LA PESTE DE SAINT ROCH
rie et la pratique de son art , pendant l'exécution des croquis d'après l'antique et de la copie de la Cène. Le résultat fut la Peste de saint Roch^ tableau qui orne aujourd'hui la Santé du lazaret de Marseille. Cet ouvrage, terminé et exposé à Rome en 1779, y obtint des applaudissements unanimes et valut particulièrement à l'artiste les louanges du vieux Pompeo Battoni\ alors le patriarche des peintres en Italie. La composition en est bien ordonnée : la Vierge occupe la partie supérieure du tableau, et semble écouter saint Roch à genoux qui intercède auprès d'elle en faveur des pestiférés. Cependant la figure la plus remarquable est celle d'un homme attaqué de la peste. Enveloppé de haillons , il semble attendre la mort avec fermeté , tandis que le saint invoque la Vierge. On ne peut refuser un mérite réel à cet ouvrage, largement peint, fortement coloré relativement à l'époque , et oià l'artiste a rendu surtout les expressions de l'âme avec force et vérité. Cependant, et David le disait lui-même , c'est un œuvre de transition et de progrès parmi tous les siens , et si on ne le considérait pas sous ce point de vue , on risquerait aujourd'hui de le confondre avec les productions dites académiques de l'école française , dont David s'est efforcé depuis de combattre les défauts.
On rapporte que les camarades de David ayant été invités par lui à voir cet ouvrage, lorsqu'il était à peine achevé, hésitaient à exprimer leur satisfaction, lorsque l'un d'entre eux, Giraud, sculpteur habile, prenant tout à coup la parole, s'écria : « Eh! qui nous empêche donc de dire que c'est fort beau ? " Ce fut de ce moment que David commença à acquérir de la célébrité.
1. Pompeo Battoni, né à Lucques en 1708, mort en 1789. En mourant, il légua sa palette et ses pinceaux à David,
En 1780, David étant de retour à Paris, exécuta le Bélisaire\ Pierre', alors premier peintre du roi, l'assista de ses conseils pendant qu'il travaillait à cet ouvrage, dont le style et le colons sont déjà fort différents de ceux du Saint Roch. Alors David, ayant totalement rejeté les doctrines dites académiques et françaises, adopta le goût, la manière et le style qu'il développa complètement dans les tableaux des Horaces, de Socraie et de Brutus.
Trois ans après, en 1783, David termina et présenta, pour son admission à l'Académie, Andro7naque pleurant la mort d'Hector. Dans cette production, supérieure aux précédentes par la science et la fermeté du dessin et du pinceau , il est facile de reconnaître que l'artiste avait rassemblé tout ce qu'il possédait de connaissances sur les mœurs elles costumes de l'antiquité grecque , pour traiter convenablement ce sujet. En effet, si l'on excepte quelques restes de cette teinte jaunâtre et uniforme dont l'école française conservait si fidèlement la tradition depuis Jouvenet et Restout, il y a dans l'attitude simple des personnages, dans le jet plus naturel et plus large dos draperies, ainsi que dans l'observation assez fidèle du costume, relativement aux études archéologiques de l'époque , une amélioration si bien caractérisée , que l'on conçoit que cet ouvrage ait dû produire une grande sensation lorsqu'il parut. VAndromaque n'est cependant encore qu'une œuvre de transition et de progrès comme le Saint Roch, mais plus avancée.
Vers cette époque, David, après avoir été reçu membre de l'Académie, épousa la fille de Pécoul, architecte,
1. David a fait, en 1784 , une répétition en petit du Bélisaire. Elle est à la galerie du Louvre.
2. Pierre, peintre d'histoire, né à Paris en 17 15, mort en 1789.