‹ Louis DavidChapitre 63 sur 170 · prairial an IL · texte numérisé non relu

prairial an IL

13 thermidor, ce même Lecointre dénonça à la Convention les membres du comité de Srdiit public , dont David faisait partie, en les présentant comme complices de Robespierre. Et presque aussitôt Andi é Dumonl attaqua personnellement David à la tribune. « Souffrirezvous, s'écria-t-il , qu'un traître, qu'un complice de Catilina, siège encore dans votre comité de sûreté générale? Souffrirez-vous que David, cet usurpateur, ce tyran des arts, aussi lâche qu'il est scélérat, souffrirez-vous, disje , que ce personnage méprisable , qui ne se présenta pas ici dans la nuit mémorable du 9 au 10 thermidor, aille encore impunément dans les lieux où il méditait l'exécution des crimes de son maître , du tyran Robespierre? R faut faire disparaître ces ombres du scélérat dont la France vient d'être débarrassée. David n'est pas le seul qui ait été vendu à Robespierre ; la cour de ce Cromvvell n'est pas encore anéantie. Ses ministres , sur la figure desquels on lit le crime, seront bientôt démasqués ; je jure ici de les poursuivre jusqu'à la mort. Mais en ce moment je me borne à demander que le traître David soit à l'instant chassé du comité , et qu'il soit procédé à son remplacement. »

Quand André [>umont donna le signal de cette violente attaque, David n'était pas présent. Un membre de la Convention , Bentabole , lit observer avec raison que la Convention commettrait une injustice si elle se laissait aller à condamner un de ses membres absent, et sans l'avoir entendu. Mais l'effervescence des passions était telle , dans ces jours de trouble , que l'assemblée allait décréter le renvoi et le remplacement de David lorsqu'on le vit entrer dans la salle, ce qui suspendit la décision.

« Je ne connais pas , dit alors David d'une voix hum-

DAVID ACCUSit.

ble, les dénonciations qui ont été faites contre moi ; mais personne ne peut m'inculper plus que moi-même. On ne peut concevoir jusqu'à quel point ce walhevreux (c'est ainsi qu'il désigna Robespierre) m'a irowpé. C'est par ses sentiments hypocrites qu'il m'a abusé, et, citoyens, il n'aurait pu y parvenir autrement. J'ai quelquefois mérité votre estime par ma franchise ; eh bien ! citoyens, je vous prie de croire que la mort est préférable à ce que j'éprouve en ce moment. Dorénavant , j'en fais le serment , et j'ai cru le remplir encore dans cette malheureuse circonstance , je ne m attacherai plus anx hommes , rnais seulement aux principes. »

Après un moment de silence , un membre de la Convention l'accusa de nouveau, et lui reprocha d'avoir embrass.é Robespierre aux Jacobins, où il était allé prêcher l'insurrection.

« J'interpelle David, ajouta Goupilleau de Fontenay en parlant avec force , de déclarer précisément si , au moment où Piobespicrre descendit de la tribune après avoir prononcé le discours qui a servi de base à son acte d'accusation, lui, David , n'alla pas l'embrasser en lui disant : Si tu bois la ciguë ^ je la boirai avec toi!»

Plus les questions devenaient pressantes et plus David éprouvait de peine à répondre. Une difficulté de prononciation naturelle, augmentée encore par un exostose qu'il avait à la mâchoire supérieure, rendait alors sa parole encore plus confuse que de coutume. Forcé de répondre sur-le-champ , il fit effort sur lui-même et dit ces paroles :

« Ce n'était pas pour faire accueil à Robespierre que je descendis de son côté; c'était pour remonter à la tribune et demander que l'heure de la fête de Barra et Viala, qui devait avoir lieu le 10, fût avancée. Je n'ai

DAVID DE 1789 A 179r).

pas embrassé Robespierre, je ne Tai pas même touché ; car il repoussait tout le monde. Il est vrai que, lorsque Coutbon lui parla de l'envoi de son discours aux communes, je dis qu'il pourrait semer le trouble dans toute la république. Robespierre s'écria alors qu'il ne lui restait plus qu'à boire la ciguë, et je lui dis : Je la boirai avec toi. Je ne suis pas le seul qui ait été trompé sur son compte. Beaucoup de citoyens, ainsi que moi, l'ont cru vertueux. »

Thibaudeau , collègue de David au comité d'instruction publique , demanda avec instance que cette affaire fût renvoyée aux deux comités. Mais Tallien s'y opposa et avança que lorsqu'un membre était aussi gravement inculpé que David venait de l'être , il était de l'honneur de la représentation nationale que l'on exigeât une réparation immédiate et authentique ; puis il termina en reprochant encore à David de n'avoir pas suivi une marche droite et franche dans sa conduite au comité de sûreté générale, pendant la journée du 9 thermidor, et déclara qu'aucun représentant ne pourrait siéger auprès de David tant qu'il ne se serait pas disculpé.

« J'étais malade depuis huit jours , répondit alors David , et le 9 je pris de l'émétique qui me fit beaucoup souffrir, me força de rester chez moi toute la journée et toute la nuit. Je ne vins à l'assemblée que le lendemain matin. »

C'était précisément ces paroles que balbutiait David à la tribune de la Convention lorsqu'Étienne et son père entrèrent dans la salle des séances, et qu'à ce moment, du front pâle de l'accusé s'échappaient de grosses gouttes de sueur qui allaient tomber jusque sur le parquet.

Toujours impiloyable, Lecointre de Versailles de-

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