‹ Louis DavidChapitre 81 sur 170 · LL CHAPEAU DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

LL CHAPEAU DE BONAPARTE

élaiciil là dans l'atelier, et l'on en avait alïUblé un nianeqniii.

Lin jour que Ducis, Alexandre et Langlois, qui assistait alors David et fit par la suite une fort bonne copie du portrait équestre de Bonaparte, étaient ainsi qu'Etienne dans l'atelier avec leur maître, tous étaient rangés autour du mannequin revêtu des habits de Bonaparte, examinant avec une curiosité insurmontable ces épaulettes, ce chapeau, cet habit et cette épée témoins sourds et muets de la fameuse campagne de Marengo. Chacun disait son mot plus ou moins juste, plus ou moins piquant, lorsque David, dont les mains et les pieds étaient assez délicats, se prit à dire, après avoir fait observer la petitesse des bottes de Bonaparte, qu'ordinairement les grands hommes ont les extrémités déhées. Cette remarque, qui pouvait s'apphquer heureusement au peintre , fut vivement approuvée par ses élèves , dont l'un ajouta : « Et ils ont la tete grosse. »> David, avec sa bonhomie qui allait parfois jusqu'à la puérilité, dit aussitôt en prenant le chapeau du vainqueur de Marengo : « Il a raison celui-là ; voyons donc un peu; »> puis le portant sur sa tête, qui était très-petite, il se mit à éclater de rire en s'apercevant que la large coiffure lui tombait jusque sur les yeux.

Ce portrait équestre occupa exclusivement David assez longtemps , car il en fit faire sous ses yeux plusieurs co|>ies, qu'il retoucha même souvent et avec grand soin. C'est une de ses productions auxquelles il attachait le plus d'importance.

Quoi(|uc David, par sa discrétion habituelle et par l'assiduité avec laquelle il s'occupait de son art, éloignât le souvenir du temps où il avait pris part aux atfaires publiques , il se présenta cei)eiidant une occasion

qui faillit troubler son repos ainsi que celui de quelques hommes jetés comme lui autrefois, dans la tempête révolutionnaire. Topino Le Brun , à qui David son maître avait prêté l'atelier du Jeu de Paume , fut impliqué avec Demerville , Ceracchi et Aréna dans une conspiration qui avait pour objet le meurtre du premier consul.

Topino, natif de Marseille, avait pris, ainsi que beaucoup d'artistes, une part très-active à la révolution de 1789. Son exaltation était telle, que David lui-même , craignant les écarts auxquels pourrait se livrer son élève s'il allait à Paris, lui conseilla de rester en Italie pour calmer sa tète et perfectionner ses études. Topino suivit le conseil de son maître, sans toutefois en tirer grand profit, car ses passions révolutionnaires y devinrent plus ardentes, et son talent y gagna peu. Pendant les années sanglantes de 1792-93, il remplit à P^ris les fonctions de juré au tribunal révolutionnaire, et sous le gouvernement du Directoire, il ne cessa de prendre part à ces conciliabules qu'entretenaient alors les hommes dits terroristes. Vers cette même époque, il suivit Bassal, envoyé secret en Suisse, et là, tout en s'occupant de son art, il prit goût aux inlrigailleries politiques. Sa réputation était si bien établie à Paris , que , quoiqu'il résidât encore en Suisse , il fut désigné comme l'un des agents présents à l'attaque du camp de Grenelle. Déjà il avait été compris dans les mandats décernés contre les complices de Babeuf.

Rentré en France en 1797, il reprit ses pinceaux et acheva le tableau de la Mort de Caius Gracchus ; puis bientôt après, en 1799, il figura parmi les jacobins du manège, reste obstiné des partisans du gouvernement de Bobespierre et du système de Babeuf. C'était un

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