FABRE
dancc vers le retour à la simplicité. Le Marins de Drouais, au contraire, provoque une observation inverse; aussi, sans préjuger indiscrètement de l'avenir possible de ce peintre, mort à la fleur de l'âge, doit-on le considérer tel que nous le connaissons, comme un peintre qui n'était encore qu'an très-habile imitateur de son maître.
Vers le temps où Drouais mourait à Rome, David avait achevé le Socrate et le Brutus à Paris, et comptait au nombre de ses élèves , Fabre , Girodet , Gros et Gérard (1788-1789), se disputant le prix du concours pour devenir pensionnaires de France à Rome.
L'aîné de ces quatre rivaux , Fabre , entra dans la carrière avec éclat. Couronné à l'Académie de Paris, il peignit bientôt à Rome une figure à'Abel mort, qui fut reçue avec beaucoup d'applaudissement à Paris, et achetée par la belle-mère de M"'* de Noailles.
Lorsque la révolution française éclata en 1789 , la plupart des pensionnaires à l'école de Rome y adhérèrent par leurs vœux, et quelques-uns môme témoignèrent leur opinion d'une manière assez ostensible, pour que le gouvernement papal prît des précautions contre eux. Fabre fut un de ceux qui, loin de partager l'enthousiasme de ses compatriotes pour les idées nouvelles venues de France, protesta contre elles et demeura même dans la condition d'émigré en Italie , pendant les années sanglantes de la révolution. Ce ne fut qu'après l'étaMissèment complet du régime impérial que Fabre, pour reprendre en quelque sorte sa qualité de citoyen français, accepta l'exécution du portrait en pied du général Clark, destiné à la décoration de la salle des Maréchaux, aux Tuileries.
La gravité extrême de cet artiste était rachetée par les quaUtés solides de son esprit, par les connaissances
qu'il avait acquises. Il gagnait à être connu, et les amitiés qu'il a fait naître, qu'il a entretenues si longtemps, prouvent que chez lui le fond était solide , si la forme manquait d'attrait. Son éloignement de France, les succès brillants qu'obtinrent dans leur pays Girodet et Gérard, ses anciens rivaux, et une tendance naturelle vers la paresse, augmentée encore par une affection goutteuse et les habitudes itahennes qu'il avait contractées, furent autant de causes qui éteignirent dans le cœur de Fabre cette activité, cette émulation indispensable pour . produire de grandes choses dans les arts. Très-fm connaisseur en tableaux, fort habile à les restaurer, Fabre sut profiter d'une foule d'occasions fréquentes à cette époque, pour faire des achats bien calculés, et en somme il augmenta sa fortune en achetant des tableaux, et se forma une riche galerie.
C'était un homme de bonne compagnie; aussi ses ma- ■ nières et la solidité de son esprit contribuèrent- elles à lui valoir l'amitié du célèbre poëte tragique italien Alfieri , lié intimement avec la comtesse d'Albany, dernier rejeton de la famille des Stuarts. Bientôt il s'étabht entre ces trois personnes une confiance entière, une amitié réciproque, qui ne s'éteignit que successivement et à la mort de chacun d'eux. Alfieri mourut le premier*, légua sa fortune à la comtesse, et laissa des témoignages de son attachement à Fabre, qui devint, à compter de cette époque, le seul ami de M"* d'Albany. Ces deux personnes vivaient à Florence, en 1823, lorsqu'Étienne eut occasion de les connaître et de les fréquenter. Chacun d'eux avait sa maison dans des quartiers séparés, et pendant les matinées , ordinairement vers midi , la com-
1 . Victor Alfieri, né à Asti en 1749, mort à Florence en 1803.