INTRODUCTION
E peintre auquel est consacré ce petit livre
occupe une place éminente dans l’histoire
de l’art français. Il a exercé sur ses contem- >
porains un ascendant exceptionnel et ses ouvrages ont été accueillis, à leur apparition, en France et dans l’Europe tout entière, comme des chefs-d’œuvre qu’entourait une universelle admiration. L’écho de ces succès n’est pas encore assoupi. Le Serment des Horaces^ la Mort de Socrate, les Sabines, sont demeurés célèbres ; le Sacre, les Aigles, Marat, provoquent encore la curiosité, et nous admirons les portraits qui quittent un à un l’ombre des collections particulières, pour rejoindre, au Louvre ou dans les musées de province. Pie F//, Récamier ou la Maraîchèi'c .
David n’a pas seulement été un peintre remarquable : il a exprimé, au plus haut degré, les tendances artistiques de son époque; il a été l’àme d’une révolution esthétique et le chef d’une école qui, depuis les dernières années du xviii® siècle
jusqu’à la Restauration, a exercé une sorte de fascination sur la France et sur l’Europe.
Enfin, son génie artistique ne l’a pas, seul, signalé à l’attention de ses contemporains. Mêlé aux luttes politiques de son temps, il 3^ a pris une part importante. Conventionnel, membre du Comité de Sûreté générale, incarcéré après le 9 Thermidor, il a été premier peintre de Napoléon et, proscrit par les Bourbons, il a terminé ses jours dans l’exil.
Il s’offre à la postérité comme peintre, comme chef d’école et comme homme public.
Malheureusement, les passions qu’il a provoquées ont trop souvent empêché ceux qui l’ont étudié de le juger avec impartialité. Ses élèves l’ont exalté sans mesure; les novateurs qui ont détruit son autorité lui ont, au contraire, dénié tout talent. Les haines politiques ont été plus féroces encore^ : on a traité de niaise sa carrière révolutionnaire et l’on a été jusqu’à lui reprocher d’avoir pris la cause de deux artistes français emprisonnés à Rome par l’Inquisition et de les avoir sauvés ^ Il semble que l’heure soit à peine venue de parler de lui avec sérénité et, hier encore, M. Jules Breton attaquait sa mémoire avec violenceh
• J’ai essayé d’être plus juste et d’éviter aussi les
1. Courajod l’appelait «l’ignoble David» [VÉcolc 7'oyale des Elèves protégés, p. xcii).