‹ Louis DavidChapitre 41 sur 170 · LA PESTE DE SAINT ROCH · texte numérisé non relu

LA PESTE DE SAINT ROCH

voliilion dans sa manière , et l'autre , la Peste de saint lloch, sa première composition capitale.

Il peut sembler étrange aujourd'hui qu'un peintre français qui fait le voyage de Rome pour étudier les maîtres, au lieu de se placer tout aussitôt devant un tableau de Raphaël ou de Michel -Ange, aille choisir une peinture de quatrième ordre , d'un peintre français tel que le Valentin^ Mais Étienne qui, ainsi que d'autres, éprouva cet étonnement , et eut de plus qu'eux l'occasion de le témoigner à son maître , reçut cette réponse et cet éclaircissement sur le choix qu'il avait fait de ce modèle. « Lorsque l'on considère, disait David, les ouvrages des peintres français depuis les plafonds de Lemoine jusqu'à ceux que fait encore aujourd'hui (1805) Berthélemy, en y comprenant les peintures des Natoire, des Vanloo, et d'autres, c'est peut-être moins encore la faiblesse du style et le défaut de goût qui choquent en les examinant que la faiblesse et la fadeur extrême de leur coloris. Le coloris est ce qu'il y a de plus matériel dans l'art ; c'est ce qui s'empare d'abord des sens. Aussi, quand j'arrivai en Itahe , avec M. Vien, ajoutait David, fus-je d'abord frappé, dans les tableaux italiens qui s'offrirent à ma vue, de la vigueur du ton et des ombres. C'était la quahté absolument opposée au défaut de la peinture française, et ce rapport nouveau des clairs aux ombres, cette vivacité imposante de modelé dont je n'avais nulle idée, me frappèrent tellement que , dans les premiers temps de mon séjour en Italie, je crus que tout le secret de l'art consistait à reproduire, comme l'ont fait quelques coloristes italiens de

1. Moïse Valentin, de Coulommiers près Paris , né en IGOO, mort en 1630, élève de Caravage, contemporain de Ribera dit VEspagnolet , et de Nicolas Poussin, dont il fut même l'ami.

la fin du XVI'' siècle , le modelé franc et décidé qu'offre presque toujours la nature. J'avouerai, continuait David, qu'alors mes yeux étaient encore tellement grossiers que , loin de pouvoir les exercer avec fruit en les dirigeant sur des peintures délicates comme celles d'Andréa del Sarto , du Titien ou des coloristes les plus habiles, ils ne saisissaient vraiment et ne comprenaient bien que les ouvrages brutalement exécutés, mais pleins de mérite d'ailleurs, des Caravage, des Ribera, et de ce Valentin qui fut leur élève. Le goût, les habitudes, l'intehigence même, avaient chez moi quelque chose de gaulois , de barbare , dont il fallait qu'elle se dépouillât, pour arriver à l'état d'érudition et de pureté sans lequel on admire les stanze de Raphaël, mais vaguement, sans y rien comprendre et sans savoir en profiter. En somme , Raphaël était une nourriture beaucoup trop déhcate pour mon esprit grossier ; il fallait y arriver par un régime gradué , et la première ration que je me donnai fut de copier la Cène de Valentin. Il faut même ajouter que la qualité de Français chez le peintre dont je copiai l'ouvrage fut un moyen de réprimer la révolte intérieure de mon esprit, qui sentait le besoin d'être autorisé par un exemple pour se soumettre à reconnaître la supériorité de l'école italienne sur l'école française.

L'exécution de cette copie de la Cène , fort bon ouvrage en son genre, et où David déploya une fermeté de pinceau qu'il n'avait point encore montrée au même degré dans ses précédentes études , fut donc un événement grave dans la vie de cet artiste. Après cet effort qui n'était cependant qu'un travail préparatoire, David chercha à faire , sur un sujet de sa composition , l'emploi des connaissances qu'il avait acquises dans la théo-

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