DAVID ET PIE VII
nouveau sur les hautes combinaisons de l'art, puisque en cette occasion l'artiste se proposa particulièrement l'imitation simple de la nature. Il fut assisté dans ce long travail par M. Rouget , son élève , qui joignait la double qualité d'être un excellent praticien à celle d'entrer facilement dans toutes les idées de son maître, auquel il était entièrement dévoué^
Il n'est échappé à l'observation d'aucun lecteur que ' la célébrité et l'apparition d'un nouveau personnage, pour lequel David se prenait d'enthousiasme, ont ordinairement échauffé et soutenu sa verve, chaque fois qu'il a exécuté l'un de ses ouvrages importants. Les Horaces et Brutus, Bailly, Mirabeau et Marat, Léonidas et Bonaparte , ont été successivement ses héros de prédilection, depuis 1783 jusqu'en 1804.
Fort par sa volonté, et entouré du prestige de son trône naissant. Napoléon eut sans doute une prodigieuse influence sur l'esprit de David, puisqu'il le fit renoncer à peindre les Thermopijles pour retracer son couronnement. Cependant , de tous les personnages qui assistèrent à cette mémorable cérémonie , ce n'est peut-être pas l'Empereur qui a le plus puissamment fécondé l'imagination de l'artiste.
Lorsque, en 1797, David, traçant le profil de Bonaparte sur le mur de l'atelier de ses élèves, disait : Mes amis, voilà mon héros l il était sincère. Mais s'il eût osé faire un aveu de la même sorte en 1804, il se serait certainement écrié en sortant de chez Pie VII : Voici mon pape !
Le caractère noble et simple de ce pontife était sans
1. Napoléon fit mettre l'église de Cluny , près de la Sorbonne , à la disposition de son premier peintre, pour y achever le tableau du Couronnement.
doute de nature à faire naître , même chez les Français si peu dévots alors , le sentiment de bienveillance et de respect que tout le monde exprima à ce vieillard; mais il serait difficile de se faire une idée de l'espèce de ravissement où se trouvait David après les visites qu'il rendait à Pie VII. « Ce bon vieillard, disait-il, quelle figure vénérable! Comme il est simple.... et quelle belle tête il a ! Une tête bien italienne ; l'enchâssement de l'œil grand, bien prononcé!... Celui-là est vraiment un pape; c'est un vrai prêtre.... Il est pauvre comme saint Pierre; les dorures de ses habits sont fausses!.... Mais cela n'est que plus respectable.... Enfin, c'est évangéhque, à la lettre.... Ce brave homme, continuait David en souriant, il m'a donné sa bénédiction.... Eh! mon Dieu oui.... Cela ne m'était pas arrivé depuis que j'ai quitté Rome.... Oh! il a bien la tradition, il porte bien sa main avec sa bague.... Il était beau à voir; cela m'a rappelé Jules II que Raphaël a peint dans l'Héhodore du Vatican.... Mais notre Pie VII vaut mieux. C'est un vrai pape, celui-là ! pauvre, humble ; il n'est que prêtre, tandis que Jules II, Léon X même, étaient des ambitieux, des mondains. Il faut cependant leur rendre cette justice : ils aimaient les arts; ils ont poussé Michel-Ange et Raphaël. Enfin, ajoutait l'artiste, entraîné par le souvenir de ces grands protecteurs et par l'idée de l'homme qui venait de lui commander quatre immenses tableaux, les grands souverains peuvent faire de grandes choses. Jules II, Léon X, François I", Louis XIV, tous ces genslà ont été de grands princes et ont fait fleurir les arts.... Je sais bien qu'on peut leur objecter la Grèce républicaine.... Périclès n'était ni roi ni pape.... quoique, si on y regarde de bien près , on pourrait bien voir en lui une espèce de dictateur.... Hein? N'est-ce pas?.... Mais