‹ Louis DavidChapitre 51 sur 170 · LES HORACES, LE JEU DE PAUME · texte numérisé non relu

LES HORACES, LE JEU DE PAUME

coau, il se trouva en quelque sorte désigné comme l'artiste dont le talent pourrait le plus puissamment concourir à l'expression et aux développements des opinions nouvelles. Toutefois , dans le cours de l'année 1789, à la suite du succès de son Brutns , il fit plusieurs portraits * qui indiquent qu'il était recherché par les personnes de la haute société. Mais cette espèce de mission de peintre révolutionnaire , qui lui était réservée, ne tarda pas à lui être officiellement confiée. Vers le milieu de l'année 1790, l'Assemblée constituante lui donna l'ordre de faire, sous ses auspices, un tableau représentant le Serment du Jeu de Paume. L'artiste se mit aussitôt en devoir d'en préparer la composition; on lui assigna pour atelier l'éghse des Feuillants, près des Tuileries, et une souscription fut ouverte poui' subvenir aux frais de l'ouvrage. La gravure , faite d'après l'esquisse dessinée , est trop répandue pour qu'il soit nécessaire de donner ici une description détaillée de la scène qui y est représentée. Quant au tableau , qui n'a jamais été achevé, mais dont le trait a été arrêté et sur lequel l'artiste a peint quelques têtes , il portait plus de trente pieds de large sur vingt de hauteur , et sur le premier plan les figures avaient six pieds et quelques pouces de proportion ^

L'esquisse dessinée est bien effectivement de la composition de David, qui a tracé de sa main les têtes et les

1 . Voici la liste des portraits et de quelques ouvrages qu'il exécuta à cette époque. Les portraits de M. et Mme Lavoisier, de M. Thélussoa de Sorcy, de Mme deSorcy, de la marquise d'Orvilliers, de la comtesse de Brehan , de M. et Mme Vassal , de M. Lecouteulx , de M. Hocquart , puis une Vestale couronnée de fleurs, une répétition de Pâris et Hélène, et une Psyché abandonnée par VAmour, non terminée.

2. Ce tableau au trait est maintenant dans le musée des dessins, au Louvre.

138 ' DAVID DE 1789 A 179b'.

extrémités de chaque figure ; mais la nature de ce sujet et le nombre des personnages exigeant une observation exacte des règles de la perspective que David ne savait pas, il fut obligé d'avoir recours à une main étrangère pour rempbr ces conditions purement scientifiques. Il est résulté de ce travail , fait par Charles Moreau l'architecte, dont il a déjà été parlé, qu'il règne tant soit peu de roideur dans le mouvement dos figures, défaut que David aurait certainement fait dis- • paraître, ainsi qu'il est facile d en juger par les têtes déjà peintes par lui sur la toile, telles que celles du père Gérard, de Bailly, de Dubois-Crancé, de Barnave, et d'un ou deux autres. Quoi qu'il en soit, cette scène est fortement conçue dans son ensemble; et si l'on peut reprocher quelque chose de trop théâtral dans l'attitude des figures de Mirabeau, de Robespierre et de quelques autres , la plupart sont pleines d'énergie , de naturel, et souvent de simplicité.

On sait avec quelle promptitude les idées républicaines détruisirent le système constitutionnel que l'Assemblée constituante avait tenté d'établir, et déjà les événements se précipitaient trop rapidement pour que le peintre , au moment de l'installation de l'Assemblée^ législative, en octobre 1791, eût eu le temps de terminer un tableau de trente pieds dont le sujet avait été jugé digne d'être peint un an auparavant. La plupart des hommes qui devaient figurer comme des héros dans le Serment du Jeu de Paume étaient devenus, sinon des traîtres déjà , au moins des citoyens dont il fallait se défier; et comme David était au nombre de ceux qui formaient l'avant-garde révolutionnaire , son enthousiasme pour eux se tourna en mépris et bientôt en haine. Il abandonna donc l'exécution du tableau

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