GIRAUD, L'ARCHAÏSME
recherchait alors les ouvrages de l'antlquilé, et l'espèce de culte qu'on leur rendait. Giraud était l'un des artistes fixés à Rome à i\ui leur fortune permettait de satisfaire complètement leurs goûts à ce sujet; aussi ne se faisait-il pas une fouille et une découverte qu'il n'y assistât, et le soir, pendant le repos, il en instruisait ses camarades et David surtout , qu'il distinguait particulièrement.
Si , aux détails précédents , on joint encore , par la pensée, l'immense quantité d'écrits scientifiques accompagnés de planches gravées, sur toutes les espèces si variées de monuments antiques , que l'on a pubhès en Europe , mais particulièrement en Allemagne , en Italie et en France \ depuis 1746 jusqu'en 1789, il sera facile de comprendre comment l'artiste qui alors eût été le moins disposé à rechercher les connaissances nouvelles devait en quelque sorte en aspirer le goût avec l'air au miUeu duquel il vivait.
Rien n'est donc plus facile maintenant que de répondre aux deux premières questions posées en tête de ce chapitre :
Les idées de régénérafion de l'art, adoptées par David vers 1775-1779, ont été émises et développées d'abord par Lessing, Heyne, Winckelmann et Sulzer, puis prafiquées par Mengs et Gessner, et enfin adoptées de nouveau et appliquées à l'art de la peinture en France par David.
Quant à l'influence de ces idées sur David , elle ne lui est pas venue innnédiatement de Mengs, dont il ne goûta jamais le talent, et encore moins des philologues anti-
1 . On peut consulter à ce sujet le Catalogue d'estampes d'après Vantique, qui se trouve dans le premier volume du 2Va(ie complet depeinture de Paillot de Monlabert.
qiulires , dont il ne connaissait guère les écrits que par le titre et par les gravures qu'ils renferment. Mais , comme il est facile de s'en convaincre en repassant dans son esprit ce qui a été dit des études, des relations et des amitiés de David pendant ses deux séjours à Rome, on voit que cet artiste a obéi à un grand mouvement intellectuel, mais qu'il ne l'a pas imprimé.
L'occasion viendra plus tard de dire quels étaient les principes que David élierclia à établir pour pratiquer et euseigner la peinture, et de déterminer le but que lui et son école se proposaient dans l'exercice de cet art. Cette dernière difficulté ne pourra être éclaircie, si toutefois il n'est pas impossible delà résoudre complètement, que du moment où les deux autres phases de la vie et du talent de David, celle de 1789 à J795, et celle de 1795 à 1825, auront été étudiées comme elles le méritent.
Celte partie de la vie de David , de 1789 jusqu'à 1795, pendant laquelle ses fonctions et ses préoccupations comme homme politique lui ont laissé si peu d'instants à consacrer à la peinture, est cependant l'une des plus inléressantes lorsqu'on la considère dans ses rapports avec les modifications remarquables qui se sont développées, pendant ces six années, dans les idées et le talent de cet artiste. Il semblerait que, dominé par l'importance des événements terribles auxquels le peintre prit malheureusement part plus d'une fois , son esprit et sa main même eussent oublié alors ce qu'ils avaient appris précédemment sur la théorie et dans la pratique de l'art. En effet, ce qui frappe surtout dans la composition et l'exécution du Serment du Jeu de Paume, des portraits de Lei)elletier de Saint-Fargeau et de Marat, et de la Mort du jeune Viala , les seules productions * de David pendant la grande tourmente révolutionnaire, c'est un retour très-sensible vers une imitation plus simple de la nature, et le choix de sujets contemporains en y appliquant la gravité de style que l'on n'avait
1 . David a fait à la même époque quelques portraits : ceux de Bailly, (le Grégoire, de Prieur de la Marne, de Bazire , études préparatoires pour l'exécution du Serment du Jeu de Paume.
guère adoptée jusque-là que dans les tableaux de l'histoire ancienne. Les quatre tableaux cités plus haut sont évidemment la transition qui a fait passer l'artiste du système pittoresque qu'il avait suivi depuis le Serinent des Boraces et le Brutus , de 1783 à 1789, jusqu'à la route nouvelle qu'il tenta à partir d(i son tableau des Sabines , en 1795.
David n'a point eu d'influence politique, à proprement parler, pendant les années où il a été membre de la Convention. A l'exception de quelques crises terribles, il est vrai, où il s'est trouvé engagé avec des hommes dont il avait aveuglément épousé le parti, on peut s'assurer que dans le cours de sa législature, il n'a le plus souvent pris la parole que pour traiter des matières relatives aux arts, aux artistes et aux grandes fêtes républicaines , dont le dessin général et la surveillance lui étaient ordinairement confiés. Ces discours, ces projets de fêtes , qui trahissent tout à la fois l'exaltation excessive d'une partie de la nation et surtout celle de l'artiste devenu, dans ces occasions, son interprète, sont d'autant plus curieux à connaître, qu'ils ont fait exécuter , au moment même où David revenait au naturel et à la simplicité dans ses ouvrages , une foule de productions monstrueuses en peinture et surtout en sculpture , dont il reste fort peu de traces aujourd'hui. C'est donc particulièrement sous ce point de vue qu'il est bon d'étudier ici ce que l'on peut appeler la vie pohtique de David.
Depuis l'apparition du Serment des Horaces , les antiquités romaines étaient devenues à la mode dans toutes les classes de la société en France. Pour donner une idée de l'engouement dont ce genre de connaissances était l'objet, il suffit de rappeler que parmi