PAILLOT DE MONTABERT
à s'occuper de la théorie de l'art. C'est Paillotde Moiilabert, homme recommandable par l'affabinté de son caractère et les lumières de son esprit. Bien qu'il fût le premier à rire des formes extravagantes sous lesquelles Maurice exposait sa doctrine, au fond, il lui était impossible de ne pas reconnaître la puissance des idées et quelquefois des raisonnements du jeune fou. Timide dans l'exécution, mais très-avide de nouveautés, de Montabert, entre autres tentatives, essaya de retrouver l'usage de l'encaustique , ou peinture à la cire. Enfermé dans son atelier, il travailla longtemps à reproduire ce procédé antique, qui, dans ses idées théoriques, était plus favorable à l'art que la peinture à l'huile. Grâce à ses longues et savantes expériences, la peinture à la cire est employée aujourd'hui pour peindre sur les murs des édifices.
Outre ce service rendu aux arts, de Moritabert travailla depuis 1799 jusqu'en 1829 à la composition d'un ouvrage en neuf volumes , intitulé : Traité complet de la peinture. Ce livre, auquel on peut reprocher son trop d'étendue, est plein d'observations, de conseils et de principes excellents sur l'art , et de plus , renferme une suite bien ordonnée de renseignements matériels que l'on ne trouve rassemblés dans aucun autre livre de ce genre. Mais il n'est pas inutile de faire observer que cet ouvrage si sagement combiné, dont les nombreuses divisions sont traitées avec tant de réflexion, de maturité et de sagesse, présente au fond le corps de doctrine de Maurice, seulement mis en ordre par un esprit calme et méthodique.
A tous ces noms autour desquels ont rayonné tant d'espérances , et dont la plupart cependant sont devenus obscurs, il faut joindre celui d'Adolphe Lulhn , que
LES RAPINS
l'oubli couvre également de son ombre. Agé de dix-sept ans lorsqu'il fut admis chez David, il en avait à peine vingt-six quand il est mort, en 1806. La nature semblait avoir épuisé ses dons sur lui. On a rarement vu une ligure plus belle et plus noble que la sienne, et sur laquelle les hautes facultés de l'àme et de l'esprit parussent avec autant d'éclat. Né au sein d'une des familles patriciennes de Genève, il joignait à l'élégance des manières cette modestie qui résulte d'une excellente éducation. Habituellement calme dans ses gestes et d'un abord presque froid, il cachait, sous une réserve qu'il tenait des habitudes de son pays, une de ces âmes ardentes qui sont destinées à se consumer elles-mêmes.
Adolphe Lullin ne fit son entrée à l'ateher que quelques semaines après Étienne , mais du jour oii ils se virent , ils contractèrent une amitié qui dura entre eux tant que Lullin vécut, et dont Étienne conserve encore aujourd'hui, après quarante-huit ans, le plus respectueux et le plus tendre souvenir.
Étienne a sans doute le droit de penser que son amitié n'a pas été tout à fait stérile pour Lullin ; mais celle de Lullin a eu une influence si bienfaisante sur le caractère et la culture de l'esprit d'Étienne que celui-ci se reconnaît toujours l'obhgé reconnaissant de son camarade.
Pendant les années 1797 et 1798, outre leurs travaux à l'ateher, ils parvinrent à faire des progrès assez remarquables dans l'intelligence de la langue grecque* Ces études, combinées avec ceUes que l'art de la peinture les conduisit à faire sur la statuaire antique, donnèrent aux deux jeunes amis une certaine connaissance de l'archéologie qui , à cette époque , où tout se faisait à la grecque , leur attira tout naturellement