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FABRE, LA COMTESSE D'ALBANY

tesse venait passer quelques heures chez Fabre , tandis que le soir, Fabre se rendait chez la comtesse, qui tenait salon et recevait la haute société florentine et les étrangers qu'elle jugeait à propos d'admettre chez elle.

La maison de Fabre, ancien palais dans le quartier du Saint-Esprit, avait pour ornements principaux une fort belle coUeclion de tableaux recueillis par Fabre luimême, et la bibliothèque d'Alfieri, que ce poète avait léguée en grande partie à l'artiste son ami. Bien que toutes ces curiosités eussent un grand attrait, elles cessaient cependant d'attirer l'attention d'Étienne lorsque la comtesse d'Albany arrivait dans la maison. Quoique déjà âgée, elle conservait encore toute la vivacité de son esprit et de ses souvenirs, et rien n'était plus intéressant que de l'entendre parler, lorsque, étendue dans un grand fauteuil près du lit sur lequel Fabre était couché , et usant de toutes les ressources de son esprit , elle s'efforçait de lui faire oublier, par mille récits piquants, les affreuses douleurs de goutte dont il souffrait si fréquemment.

L'âge de la comtesse permettait que l'on regardât sa mort comme un événement prochain. Aussi Fabre, qui a rempli auprès d'elle les devoirs les plus touchants de l'amitié jusqu'à la dernière heure , avait-il pris d'avance toutes ses dispositions pour l'avenir. Plusieurs fois il parla de cet événement douloureux à Étienne, ajoutant que son intention était de quitter Florence et de se retirer à Montpellier, sa vihe natale, après la mort de M"^^ d'Albany. Il lui parla même du testament qu'il avait fait depuis la mort de son frère, son seul parent, acte par lequel il léguait à la ville de Montpellier sa bibliothèque, provenant d'Alfieri, et la galerie de tableaux qu'il avait formée. Tous ces arrangements étaient

concertés entre la comtesse et Fabre, qui prièrent Etienne de les aider à donner toute la publicité possible à ce projet, ce qu'il s'empressa de faire. Quinze jours après ^ il parut dans le Journal des Débats une description sommaire des objets précieux que Fabre avait l'intention de donner à la ville de Montpellier.

M"'« la comtesse d'Albany mourut à Florence en 1825. La donation fut faite ; Fabre quitta pour jamais Florence , alla s'établir à Montpellier où, jusqu'à sa mort, il présida à l'arrangement et à la conservation du musée qui porte son nom.

Des quatre condisciples célèbres de cette époque, Fabre était le plus âgé. Après lui venait Girodet^ Adopté de très-bonne heure par un médecin nommé Triozon, Girodet reçut une instruction dont il sut faire usage plus tard. Confié ensuite aux soins de David, il fit dans son école des progrès rapides, et ne tarda pas à devenir un rival inquiétant pour Fabre. En 1789, vainqueur au concours académique , il était arrivé à Rome , et quatre ans après (I792j, il faisait courir tout Paris, empressé devoir sa figure d'Endymion endormi. L'année suivante (1793), si fertile en grands événements, Girodet, occupé alors de son tableau d'Hippocrate refusant les dons des Perses , fut témoin du massacre de Basseviile à Rome. Les lettres écrites par le jeune artiste à cette époque sont doublement intéressantes , car elles peignent l'ardeur avec laquelle il poursuivait ses travaux au milieu des agitations populaires dont il était déjà environné.

« Je continue, mon bon ami, dit-il à M. Triozon sous

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