‹ Louis DavidChapitre 87 sur 170 · J. G DROUAIS · texte numérisé non relu

J. G DROUAIS

Pie VII aime les arls ; Sa Sainteté s*est mise à ma disposition pour que je fisse une étude d'après elle et le cardinal Caprara.... J'avoue que j'ai longtemps envié aux grands peintres qui m'ont précédé des occasions que je ne croyais jamais rencontrer. J'aurai peint un empereur et enfin un pape! »

Il suffit en effet de voir la composition du Couronnement, pour reconnaître que ce dernier personnage, les cardinaux, les prêtres et tout ce qui se rattache à la partie religieuse de cette cérémonie, forment le groupe principal sur lequel David a dirigé instinctivement l'effort de tout son talent.

Il employa trois ans à l'exécution de cet immense ouvrage. David était alors à l'apogée de son talent, jouissant de toute la célébrité qu'il s'était acquise , nonseulement par ses propres ouvrages, mais encore par l'éclat toujours croissant qu'avaient jeté ses principaux élèves, depuis 1780 jusqu'en 1808. Cette dernière portion de sa gloire , dont l'importance est loin de le céder à la première, mérite d'être étudiée et connue, puisqu'elle est le complément indispensable de l'histoire de cette école célèbre.

De tous les disciples de David dont les noms et les ouvrages sont restés, Drouais est le plus ancien*. A l'âge de vingt et un ans, il traita le sujet de la Cananéenne, qui lui fit décerner le grand prix académique. Deux ans après il exécuta à Rome le tableau de Marius menacé par le Cimbre, et mourut dans cette ville, épuisé de travail et enfin frappé par la petite vérole.

Les souvenirs qu'a laissés ce jeune artiste sont tou-

1. Drouais (Jean- Germain), né à Paris, le 25 décembre 1763 , mort à Rome, à l'âge de vingt-cinq ans, le 15 février 1788.

chants. Adoré de sa famille, né avec de la fortune, cher à tous ses camarades à cause de sa bonté et de sa bienfaisance, il fut l'élève chéri, l'ami de son maître. On cite le passage d'une lettre écrite par ce dernier, où il exprime la haute estime qu'il avait pour ce disciple distingué à tous égards : « Je pris, dit-il, le parti de l'accompagner en Italie, autant par attachement pour mon art que pour sa personne. Je ne pouvais plus me passer de lui ; je profitais moi-même en lui donnant des leçons , et les questions qu'il m'adressait seront des leçons pour ma vie. J'ai perdu mon émulation. »

Outre les deux ouvrages de Drouais exposés au Louvre , la Cananéenne et le Marins , il reste encore dans la famille de ce peintre quelques études, un Philoctète éventant sa plaie en lançant un regard de reproche vers le ciel, et l'esquisse d'un tableau de Régulus qu'il se proposait de commencer, lorsqu'il fut surpris par la mort.

Dans l'ensemble de ces productions, mais particulièrement dans les deux qui sont au Musée, on reconnaît un talent véritable, développé même d'une manière extraordinaire dans un si jeune homme ; et en comparant l'exécution matérielle des deux tableaux de Drouais avec celle des Horaces. on y trouve assez peu de différence, la supériorité du maître se manifestant surtout par la hardiesse des attitudes et la grandeur du dessin. Cette précocité dans la pratique de la peinture est sans doute un fait remarquable , et qui explique l'admiration extraordinaire qu'excita à Paris le Marins de Drouais ; cependant cette qualité, qui avait quelque chose d'excessif chez ce jeune artiste, n'est pas toujours d'un favorable augure. Si dans la scène des Horaces on saisit quelques dispositions théâtrales, presque partout on sent la ten-

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