‹ Louis De Geer: étude biographiqueChapitre 2 sur 12 · EMILE PERRIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

EMILE PERRIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR

C'est à La Hâve, en travaillant dans Tune des salles de la Bibliothèque Royale, que m'est venue l'idée d'écrire ce petit volume. J'ai cherché à peindre la vie d'un grand négociant hollandais, il y a deux cents ans; d'un négociant de bonne race et qui a des aïeux.

Il pense beaucoup à ses vaisseaux, et s'inquiète du cours des marchés, mais là n'est pas toute son existence. Il connaît Gustave- Adolphe fti correspond avec Christine de Suède; il va en ambassade auprès des républiques, équipe des Hottes pour les souverains, soutient les savants et les lettrés, fait imprimer leurs livres à ses Irais, distribue par toute l'Europe des secours aux opprimés.

Il est en outre bon mari et bon père de fa-

mille; il élevé bien ses enfants, et ne trompe pas, sans merci, la femme qui lui reste fidèle. I) paye tous ses créanciers avec exactitude, et ne se montre pas rigoureux envers ses débiteurs couronnés.

Voilà un héros bien ennuyeux, dira-t-on y mais on voudra bien, je l'espère, ne pas îui refuser Toriginalilé.

Je ne terminerai pas ces lignes sans remercier M. Campbell, Directeur de la Bibliothèque de La Haye, de l'amabilité courtoise avec laquelle il m'a reçu, toutes les fois que j r ai fait des recherches dans le Dépôt, qui lui est confié.

Pierre de WITX

UN PATRICIEN AU XVII e SIÈCLE

a La morale n'est pas faite pour moi, » disait Napoléon I ep , qui traitait cette vieille douairière avec l'impertinence d'un grand parvenu. Qui, de la morale ou de l'Empereur, a le plus souffert de cette brouille?

Beaucoup de petits politiques s'efforcent aujourd'hui d'imiter les dédains de Napoléon. Ils seront, comme lui, les victimes d'un orgueil très mal placé.

La morale, qui a pu survivre au mépris du

vainqueur d'Austerlitz, résistera sans peine aux

attaques d'adversaires moins illustres et plus maladroits.

Et ce qui est vrai en histoire, est vrai aussi on littérature.

Tout a son jour de mode, même l'honnêteté- Il ne sera bientôt plus de bon ton de choisir des héros trop corrompus. L'on a tant abusé de la peinture du vice qu'un peu de vertu ne nuit pas,etq,u'il n'est plus nécessaire d'être urv coquin pour réussir. Le& grands criminels ont fait leur temps, comme les grands fous et les grands désespérés; et la réaction commence.

L'on en reviendra aux berquinades, pour s'être trop -souvent servi de prétendus documentshumains.

Je voudrais consacrer quelques page» à la»

vie d'un honnête homme, d'un honnête homme dans le sens ancien et dans le sens moderne du mot, d'un galant homme et d'un homme vertueux.

Il en est peu, parmi les lecteurs français, qui soupçonnent l'existence de Louis de Geer; seuls*

les admirateurs passionnés de Gustave-Adolphe, et les amateurs consciencieux de dictionnaires biographiques, ont peut-être retenu le nom de ce serviteur habile du « Lion du Nord ».

Louis de Geer mérite mieux que cette indifférence ou cet oubli. Dans le cours d'une longue vie, tout entière inspirée par le sentiment du devoir, il a joué un rôle considérable, et rendu aux Pays-Bas, comme à la Suède, des bienfaits nombreux et signalés.

Descendant d'une ancienne race, fier de son origine et de ses aïeux, aristocrate dans l'âme et désireux de maintenir une tradition séculaire; il était bien vraiment ce qu'on appelait alors un patricien, et préférant à tout la liberté et l'indépendance, ne croyait pas déroger en augmentant par le commerce les biens que lui avaient transmis ses ancêtres 1 *

1. Si Louis de Geer n'est guère connu en France, il a été l'objet en Suède et aux Pays-Bas de travaux intéressants ; je me bornerai à citer les plus considérables.

L'un de ses descendants, Johan Lodewyck Willem de

L'on trouvera, je l'espère, quelque intérêt, à suivre dans sa carrière prolongée ce partisan convaincu de la tolérance, qui, proscrit dès son enfance pour cause de religion, consacra de longs efforts et une fortune considérable à défendre les opprimés; et sut concilier dans sa

Geer lui a consacré un ouvrage intéressant, auquel j'ai eu souvent recours, sous le litre : « Lodewyck de Geer. » — Utrecht, ia-4<>, 1852, 3« édition.

Je citerai du même auteur : « Notice historique sur la famille de Geer » (tiré à petit nombre). — Suède et Hollande, in-4°, 1843.

Stiernman, dans son nobiliaire suédois, (Martikel ofver Svea rikes Ridderskap), a publié une notice sur

M. Franzen, membre et secrétaire de l'Académie de Suède, a prononcé l 1 « éloge de Louis de Geer, » qui est imprimé dans le 13 e volume des mémoires de cette Académie.

En 1837, la revue hollandaise « de Gids » a contenu un article sur le même sujet.

Je citerai encore la notice suédoise de Buren : « Sur l'agriculture, les mines, les fabriques, le commerce sous Gustave-Adolphe, avec un éloge de Louis de Geer » ; et « Louis de Geer », notice historique. — 1 volume. Bruxelles, 1847.

conduite « deux choses, grandes et difficiles, qui sont de devoir pour l'homme, et peuvent faire sa gloire : Supporter le malheur avec fermeté ; croire au bien et s'y confier avec persévérance 1 . »

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