MADAME DAVID
la faveur de l'amnistie publiée le 4 brumaire an IV, lors de l'établissement du gouvernement du Directoire , que la liberté lui fut entièrement rendue.
Là se termine la carrière législative de David. Depuis, il ne prit plus de part active à la politique , si ce n'est en 1815, en signant les actes additionnels de la constitution de l'empire , lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe. Un fait touchant pourra seul atténuer la teinte sombre de ce récit. On n'a point oublié sans doute que David était marié, depuis 1783, avec la lille de Pécoul, dont il avait eu deux fils et deux filles. A peine les premiers troubles de la révolution eurent-ils éclaté, que la différence des opinions politiques se fit sentir entre les deux époux. Jusqu'aux jours qui précédèrent la mort de Louis XVI , des concessions nuituelles entretinrent une apparence d'harmonie entre eux, mais elle se dissipa bientôt. La femme de David, à qui la révohUion faisait horreur, quitta son mari, lui laissant ses deux fils et ennnenant avec elle ses deux filles. Mais , après la chute de Robespierre , cette femme ne sut pas plus tôt les malheurs de son mari , qu'elle alla aussitôt s'établir dans sa prison , et , depuis ce moment jusqu'à la mort de David, en 1825, non-seulement elle ne l'a plus quitté, mais elle n'a pas cessé de lui montrer un attachement inaltérable jusque dans son exil.
Il est temps de terminer ce chapitre et d'en tirer les conclusions qui résultent de ce qu'il renferme. L'imagination remplie des histoires et des usages de l'antiquité, David, ainsi que la plupart des hommes éclairés qui assistèrent au commencement de la révolution, en 1789, fut entraîné par un instinct vague à imiter tout ce qu'il ne savait que très-hnparfaitenient des républiques anciennes. Ses tableaux des Horaces et de Brutus, fruits
de cette instruction indigeste, concoururent à répandre ce goût et ces idées. Mais aussitôt que les .principes républicains prévalurent, le désir de représenter des scènes contemporaines s'empara de son esprit. De 1792 à 1793, il fit successivement le Serment du Jeu de Paume , Lepelletier de Saint-Fargeau , Marat et le jeune Barra ^ quatre compositions où la simplicité de l'invention et du faire sont toujours plus frappantes à mesure que l'artiste , plus occupé de l'importance politique des sujets qu'il traite , paraît l'être moins de l'art lui-même. Évidemment, il y a eu chez David, à cette époque, un retour à la naïveté qui a été d'autant plus marque, qu'il n'a pas été provoqué par un système préconçu. Le jeune tambour^ mourant en portant la cocarde tricolore à son cœur, est en particulier un morceau délicieux.
Quant à la doctrine qu'il a professée sur les arts , et dont on peut chercher l'ensemble dans les divers discours prononcés par lui à la Convention , elle est toute théorique; mais elle a cela de particuUer qu'elle se rapproche de toutes les doctrines dogmatiques que quelques philosophes de l'antiquité, et surtout les corps ecclésiastiques ou sacerdotaux des temps modernes, ont cherché à établir. L'art, dans ce cas, n'est plus un but, mais un moyen, l'art ne doit être employé qu'au profit de certaines idées et pour affermir et faire triompher un système déterminé. Dans les discours de David , l'art n'est donc présenté que comme une des branches de l'instruction publique propre, dans sa sphère d'activité, à propager les idées morales et politiques que l'on jugeait à propos d'inculquer dans les esprits. Cette idée de l'unité d'action vers un même but n'est pas nouvelle ; elle a été mise en pratique avec la dernière rigueur par