‹ Louis DavidChapitre 82 sur 170 · PROCÈS DE TOPINO LE BRUN · texte numérisé non relu

PROCÈS DE TOPINO LE BRUN

lioiunic coiiiiiie les événements de ce temps en mirent Jjeaucoiip en évidence. Sans instruction solide, peu susceptible d'application, dépourvu de grands talents, Topino était au fond un honnête garçon, qui, séduit par l'espérance des améliorations sociales et politiques que la révolution avait fait concevoir, s'était peu à peu guindé jusqu'à un état permanent de fureur concentrée contre tout ce qui semblait faire obstacle à ses vues. A ce travers il joignait celui de quelques artistes de son temps, qui, ne rêvant que la Grèce, que Rome, et que la chute des tyrans, mettaient une toge et s'armaient d'un poignard pour frapper un mannequin couronné comme César. En effet, le pauvre Topino Le Brun, qui, même après l'étabhssement du gouvernement consulaire , ne put renoncer à ses habitudes de conspirateur, fut coiidamné à mort pour avoir dessiné le modèle des poignards avec lesquels Demerville , Ceracchi et Aréna , s'étaient proposé d'assassiner le premier consul.

Pendant le procès auquel cette affaire donna heu, les hommes anciennement attachés au parti de Robespierre, furent surveillés de très-près. David eut particulièrement à supporter quelques épreuves d'autant plus pénibles pour lui, qu'elles réveillèrent le souvenir d'un temps de sa vie qu'il cherchait à faire oublier, et que sa position fausse ne lui permit pas en cette occasion de tenter , pour sauver son élève Topino de la mort, tous les efforts qu'il aurait désiré faire.

Le complot d'assassinat contre le premier consul devait recevoir son exécution à l'Opéra , le jour de la première représentation des Horaces , dont la musique avait été composée par un Italien nommé Porta, auquel David avait donné asile dans sa maison. Ce pauvre musicien , désirant assurei' le succès de son ouvrage , avait

2iU LE TABLEAU DES THERMOPYLES.

mis à la disposition de David un assez grand nombre de billets pour êlre distribués à ses élèves. Obligé de faire un voyage en campagne , David remit les billets à Alexandre, en le priant de les distribuer entre ses camarades. Cette circonstance força David et Alexandre de comparaître au tribunal comme témoins à décharge pour Topino, qui, en effet, avait réclamé et reçu une portion des billets. Alexandre fît une déposition insignifiante et évasive ; quant à la déclaration de David, elle porta entièj-ement sur le mérite de Topino comme artiste , et il n'y fut rien dit touchant les opinions et la moralité de l'accusé. En effet, l'embarras du nouveau courtisan de Bonaparte devait être grand dans cette circonstance , puisqu'il fallait se taii*e ou condamner en Topino un crime politique que lui David avait connnis, quelques années avant, envers la personne de Louis XVI.

L'échauffourée de Ceracchi et de Topino contraria donc beaucoup ceux des anciens partisans de Robespierre qui fréquentaient alors la cour du premieiconsul ; et, pour dire la vérité, il est vraisemblable que, soutenus tout à la fois par l'opinion publique qui faisait bon marché de ces derniers Brutus , et pai* la volonté de Bonaparte très -disposé à s'en défaire, les répubhcains convertis prirent assez tianquillement la sentence qui condamnait à mort des extravagants toujours prêts à troubler le repos que beaucoup d'entre eux commençaient à trouver assez doux. Bien n'est plus gênant pour un parti vaincu et qui a capitulé que la persévérance de ceux qui préfèrent mourir plutôt que de se rendre.

Ce})endant la haute destinée de Bonaparte iillait s'accomplii'. Déjà maître de la Fiance au moment où il

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