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ÉCRITS DE GIRODET

pour les lettres et pour la poésie est peut-être celui qui a contribué h lui (aire perdre le plus de temps et à altérei' le plus sa sanlé. On a imprimé après sa mort une imitation en vers des odes d'Anacréon et un poëme en six chants, intitulé: le Peintre, précédé d'un discours préliminaire et suivi de notes. Ces ouvrag^es , qui furent conunencés vers 1807, le poëme en particulier, rappellent la Navigation j les Fleurs, le Printemps d'un proscrit, et autres poèmes descriptifs et admiratifs imités de Y Imagination de Delille. L'éditeur des œuvres posthumes de Girodet s'est abstenu d'y insérer la seule pièce de vers où l'artiste ait laissé couler librement sa verve, à l'occasion des critiques qui parurent en 1806 sur la Scène de Déluge. Le style en est bien moins correct, il tant l'avouer, que celui de son poëme; mais l'artiste de talent, l'arfiste spirituel et piqué au vif, s'y est laissé aller avec une pétulance et quelquefois un bonheur d'expressions , qui auraient dû faire conserver ce morceau, ne fût-ce que comme pièce historique. Les poésies sont suivies, dans l'édition des œuvres de Girodet, de deux morceaux en prose, l'un sur le Génie, l'autre sur la Grâce, dans lesquels la pompe académique remplace souvent les idées neuves ou fortes. Enfin , les deux volumes se terminent par un recueil de lettres dont nous avons donné quelques fragments ; elles sont vraiment intéressantes, parce que l'homme et l'artiste y parlent avec abandon et naïveté.

Trois choses ont empêché Girodet de goûter le moindre repos pendant toute sa vie : la peinture , le goût des vers et la g-estion de sa fortune. Non-seulement il avait •contraclé de très-bonne heure l'habitude de travailler plus (pie SCS forces ne le lui periuettaieul ; mais à compter des années 1804 et 1805, il peignit la nuit à la

lueur de lampes préparées pour ce genre de travail ; et ses quatre grands ouvrages, le Dél%ge^ XAtala, Napoléon à Vienne, la Révolte du Caire, ainsi que tout ce qu'il a jii oduit jusques et y compris le Pijgmalion , ont été en grande partie achevés d'après ce système. Il avait comniencé par dire que la lumière artificielle était aussi favorable pour peindre que celle du jour, et il finit par prétendre qu'elle était meilleure. C'était un homme qui se donnait un mal infini pour être original , aussi parlait-il avec les plus grands éloges de Michel-Ange et de Jules Romain, et répétait-il souvent à ses élèves « que dans le choix de deux défauts il préférait le bizarre au plat. »

Mais sa liaison avec l'abbé Delilie lui a été fatale, en ce sens qu'il gagna de ce poëte, comme tant d'autres alors, la maladie de la poésie descriptive. Ce goût, combiné avec les travaux de son atelier, forcèrent Girodet à prendre encore sur le peu de temps qu'il donnait auparavant au sommeil et aux distractions journalières. Aussi ses amis et ses élèves, qui lui portaient un sincère attachement, virent-ils avec effroi cette nouvelle cause d'insomnies.

Girodet était né avec de la fortune , et elle s'accrut singulièrement en 1812, lorsque son père adoptif, M. de Triozon, lui légua encore la sienne en mourant. On estime qu'il avait de vingt-quatre à trente mille livres de rentes. Chose certaine, quoique difficile à croire, il avait tellement embrouillé l'administration de ses biens,, les contestations, les petits procès s'étaient tellement accumulés, que c'est tout au plus s'il avait de hquide l'argent habituellement nécessaire pour son entretien. Prodigue ou économe jusqu'à l'excès, il avait fait bâtir une fort grande maison dont l'intérieur n'a jamais été

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