VERMAY, P. DUQUEYLAR
et lié d'amitié avec tous les Méridionaux de l'atelier , Forbin, Granet, Révoil, Richard et Topino Le Brun, malgré la différence de ses opinions avec ce dernier. Relativement à ses condisciples , Duqueylar n'était pas jeune, il avait au moins vingt-cinq ans et s'est toujours ressenti de ce retard dans l'étude de la peinture, où l'on ne profite que quand on commence très-jeune. Duqueylar, de famille noble, avait reçu une excellente éducation; il était bon humaniste , lettré, aimant beaucoup la poésie. Mais , malgré la pohtesse de ses manières, on retrouvait cependant toujours en lui un fonds de rudesse native qui se reproduisait dans la tournure de ses idées et dans son talent comme artiste. Les opinions énoncées par Maurice et la lecture assidue d'Ossian, dont les poèmes étaient devenus fort à la mode vers 1796, produisirent une impression si vive sur l'imagination de Duqueylar, que cet événement fît prendre un pK à son esprit et à son talent dont la trace est toujours restée. Il exposa, en 1797, un tableau représentant Ossian chantant ses vers, ouvrage qui sans doute n'était pas sans énergie , mais dont l'aspect était si sauvage et si bizarre qu'il ne trouva d'indulgence qu'auprès de quelques-uns de ses amis, dont deux ou trois devinrent ses admirateurs fanatiques.
Peu de temps après , Duqueylar se décida à allej- se fixer à Rome, où il exagéra tout à l'aise le mérite et le défaut de ses productions. Malgré une persévérance peu commune et , il faut le dire , une trempe d'esprit trèsforte, cet homme, remarquable par son caractère, ne put jamais donner à ses idées une forme assez attrayante ni assez claire pour les faire adopter aux autres.
Il avait contracté, à l'atelier, une amitié tendre pour son jeune camarade Mendouze, qui, bien qu'assez ha-
LES RAPINS
bile élève en peinture, changea tout à coup le but de ses travaux et se mit à étudier la langue grecque avec ardeur. Ce goût nouveau devint une passion dominante chez Mendouze , qui , après avoir servi quelque temps dans les armées , partit pour la Grèce , où il a péri, au massacre de Chio.
Après avoir passé plusieurs années à Rome , Paulin Duqueylar rentra en France et se fixa près de Lambesc, au milieu de sa famille, où il se livra, mais pour lui seul, au goût vif qu'il avait toujours eu pour les arts et pour les lettres. Son mérite Ta vait fait admettre au nombre des correspondants de l'Institut, et vers la fm de sa vie, dans les intervalles de repos que lui laissait la maladie qui l'a enlevé, il a publié en 1810, à Paris, un volume intitulé : Nouvelles Études du cœur et de l'esprit humain, ou analyse, explication et développement de leurs principaux phénomènes , ouvrage écrit avec une élégante simplicité, et témoignant des belles et hautes qualités du cœur et de l'esprit de cet homme distingué.
C'est d'ailleurs une chose remarquable que le goût pour l'érudition qui se manifesta parmi les élèves de David à cette époque. Roquefort, l'auteur du Dictionnaire de la langue romane et qui a laissé des recherches savantes sur la littérature et la musique au moyen âge, était alors élève de David et fréquentait son école.
Népomucène Lemercier, le poëte, ainsi queLetronne, savant antiquaire , tinrent également à honneur d'être mis au nombre des élèves de David.
Ce goût pour l'érudition, combiné avec les idées de réforme que Maurice avait répandues avec tant d'ardeur, contribuèrent à déterminer la vocation d'un élève de David , d'un âge déjà mûr lorsqu'il entra dans l'école, assez habile peintre, mais entraîné invinciblement