avec ardeur que son enfant reçût une instruction supérieure à la sienne. Une anecdote concernant le père et le fds fera juger de l'importance extrême et particulière que Ton attachait alors à l'instruction des enfants.

Étienne avait été confié à M. Savouré au printemps de 1789. Le lendemain de la prise de la Bastille, au mo-

L'ATELIER DES HORACES

ment où Paris était encore en émoi de ce grand événement, le père d'Élienne , inquiet, courut chercher son enfant pour le garder près de lui. Il le ramena en traversant la ville depuis le quartier du Jardin-du-Roi jusqu'à celui du Palais-Royal, où il demeurait. Pendant ce long trajet, les deux voyageurs eurent plus d'une occasion de voir l'agitation qui régnait de tous côtés. Cependant, au milieu de la confusion des idées qui se succédèrent dans l'esprit du jeune écolier, deux circonstances produisirent une forte impression sur lui, et se gravèrent pour toujours dans sa mémoire : la cocarde tricolore que l'on attacha d'autorité à son chapeau sur le Pont-Neuf, en face de la statue d'Henri IV, et l'effroya- Lle détonation d'une pièce de 48, au moyen de laquelle on entretenait l'alarme dans la ville. D'ailleurs, l'enfant, comme s'il eût pressenti que son existence devait se passer au miUeu des tempêtes pohtiques, se sentit peu ému des cris du peuple et de l'agitation générale des citoyens. Cependant, arrivés au perron du Palais-Royal , le père et son fils trouvèrent là, placé en faction, l'un de leurs voisins, l'homme le moins belliqueux et le moins partisan de la révolution qu'il y eut sans doute dans le quartier. Armé d'un beau fusil de chasse damasquiné, pâle de fatigue et d'inanition, il était demeuré là six heures à attendre consciencieusement que celui qui l'avait posé en sentinelle, et qui ne se souvenait plus de lui, vînt substituer un factionnaire à sa place.

Le petit Étienne qui, ainsi que tous les écoliers, aurait fait bon marché de la chute d'une monarchie pour avoir un jour de congé , voulut entraîner le voisin factionnaire en l'engageant à rentrer chez lui. Mais l'honnête bourgeois, tout las et contrarié. qu'il fut de sa cor-

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